La Suisse laisse passer l'avion sans payer, et personne ne bronche vraiment

Le Conseil des États a enterré une taxe sur les vols court-courriers, une décision qui coûte cher aux cantons et aux voyageurs. Pourquoi personne ne semble s’en soucier ? L’argent public s’envole, littéralement, sans contrepartie. Et les alternatives ? Elles existent, mais personne ne les pousse vraiment.

Publié le 17 septembre 2026 à 06:04
La Suisse laisse passer l'avion sans payer, et personne ne bronche vraiment

Un avion décolle de Genève à 7h15, direction Zurich. À bord, une centaine de passagers, dont une majorité de Suisses. Le vol dure 50 minutes. Le billet, souvent moins cher que le train. Le coût pour la collectivité ? Personne ne le sait vraiment. Parce que la Suisse, pays des montagnes et des horloges, a une particularité : elle ne taxe pas les vols court-courriers. Et ça, c’est un problème.

Le Conseil des États l’a confirmé mercredi : 20 voix contre 17, l’initiative du canton de Bâle, qui voulait instaurer une taxe sur ces trajets, est morte. Une décision qui ne surprend personne, en réalité. Sauf ceux qui paient l’addition.

L’argent public qui s’envole sans laisser de trace

En 2022, la Suisse a enregistré plus de 12 millions de passagers sur des vols domestiques ou court-courriers (Genève-Zurich, Bâle-Berne, etc.). À raison d’une taxe moyenne de 20 francs par billet, comme le proposait Bâle, cela aurait rapporté 240 millions de francs par an. De quoi financer des écoles, des routes, ou simplement réduire le déficit des transports publics. Mais non. Le Conseil des États a dit non.

Pourquoi ? Parce que l’argument économique est simple : les compagnies aériennes menacent de délocaliser leurs hubs. EasyJet, Helvetic Airways, Swiss… Elles jouent les victimes. « Une taxe, c’est une hausse des prix, et les clients vont fuir », répètent-elles en chœur. Sauf que les clients, justement, ne fuient pas. Les vols court-courriers restent populaires. Alors pourquoi cette peur ?

Parce que personne ne veut toucher aux lobbies. Les compagnies aériennes dépensent des fortunes en lobbying à Berne. Résultat : les politiques préfèrent fermer les yeux. Comme pour les paquebots de croisière qui polluent les lacs sans payer de péage, ou les avions privés qui décollent sans contrôle. La Suisse a un problème : elle aime les avions, mais pas les taxes qui vont avec.

Le train, ce parent pauvre qu’on oublie

Pendant ce temps, les CFF (Chemins de fer fédéraux suisses) étouffent. Les trains sont chers, lents sur certains axes, et les subventions publiques ne suffisent plus. Pourtant, un trajet Genève-Zurich en train met 1h15, soit 25 minutes de plus que l’avion. Mais le billet coûte 80 francs en 2nde classe, contre 60 francs pour l’avion (promo comprise).

La Suisse gaspille des centaines de millions chaque année pour des vols qui pourraient être remplacés par des trains plus rapides, plus écologiques, et moins chers. Sauf que personne ne veut investir. Pourquoi ? Parce que les lobbies de l’aviation sont plus forts que ceux des chemins de fer. Parce que les politiques préfèrent les promesses des compagnies (« on va créer des emplois ») plutôt que les réalités des bilans. Parce que, au fond, personne ne veut vraiment changer les règles du jeu.

Bâle a essayé. Et a perdu.

Le canton de Bâle était le seul à vouloir bouger les lignes. Son initiative proposait une taxe de 20 francs par passager sur les vols court-courriers. Assez pour faire réfléchir. Assez pour commencer à rééquilibrer les comptes. Mais le Conseil des États a refusé, invoquant « la compétitivité » et « l’attractivité » du pays. Traduction : on ne veut pas froisser les actionnaires de Swiss ou d’EasyJet.

Pourtant, d’autres pays l’ont fait. La Norvège taxe ses vols intérieurs depuis 2018. La France a instauré une taxe sur les billets d’avion en 2019. Même la Suisse… la Suisse a une taxe sur les billets internationaux. Mais pas sur les vols domestiques. Pourquoi cette exception ? Parce que les lobbies y sont plus puissants. Parce que les politiques y sont plus sensibles. Parce que, encore une fois, personne ne veut vraiment se mouiller.

Et si on parlait des vrais coûts ?

Un vol court-courrier, c’est du CO₂ émis pour rien. Genève-Zurich, c’est 120 kg de CO₂ par passager (aller simple). À comparer avec 20 kg en train. La Suisse s’est fixée des objectifs climatiques ambitieux. Pourtant, elle laisse filer des millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, grâce à ces vols inutiles.

Et puis, il y a le bruit. Les avions qui décollent et atterrissent toutes les 15 minutes à Zurich-Kloten ou Genève-Cointrin. Les riverains qui subissent. Les nuits blanches. Personne ne semble s’en soucier.

Alors, que faire ?

Il faudrait une taxe. Une vraie. Pas une demi-mesure, pas un geste symbolique. 20 francs par billet, c’est un début. Ça permettrait de financer des trains plus rapides, des subventions pour les familles, ou simplement de réduire le déficit des CFF. Mais pour ça, il faudrait que quelqu’un ose. Que quelqu’un brise le tabou.

Le Conseil des États a dit non. Les lobbies ont gagné. Les passagers continuent de prendre l’avion sans sourciller. Et la Suisse, elle, continue de payer. Sans rien demander en échange.

Ce n’est pas une question d’écologie. Ce n’est pas une question de transport. C’est une question de bon sens.

Sauf que le bon sens, parfois, prend l’avion sans billet.

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R Galaxie Rédaction

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