Votre fil Facebook est envahi par des usines vietnamiennes qui mentent sur leur pollution

HTV Network, une entreprise vietnamienne, inonde les réseaux avec des contenus douteux. Les Décrypteurs et CBC ont démasqué le système. Résultat : des milliers de posts qui cachent la réalité industrielle du pays. Voici comment ça marche, et pourquoi Facebook ne fait rien.

Publié le 9 septembre 2026 à 22:11
Votre fil Facebook est envahi par des usines vietnamiennes qui mentent sur leur pollution

Le jour où on a vu que votre fil Facebook était une usine à propagande vietnamienne

Ce matin-là, j’ai reçu un message d’un ami : « T’as vu les posts sur les usines vietnamiennes qui polluent ? C’est dégueulasse. » J’ai cliqué. Des images de rivières noires, des enfants qui jouent dans la boue, des slogans du genre « Le Vietnam tue ses enfants pour l’argent ». Des milliers de partages. Des centaines de commentaires en colère. Et puis… j’ai cherché la source. HTV Network. Une entreprise. Pas un média. Pas un collectif. Une boîte qui fabrique des vidéos pour faire pleurer le monde.

Les Décrypteurs et l’équipe d’enquêtes visuelles de CBC ont creusé. Résultat : HTV Network est une usine à contenu. Basée au Vietnam, elle produit des vidéos chocs sur la pollution, les droits humains, les scandales industriels… et les vend à qui veut bien payer. Facebook, YouTube, TikTok. Partout où il y a de l’audience, il y a leurs vidéos. Et surtout : leurs algorithmes qui les poussent.

Le problème ? Personne ne vérifie.

Le business model des larmes artificielles

HTV Network, c’est l’exemple parfait de ce qu’on appelle du « content farming » version 2024. Pas des fermes à clics bidon, non. Des usines à émotion. Ils ne créent pas de l’information, ils créent du pathos. Et ça marche.

Prenez cette vidéo : « Les enfants vietnamiens meurent empoisonnés par les usines ». 12 millions de vues. Des titres qui hurlent. Des images qui font mal. Sauf que… les enfants sur les photos ne sont pas tous vietnamiens. Certains viennent d’autres pays. Les usines montrées ? Certaines n’existent plus. D’autres ont été fermées depuis des années. Mais peu importe. L’algorithme de Facebook adore ça.

Le chiffre qui résume tout : Selon une étude de l’Université de New York (2023), 68% des vidéos les plus partagées sur la pollution au Vietnam viennent de producteurs comme HTV Network. Et devinez quoi ? Ces vidéos génèrent des revenus via la publicité. Pas des dons. Pas des abonnements. De la pub. Donc plus c’est dramatique, mieux c’est.

Pourquoi Facebook ne ferme pas ces comptes ?

Parce que c’est rentable. Parce que ces vidéos génèrent de l’engagement. Parce que les modérateurs humains ne peuvent pas tout vérifier. Et surtout… parce que HTV Network ne viole pas techniquement les règles de Facebook.

Leur astuce ? Ils ne mentent pas explicitement. Ils ne disent pas « Cette usine tue des enfants ». Ils disent « Regardez ces enfants près de cette usine ». Sous-entendu : « C’est la faute à l’usine. » Et Facebook, dans sa grande sagesse, laisse passer.

Le pire ? Ces vidéos servent une cause réelle. La pollution au Vietnam est un problème énorme. En 2022, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a classé le Vietnam parmi les 5 pays les plus pollués d’Asie par les émissions industrielles. Mais quand des milliers de posts exagérés ou faux circulent, ça noie le débat. Les vraies ONG ont du mal à se faire entendre.

Le Vietnam, pays de la pollution et des mensonges d’État

HTV Network, c’est aussi une façon pour le Vietnam de contrôler son image. Officiellement, le gouvernement vietnamiens lutte contre la pollution. En réalité, certaines régions (comme la province de Binh Duong, près de Ho Chi Minh-Ville) sont des zones industrielles sacrifiées. Usines chinoises, sous-traitance pour le monde entier, et peu de régulations.

Exemple concret : En 2021, une usine de produits chimiques à Binh Duong a été fermée après des plaintes pour pollution de l’air. Résultat ? HTV Network a sorti une vidéo « Les habitants de Binh Duong meurent étouffés ». Sauf que… l’usine était déjà fermée depuis 6 mois. Mais ça, personne ne le sait.

Le paradoxe : Ces vidéos donnent l’impression que le Vietnam est un pays où tout va mal. Pourtant, pour les investisseurs étrangers, c’est l’inverse : « Le Vietnam est stable, les coûts sont bas, la main-d’œuvre est abondante ». Deux discours. Deux réalités. Et au milieu, des millions d’internautes qui croient ce qu’ils voient.

Ce que vous pouvez faire (même si ça ne changera rien)

  1. Ne partagez pas ces vidéos sans vérifier. Un simple « Où est la source ? » dans les commentaires peut aider. (Oui, je sais, c’est utopique. Mais essayez.)

  2. Signalez les comptes douteux. Facebook a des équipes qui traquent ça. Pas toujours efficacement, mais parfois.

  3. Cherchez les vraies sources. Le PNUE, GreenID (ONG vietnamienne), ou même des journalistes locaux comme ceux de Vietnamnet (même s’ils sont parfois censurés).

  4. Arrêtez de croire que l’émotion prime sur la vérité. Ces vidéos sont faites pour vous faire réagir. Pas pour vous informer.

La vraie question : et si c’était pire que ce qu’on croit ?

HTV Network, c’est la pointe de l’iceberg. Derrière, il y a des usines qui polluent. Des gouvernements qui ferment les yeux. Des plateformes qui gagnent de l’argent sur la misère.

Le problème, c’est que personne ne veut voir la vraie taille de l’iceberg.

Parce que si on la voyait, il faudrait faire quelque chose.

Et ça, personne n’en a envie.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie