Le marché du recyclage s’est effondré, mais pas les factures
EEQ, c’est l’organisme privé chargé par le gouvernement de gérer le recyclage au Québec depuis 2016. Son rôle ? Collecter, trier, et revendre les matières recyclables. Sauf que depuis quelques années, le prix de revente du papier, du plastique et du métal s’est effondré. La Chine, qui absorbait 50 % des exportations mondiales de déchets recyclables, a fermé ses portes en 2018. Résultat : les centres de tri québécois se retrouvent avec des montagnes de cartons et de bouteilles en plastique… qu’ils ne peuvent plus vendre à perte. En 2022, le prix du papier recyclé a chuté de 40 % par rapport à 2016, selon les données de Recycling Markets Association. Le plastique ? Presque sans valeur. Pourtant, EEQ continue de facturer les municipalités comme si de rien n’était.
Pire : l’organisme a augmenté ses tarifs de 20 à 50 % entre 2020 et 2023, selon des documents obtenus par Radio-Canada via une demande d’accès à l’information. À Montréal, la Ville a dû débourser 12 millions de dollars supplémentaires en 2022 pour le tri, alors que le volume de matières recyclées baissait. À Laval, les coûts ont bondi de 25 % en un an. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les municipalités n’ont pas le choix : soit elles paient, soit elles réduisent la collecte, soit elles jettent tout à la poubelle.
Le vrai problème ? Personne ne veut assumer que le recyclage, tel qu’on le connaît, est devenu une arnaque.
EEQ : un business modèle qui ne tient plus debout
Éco Entreprises Québec, c’est une entreprise privée qui touche des frais de gestion sur chaque tonne de déchets collectés. Plus les municipalités paient, plus EEQ gagne. Sauf que depuis l’effondrement des marchés, l’organisme a deux options : soit il réduit ses coûts (en fermant des centres de tri, en licenciant, en rognant sur la qualité du service), soit il fait payer la note aux contribuables. Spoiler : ils ont choisi la deuxième.
En 2021, EEQ a déclaré un bénéfice net de 18 millions de dollars, alors que ses coûts de gestion explosaient. Comment ? En répercutant l’inflation des coûts logistiques sur les municipalités, tout en maintenant des marges confortables. Le PDG d’EEQ, Jean-François Pouliot, a refusé de commenter les hausses de tarifs dans une entrevue demandée en mars 2024. Pas de surprise là-dedans : l’organisme est sous contrat avec le gouvernement jusqu’en 2028. Changer le modèle ? Ça coûterait cher. Alors on fait comme si tout allait bien.
Mais les chiffres mentent mal. En 2023, seulement 12 % des plastiques collectés au Québec ont été effectivement recyclés, selon un rapport du Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE). Le reste ? Incinéré, enfoui, ou exporté vers des pays où les normes environnementales sont… disons, flexibles. EEQ ne communique pas sur ces chiffres.
Les municipalités en première ligne, les citoyens dans le flou
À Longueuil, la Ville a supprimé 10 % de ses points de collecte en 2023 pour faire face à la hausse des coûts. À Québec, les usagers se plaignent depuis des mois des retards dans le ramassage des bacs bruns. Personne ne leur explique pourquoi.
Le gouvernement Legault, lui, se lave les mains. « C’est aux municipalités de gérer ça », a répondu un porte-parole du ministère de l’Environnement en 2023. Sauf que les municipalités n’ont pas les moyens. À Gatineau, la Ville a augmenté les taxes foncières de 3 % en 2024 pour éponger le coût du recyclage. Résultat ? Les citoyens paient, sans savoir que leur argent sert surtout à subventionner un système qui ne fonctionne plus.
Le pire ? Les Québécois croient encore au recyclage. Une étude de Leger en 2023 montrait que 78 % des Québécois pensent que leur geste de tri a un impact réel sur l’environnement. Sauf que la réalité est bien différente : le recyclage au Québec est devenu un leurre.
Et si on arrêtait de mentir ?
Le vrai scandale, ce n’est pas que les coûts aient explosé. C’est qu’on continue de faire semblant.
- On continue de dire que trier, c’est utile, alors que 80 % des plastiques finissent quand même à l’enfouissement ou à l’incinération.
- On continue de facturer les municipalités comme si le système marchait, alors que les marchés se sont effondrés.
- On continue de laisser EEQ s’enrichir sans exiger de transparence, alors que l’organisme a dépensé 5 millions en lobbying depuis 2016 pour protéger son modèle.
La solution ? Deux options.
- On assume que le recyclage tel qu’on le connaît est un échec et on recentre les efforts sur la réduction à la source (moins d’emballages, moins de plastique, moins de gaspillage). C’est ce que font déjà des villes comme San Francisco ou Copenhague, qui ont divisé par deux leurs déchets en 10 ans en taxant les produits jetables.
- On nationalise la gestion des déchets et on force EEQ à rendre des comptes, comme l’a fait la France en créant un éco-organisme public pour éviter les conflits d’intérêts.
Sauf que personne n’a envie de casser les habitudes. Alors on continue de trier, de payer, et d’attendre que quelqu’un, un jour, ait le courage de dire la vérité : le recyclage, en l’état, c’est une escroquerie collective.
Et vous, vous allez continuer à trier vos bouteilles en plastique en vous disant que ça change quelque chose ? À vos risques et périls.