Le constructeur qui arrive sans faire de bruit
BYD, vous connaissez ? Non. Enfin, si, peut-être. Mais pas comme Tesla, pas comme Mercedes. BYD, c’est le géant chinois qui vend des voitures électriques à prix cassés, avec des batteries maison, et qui a multiplié ses ventes en Suisse par neuf en un an. En 2023, 1 200 immatriculations. En 2024, déjà 11 000. Et le rythme s’accélère. En février, BYD a écoulé plus de véhicules que Renault, Peugeot et Citroën réunis. Plus que Volkswagen, même. Tesla, le roi helvétique, commence à stresser. Ses ventes reculent. BYD, lui, progresse de 300 % sur un an.
Pourtant, personne ne s’en émeut. Pas les médias, pas les politiques, pas les écologistes. Comme si le basculement était trop évident pour en parler. Comme si, soudain, acheter chinois n’était plus un problème. Juste une évidence.
Et puis il y a le prix de l’essence. En Suisse, le litre de SP95 frôle les 2 francs. Record historique. Les Suisses, habitués à payer cher, commencent à regarder ailleurs. Vers l’électrique, vers le chinois, vers ce qui coûte moins cher à rouler. BYD en profite. Ses batteries durent, ses prix baissent, et ses concessionnaires pullulent, même à Genève, où l’on ne jurait que par les marques allemandes.
Le chiffre que tout le monde ignore
En 2023, la Chine représentait 12 % des importations de voitures en Suisse. En 2024, ce sera 30 %. Pas seulement BYD, mais aussi Geely, MG, ou Chery. Des marques inconnues il y a deux ans, aujourd’hui partout. Le tout sans que les Suisses ne réalisent qu’ils achètent massivement chinois. Parce que BYD, ce n’est pas comme un Toyota ou un BMW. C’est une marque qui mise sur le silence. Pas de pub tape-à-l’œil, pas de slogans, juste des voitures qui roulent, qui coûtent moins cher, et qui arrivent sans faire de vagues.
Sauf que les vagues, elles sont là. Derrière.
Ce que personne ne veut voir
La Suisse a un problème avec la Chine. Pas celui qu’on croit. Pas les banques, pas les investissements. Celui, bien plus concret, des dépendances industrielles. Quand un tiers des voitures vendues viennent de Chine, ça veut dire quoi ? Que les pièces maîtresses, batteries, électronique, moteurs, viennent aussi de là-bas. Que les chaînes d’approvisionnement sont sous contrôle d’un État qui n’a pas les mêmes règles que l’Europe. Que si demain Pékin décide de serrer les vis, les Suisses seront en première ligne.
Pourtant, personne n’en parle. Pas les autorités, pas les syndicats, pas les économistes. Comme si le marché devait régler seul le problème. Comme si, parce que c’est moins cher, c’était forcément une bonne idée.
Il y a un an, un rapport de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) alertait sur les risques de dépendance aux batteries chinoises. Aujourd’hui, l’alerte est passée inaperçue. Pourquoi ? Parce que les Suisses préfèrent rouler chinois. Parce que c’est pratique. Parce que c’est moins cher. Parce que personne ne leur dit qu’ils jouent avec le feu.
Le piège de la facilité
BYD a un atout majeur : ses batteries. Moins chères, plus performantes que celles de Tesla ou des constructeurs européens. Résultat, ses voitures coûtent moins cher à l’achat, moins cher à l’entretien, et moins cher à recharger. Dans un pays où tout est cher, BYD, c’est la planche de salut. Sauf que cette dépendance a un prix.
Prenez l’exemple des terres rares. Ces métaux essentiels pour les batteries viennent pour 80 % de Chine. Si Pékin décide d’en limiter l’exportation, comme il l’a fait en 2023 pour le graphite, les prix explosent. Les voitures deviennent plus chères. Et les Suisses, qui avaient cru trouver une solution, se retrouvent coincés.
Pourtant, personne ne semble s’en soucier. Pas même les écologistes, pourtant si promptes à critiquer les énergies fossiles. Parce que BYD, c’est vert. C’est propre. C’est l’avenir. Même si cet avenir passe par des usines chinoises où les droits des travailleurs sont bafoués, où l’État contrôle tout, où les normes environnementales sont différentes.
La Suisse, pays des exceptions
Il y a un paradoxe suisse. Le pays qui se targue d’être neutre, indépendant, hors des conflits géopolitiques, achète massif chinois sans sourciller. Pourquoi ? Parce que la Suisse a toujours cru pouvoir jouer sur les deux tableaux. Être proche de l’Europe, mais pas trop. Acheter américain, mais aussi chinois. Sans jamais vraiment choisir.
Sauf que cette fois, c’est différent. La Chine n’est plus un partenaire parmi d’autres. C’est un géant qui impose ses règles. Ses subventions, ses normes, ses usines. Et la Suisse, avec son tiers de voitures chinoises, devient un laboratoire à ciel ouvert.
Ce qui va se passer maintenant
BYD ne s’arrêtera pas en si bon chemin. En Chine, le constructeur domine déjà 20 % du marché. En Europe, il vise les 15 % d’ici 2025. La Suisse, avec ses routes de montagne et ses conducteurs exigeants, sera un terrain de test idéal. Si BYD arrive à convaincre ici, elle convaincra partout.
Mais attention : quand un constructeur chinois domine un marché, ça change la donne. Pas seulement pour les ventes, mais pour l’industrie tout entière. Les pièces détachées, la maintenance, les recharges rapides, tout dépendra de Pékin. Et si un jour la Chine décide de faire payer le prix fort, la Suisse sera en première ligne.
Pour l’instant, personne n’y pense. Les Suisses roulent BYD, sans se poser de questions. Comme ils roulaient essence hier, sans se poser de questions.
Sauf que cette fois, le jeu est plus dangereux. Parce que la Chine ne joue pas selon les mêmes règles. Et que la Suisse, avec son tiers de voitures chinoises, vient de franchir une ligne rouge sans même s’en rendre compte.