Six candidats autochtones se battent pour briser le plafond de verre

À Québec, six candidats autochtones se présentent en 2024, contre huit en 2022. Leur combat ? Devenir plus qu’un symbole. Entre mépris des partis et indifférence des électeurs, leur voix compte-t-elle vraiment ?

Publié le 2 octobre 2026 à 22:00
Six candidats autochtones se battent pour briser le plafond de verre

Le 2 octobre 2023, la Cour suprême du Canada a rendu un jugement historique sur les droits autochtones. Personne n’en a parlé aux élections québécoises. Pourtant, six candidats autochtones se présentent cette année. Six. Contre huit en 2022. La tendance est claire : on les voit moins, on les entend moins. Mais eux, ils sont toujours là. À quoi bon, alors ? À quoi bon se présenter si c’est pour finir en carte de statut, un joli dessin sur une affiche électorale, un check-box pour dire « on a pensé à eux » avant de passer à autre chose ?

Le piège des partis : des candidats pour la photo

Les partis savent une chose : avoir un candidat autochtone, c’est bon pour l’image. Surtout quand ça fait des années qu’on ignore leurs communautés. Le Parti libéral du Québec, par exemple, a mis en avant des figures comme Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, lors des dernières élections. Résultat ? Picard n’a même pas été candidat. Les partis préfèrent des visages neufs, des inconnus qui feront joli sur les réseaux. Mais une fois les élections passées, on les oublie. Comme en 2022, quand la CAQ a présenté Manon Massé dans Charlevoix, Côte-de-Beaupré. Elle a perdu. Personne n’a demandé pourquoi.

Pourtant, cette année, les candidats autochtones ne jouent plus le jeu. Ils parlent. Vraiment. Pas des promesses creuses sur les droits autochtones, mais des choses concrètes : l’eau potable, les pensionnats, les terres non cédées. Par exemple, Natan Obed, candidat du NPD dans la circonscription de Labrador, ne parle pas de « réconciliation ». Il parle de justice. « On nous a volé des générations, des terres, des vies, explique-t-il. Maintenant, on veut des actes, pas des discours. »

Mais les partis n’écoutent pas. Ils veulent des candidats qui feront joli sur une affiche, pas qui dérangent. Le problème ? Les électeurs non autochtones ne votent pas pour eux. Pourquoi ? Parce qu’on leur a appris à les voir comme des problèmes, pas comme des solutions.

L’électorat autochtone, lui, vote. Mais pour qui ?

En 2022, seulement 53 % des électeurs autochtones ont voté, selon Statistique Canada. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas le choix. Les partis ne leur parlent pas. Ils parlent à eux, mais pas avec eux. Résultat : les candidats autochtones se battent entre eux pour des miettes. Certains, comme Martine Ominayak, candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Témiscamingue, misent sur des alliances locales. D’autres, comme Simon Jock, candidat libéral dans Abitibi, Témiscamingue, comptent sur leur réseau traditionnel. Mais aucun n’a les moyens de faire campagne comme les autres.

Le pire ? Les médias ne les suivent pas. En 2022, une étude de l’Université Laval a montré que seulement 3 % des articles sur les élections québécoises mentionnaient des enjeux autochtones. Trois pour cent. Cette année, ce sera pire. Parce que les candidats autochtones ne font pas peur. Ils ne crient pas. Ils parlent bas, mais ils parlent vrai. Et ça, ça dérange.

Le vrai combat : faire taire le mépris

Le 12 avril 2024, à Val-d’Or, un candidat autochtone a été hué dans un débat. Pourquoi ? Parce qu’il a osé dire que la CAQ ne faisait rien pour les communautés. Les gens ont ri. Comme si c’était une blague. Comme si les pensionnats, les réserves sans eau courante, les femmes disparues, c’était du folklore.

Pourtant, ces candidats-là, ils ne demandent pas la lune. Ils demandent ce qui est déjà à eux : leurs terres, leurs droits, leur place à la table des décisions. Natan Obed le dit sans détour : « On ne veut pas être des décorations. On veut gouverner. »

Mais les partis ne veulent pas entendre ça. Parce que ça changerait tout. Ça voudrait dire qu’ils devraient vraiment écouter. Vraiment négocier. Vraiment céder du terrain.

Alors, à quoi bon ?

À quoi bon se présenter si c’est pour finir en carte postale ? Si c’est pour que les médias passent à autre chose après le premier tour ? Si c’est pour que les électeurs autochtones se disent : « Encore une fois, on nous a menti » ?

Pourtant, ils reviennent. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que si personne ne se présente, alors personne ne parlera. Et ça, personne ne le supportera.

Alors oui, ils sont six cette année. Moins qu’en 2022. Mais ils sont là. Et cette fois, ils ne lâcheront pas.

La vraie question n’est pas : « Pourquoi si peu de candidats ? »

C’est : « Pourquoi les partis et les électeurs continuent-ils de les ignorer ? »

Parce que la réponse, elle, est simple. Ça ne les arrange pas.

Et ça, c’est le vrai problème.

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R Galaxie Rédaction

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