Le 14 mars 2024, vous commandez des pâtes Barilla sur le site de Carrefour. Vous cliquez sur Livraison express, vous payez, et vous oubliez. Sauf que votre choix vient d’être noté. Pas par vous. Par une appli. Yuka, l’outil qui classe les produits selon leur santé, leur éthique et leur environnement, débarque sur les sites des supermarchés. Intermarché l’a déjà fait. Picard et Carrefour suivent. Demain, ce sera Typology et Aroma-Zone pour les cosmétiques. Votre caddie en ligne sera jugé avant même que vous ne le validiez.
Pourquoi ? Parce que les enseignes ont compris une chose simple : les consommateurs ne savent pas choisir. Ils achètent du sucre en poudre sans se demander s’il est issu du commerce équitable. Ils prennent du shampoing sans vérifier s’il contient du parabène. Et quand bien même ils le sauraient, ils n’ont pas le temps de scanner 50 références avant de valider leur commande. Alors Yuka fait le travail à leur place. En direct, sur leur site.
Le problème ? Personne ne vous demande votre avis.
Yuka fonctionne comme un algorithme opaque. Il note les produits sur 100, avec des critères flous : additifs, nutriments, emballage. Mais qui décide qu’un additif est acceptable ou non ? Les données de l’appli viennent d’une base de connaissances… construite par qui ? Des scientifiques ? Des militants ? Des lobbyistes ? Personne ne sait. Et quand un produit est mal noté, l’enseigne peut contester. Mais les consommateurs ? Ils n’ont même pas le droit de râler.
Prenez l’exemple de Carrefour. Sur son site, Yuka apparaîtra bientôt en bas de page, comme un petit badge vert ou rouge. Un consommateur qui clique dessus verra son choix évalué sans avoir demandé quoi que ce soit. C’est une première. Mais c’est aussi une trahison.
Trahison de la transparence.
Vous pensez faire un choix éclairé en commandant en ligne ? Détrompez-vous. Les algorithmes de Yuka ne sont pas neutres. Ils privilégient les marques clean, souvent plus chères. Résultat : votre panier va se remplir de produits bio à 3 euros la boîte, alors que vous aviez sélectionné des basiques à 1,50 euro.
Pire : les enseignes n’ont aucun intérêt à vous expliquer pourquoi un produit est mal noté. Carrefour ne va pas vous dire : « Ce yaourt a un score Yuka de 42 parce que le sucre vient du Brésil et que les emballages sont en plastique non recyclable. » Non. Vous verrez juste un 42/100, et vous vous sentirez coupable.
Trahison de la liberté.
Vous avez le droit de manger ce que vous voulez. Mais Yuka va vous faire croire que vous faites un mauvais choix. Un paquet de bonbons ? Score rouge. Un steak haché ? Score orange. Bientôt, votre drive sera une liste de produits autorisés et de produits interdits, sans que vous ayez voté pour.
Et les cosmétiques ? Pire encore.
Typology et Aroma-Zone, deux marques de cosmétiques naturels, vont aussi afficher le score Yuka. Problème : ces produits sont déjà chers, et souvent surévalués. Un savon à 12 euros aura peut-être un score vert, alors qu’un savon basique à 3 euros sera rouge. Qui va gagner ? Les marques premium, bien sûr.
Le vrai pouvoir, c’est celui des données.
Yuka possède une base de données colossale. Elle sait ce que vous achetez, pourquoi, et comment vous réagissez aux notes. Les enseignes vont utiliser ces infos pour vous pousser vers des produits plus chers, sous couvert de bien manger.
Et vous, vous allez vous sentir mieux.
Parce que personne ne vous expliquera jamais que cette note, c’est aussi une façon de vous faire payer plus cher.
Ce qui se joue derrière, c’est une guerre.
D’un côté, les consommateurs, qui croient faire des choix sains. De l’autre, les géants de la distribution et les marques, qui utilisent Yuka comme un levier commercial.
Le pire ? Vous ne le saurez jamais.
Car personne ne vous préviendra.
La prochaine fois que vous commandez en ligne, regardez bien.
Ce petit badge vert ou rouge, c’est un algorithme qui décide à votre place. Et personne ne vous demandera votre avis.