Pourquoi Zelensky joue-t-il cette carte Trump maintenant ?
Pas par nostalgie. Ni par admiration pour l’ancien président américain. Mais parce que Kiev n’a plus le choix. Les chiffres parlent : depuis le début de l’année, l’Ukraine a perdu 1 500 km² de territoire selon les estimations du Institute for the Study of War (ISW), un think tank pro-occidental. Et les réserves de munitions s’épuisent. Les États-Unis ont fourni 12 000 obus de 155 mm depuis janvier 2023, mais à quel rythme ? À celui d’un compte-gouttes. Pendant ce temps, la Russie, elle, en produit 10 000 par mois dans ses usines de Tula et de Perm. Bref, l’Ukraine est à la ramasse. Et si Zelensky évoque Trump, ce n’est pas pour faire un clin d’œil à l’Amérique première. C’est parce que Poutine, lui, écoute. Depuis 2014, Poutine et Trump ont une relation ambiguë, faite de respect mutuel et de coups bas. En 2017, Trump avait proposé à Poutine un « deal » pour la Syrie : « On se partage l’influence, et vous laissez tomber l’Ukraine. » Poutine avait ri. Ou fait semblant. Mais aujourd’hui, avec l’effondrement du soutien occidental à Kiev, l’idée d’un rôle de médiateur pour Trump n’est plus une blague. C’est une hypothèse crédible.
Problème : Trump n’est pas un médiateur neutre. Pour lui, l’Ukraine, c’est « un mauvais business ». En 2022, il avait tweeté : « L’Ukraine doit faire un deal avec la Russie. Pas de victoire, juste la fin des combats. » Si Zelensky croit dur comme fer que Trump peut « lancer le processus », c’est parce qu’il sait une chose : Poutine déteste négocier avec Biden. Trop mou. Trop imprévisible. Mais avec Trump ? Là , Poutine a l’impression de discuter avec un égal. Un homme qui parle comme lui, qui méprise les élites, qui voit la guerre comme un jeu de pouvoir brut. Donc oui, Zelensky mise sur Trump. Mais à quel prix ?
Les négociations trilatérales, c’est quoi en vrai ?
Pas un dîner entre amis. Pas un sommet humanitaire. C’est un piège à trois faces.
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Pour Poutine : c’est l’occasion de geler le conflit sur des positions avantageuses. La Crimée est déjà à lui. Une partie du Donbass aussi. Et si Kiev cède sur la neutralité ukrainienne ? Poutine aura gagné sans tirer un coup de feu supplémentaire. « La neutralité, c’est la capitulation », disent les Ukrainiens. Mais en 2023, avec l’armée à bout, c’est une option que Kiev pourrait être forcée d’envisager.
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Pour Trump : c’est un moyen de se poser en « sauveur de la paix » tout en évitant d’engager les États-Unis dans une guerre longue. « Je vais négocier, et si ça marche, je prends le mérite. Si ça foire, ce sera la faute de Biden », résume un ancien conseiller de la Maison-Blanche. Sauf que Poutine n’est pas un partenaire de négociation comme les autres. Il ne signe pas les accords. Il les ignore quand ça l’arrange. En 2015, il avait promis à Merkel et à Obama de respecter les accords de Minsk. Résultat ? Deux ans plus tard, il envahissait l’Ukraine à grande échelle.
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Pour Zelensky : c’est une question de survie. Si les négociations échouent, l’hiver 2023-2024 sera sanglant. Les villes ukrainiennes n’ont plus de chauffage. Les hôpitaux manquent d’électricité. Et l’armée, à court de munitions, ne pourra pas tenir longtemps. Donc oui, Zelensky est prêt à discuter. Mais pas n’importe comment. « Nous ne négocierons pas notre existence », a-t-il répété à The Economist. Traduction : pas de compromis sur l’intégrité territoriale. Pas de reconnaissance des annexions russes. Mais dans ce cas, à quoi bon négocier ?
Le vrai problème, c’est l’Occident qui lâche
Zelensky ne croit pas vraiment que Trump va sauver l’Ukraine. Il sait une chose : l’Europe est en train de se désengager. La France et l’Allemagne bloquent l’envoi de chars Leopard supplémentaires. L’Italie refuse d’envoyer des munitions. Même les États-Unis, malgré l’aide de 61 milliards de dollars votée en avril, traînent des pieds sur les livraisons de F-16. Pourquoi ? Parce que les opinions publiques occidentales en ont marre. Les sondages le montrent : seulement 32 % des Américains soutiennent encore une aide militaire massive à l’Ukraine (Pew Research Center, juillet 2023). En Europe, c’est pire. En France, un Français sur deux pense que « l’Ukraine devrait faire des concessions à la Russie » (Ifop, juin 2023).
Donc oui, Zelensky joue la carte Trump. Mais pas parce qu’il croit dur comme fer que ça va marcher. Parce que c’est la seule carte qu’il lui reste. Si les négociations échouent, ce ne sera pas faute d’avoir essayé. Ce sera parce que personne, ni à Washington, ni à Bruxelles, n’a vraiment envie de gagner cette guerre.
Ce que personne ne dit : et si Poutine refusait de négocier ?
Voilà le vrai scénario catastrophe. Parce que Poutine, lui, n’a pas besoin de négocier. Il a le temps. Il a les ressources. Et il sait que l’Ukraine, à force d’épuiser ses réserves, finira par plier. « La Russie ne cédera pas un pouce de territoire », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le 10 août. Traduction : pas de trilatéral. Pas de compromis. Juste une guerre d’usure jusqu’à ce que Kiev craque.
Alors pourquoi Zelensky insiste-t-il ? Parce qu’il n’a pas le choix. Soit il négocie maintenant, avec un Trump potentiellement réceptif. Soit il attend, et il affronte un hiver sans munitions, sans chauffage, et sans espoir. Dans ce cas, les négociations ne serviront à rien. Parce que l’Ukraine aura déjà perdu.
La dernière question : et si Trump gagnait en 2024 ?
Personne ne sait. Mais une chose est sûre : si Trump revient au pouvoir, Poutine aura un interlocuteur direct. Pas un président américain qui passe son temps à critiquer l’OTAN et à parler de « charge mentale » des soldats. Un homme qui voit la Russie comme un « partenaire stratégique ». Un homme qui pourrait, un jour, proposer à Poutine un « deal » : « Tu lâches l’Ukraine, et je te laisse faire ce que tu veux en Syrie. »
Zelensky le sait. Donc il joue. Parce que dans cette guerre, les perdants ne sont pas ceux qui tombent au combat. Ce sont ceux qui se retrouvent à négocier alors qu’il est déjà trop tard.