L'Arabie saoudite frappe Mokha, le G7 regarde ailleurs

Les raids saoudiens sur Mokha s’intensifient alors que les Houthis contrôlent la mer Rouge. Le G7 alerte sur les risques pour le commerce mondial, mais les marchés ferment les yeux. Pourquoi personne ne force Riyad à arrêter ?

Publié le 23 septembre 2026 à 14:00
L'Arabie saoudite frappe Mokha, le G7 regarde ailleurs

Mokha brûle, et personne ne tire la sonnette d’alarme assez fort

Le port yéménite de Mokha, ce petit bout de terre où s’entassent les conteneurs en partance pour l’Europe et l’Asie, a pris feu. Pas à cause d’un incendie, mais des bombes. L’Arabie saoudite a encore frappé, cette fois avec une précision chirurgicale, ou du moins, c’est l’impression qu’elle veut donner. Les Houthis, eux, parlent de massacre. Les chiffres ? Personne ne les a encore. Mais les images, elles, parlent : des bâtiments réduits en poussière, des familles qui fuient, et ce silence gêné du G7 qui, soudain, se souvient que la mer Rouge existe.

Pourquoi Riyad s’acharne-t-il sur Mokha ? Parce que c’est là, et non ailleurs, que les Houthis ont installé leurs missiles. Parce que c’est là que passe 12 % du commerce maritime mondial, selon l’ONU. Parce que c’est là que les pétroliers et les méthaniers font halte avant de longer le canal de Suez. Bref, parce que Mokha, c’est le point de non-retour. Si les Houthis la tiennent, ils tiennent la clé du détroit de Bab el-Mandeb. Et si Riyad la reprend, c’est qu’il assume : la guerre, désormais, se joue sur l’eau.

Le G7 joue les pompiers pyromanes

Le communiqué est sorti comme un coup de vent : « Les attaques contre les navires commerciaux dans la mer Rouge constituent une menace pour la sécurité mondiale. » Signé : les sept pays les plus riches de la planète. Traduction : « On voit le problème, mais on ne va pas vous embêter avec des solutions. »

Pourquoi ce ton ? Parce que le G7, c’est comme un couple en crise : tout le monde sait que ça va mal, mais personne n’a envie de divorcer. Les États-Unis veulent éviter une escalade qui coûterait cher en vies et en dollars. La France et le Royaume-Uni, alliés historiques de Riyad, ferment les yeux sur les frappes « ciblées » (sic). Et l’Allemagne, trop occupée à gérer ses usines et ses ports encombrés, préfère payer des assurances maritimes qui explosent plutôt que de menacer MBS.

Le chiffre qui résume tout : +300 % de primes d’assurance pour les navires traversant la mer Rouge depuis janvier, selon les courtiers spécialisés. Les armateurs grognent, mais naviguent. Les Houthis tirent, Riyad bombarde, et les marchés ? Ils s’adaptent. Comme toujours.

Ce que les marchés ne veulent pas voir

Les Houthis, vous les connaissez peut-être comme ces types qui lancent des drones sur les bases saoudiennes. Sauf que depuis leur offensive sur la côte de la mer Rouge, ils sont devenus les nouveaux gendarmes du commerce mondial. Pas par choix, mais par défaut. Parce que Riyad les a poussés dans leurs retranchements, et que maintenant, ils contrôlent un passage stratégique.

Le problème ? Personne ne veut l’admettre.

  • Les Houthis ne sont pas une armée régulière. Ils sont irréguliers, imprévisibles, et surtout, efficaces. Leurs missiles touchent là où ça fait mal : les navires de guerre saoudiens, les pétroliers, les porte-conteneurs. Résultat : les compagnies maritimes détournent leurs routes vers le cap de Bonne-Espérance, +6 000 miles et +10 jours de trajet. Coût ? Entre 1,5 et 3 milliards de dollars par mois, selon les estimations de la Chambre de commerce américaine.
  • Riyad, lui, joue les martyrs. « Nous frappons pour protéger le monde », répète-t-on à Riyad. Sauf que les frappes saoudiennes tuent aussi des civils. Et que Mokha, justement, n’est pas une base militaire. C’est un port. Un port vital.
  • Le G7, enfin, fait semblant de s’indigner. Mais quand il s’agit de sanctionner l’Arabie saoudite, tout le monde se tait. Pourquoi ? Parce que l’or noir saoudien finance encore une partie de l’Europe. Parce que les États-Unis ont besoin de Riyad pour contrer l’Iran. Parce que personne ne veut d’un nouveau conflit au Moyen-Orient.

La vraie question, personne ne la pose : et si les Houthis gagnaient ? Pas au sens où ils installeraient un régime, mais au sens où ils deviendraient indispensables ? Parce que sans eux, les navires couleraient. Avec eux, ils paient. Un chantage en bonne et due forme.

Le piège des détroits et des mensonges

La mer Rouge, c’est comme un jeu de go : un petit territoire, mais où chaque coup compte. Bab el-Mandeb, c’est la porte. Si elle se ferme, c’est l’embouteillage. Déjà, les prix du fret ont bondi de 40 % depuis le début de l’année. Déjà, les usines allemandes tournent au ralenti parce que les conteneurs mettent deux fois plus de temps à arriver. Déjà, les ONG parlent de « crise humanitaire maritime ».

Pourtant, les gouvernements font semblant de ne rien voir.

  • Ils parlent de « désescalade ». En réalité, c’est l’escalade qui continue.
  • Ils parlent de « solutions diplomatiques ». En réalité, personne n’a le courage de dire à Riyad : « Arrêtez. »
  • Ils parlent de « sécurité des approvisionnements ». En réalité, les approvisionnements sont déjà en danger.

Le pire ? C’est que tout le monde sait que cette guerre est stupide. Mais personne n’ose le dire à voix haute. Parce que derrière Mokha, il y a l’économie mondiale. Et derrière l’économie mondiale, il y a des élections, des lobbies, des intérêts bien compris.

La mer Rouge n’est pas un jeu vidéo

Les Houthis ne sont pas des terroristes comme les autres. Ce sont des combattants qui ont compris une chose simple : dans un monde où tout passe par la mer, celui qui contrôle les détroits contrôle les règles.

Riyad frappe Mokha. Les Houthis répondent. Le G7 tweete. Les marchés s’adaptent. Et les civils ? Les civils paient.

La prochaine fois que vous verrez un conteneur en partance pour l’Europe, demandez-vous d’où il vient. Peut-être de Mokha. Peut-être sous les bombes. Et peut-être que personne ne vous répondra.

Ce que personne ne dit

La guerre au Yémen n’est pas finie. Elle s’est juste déplacée. Maintenant, elle se joue sur l’eau. Et le plus ironique ? C’est que les Houthis, ces mêmes rebelles que tout le monde voulait écraser, sont devenus les gardiens involontaires d’un équilibre précaire. Sans eux, le chaos serait pire. Avec eux, il y a une trêve. Une trêve fragile, mais une trêve.

Alors oui, le G7 a raison de s’inquiéter. Sauf que son inquiétude ne servira à rien. Parce que tant que Riyad aura les moyens de bombarder, et que les Houthis auront les moyens de riposter, la mer Rouge restera un champ de bataille. Et Mokha, ce petit port oublié, restera le symbole de ce que le monde refuse de voir : quand la géopolitique et le commerce s’entretuent, ce sont toujours les mêmes qui trinquent.

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R Galaxie Rédaction

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