La Poste perd 15 % de colis sans alerter.

La taxe européenne sur les petits colis fait chuter les volumes pour La Poste. Résultat : des millions de paquets en moins, des emplois fragilisés, et une UE qui regarde ailleurs. Pourquoi cette taxe tue le commerce sans que Bruxelles ne réagisse ?

Publié le 3 octobre 2026 à 18:06
La Poste perd 15 % de colis sans alerter.

La taxe qui tue sans raison valable

La règle est simple : depuis 2021, tout colis de moins de 150 euros en provenance d’un pays hors UE est taxé à 15 % de sa valeur (avec un plafond à 90 euros). Objectif officiel ? Éviter que des géants comme AliExpress ou Amazon ne écrasent les petits commerces européens avec des prix cassés. Sauf que la réalité est bien différente. 80 % des colis taxés viennent de Suisse, de Turquie ou des États-Unis, soit des pays où les normes sociales et fiscales sont déjà alignées sur celles de l’UE. Résultat : les PME européennes, elles, continuent de payer des salaires, des charges et des taxes locales bien plus lourdes. La taxe frappe surtout les expéditeurs étrangers qui n’ont pas les moyens de négocier des tarifs douaniers préférentiels. Et devinez qui paie l’addition ? La Poste, bien sûr.

Pascal Grieder l’a résumé sans détour lors d’un entretien : « On nous demande de livrer des colis de plus en plus chers, avec des marges qui s’effritent. À un moment, même un géant comme nous, ça peut devenir ingérable. » Ingérable, oui. Mais surtout non rentable. Parce que quand un client chinois voit son colis passer de 20 à 35 euros de taxes, il clique sur un autre transporteur. Ou il renonce. Et La Poste, coincée entre des coûts fixes et une demande qui s’effondre, doit soit augmenter ses prix (et perdre encore des clients), soit serrer la vis sur ses coûts (et licencier).

Le pire ? Personne ne conteste vraiment cette taxe. Pas les syndicats, pas les associations de consommateurs, pas même les petits commerçants européens qu’elle était censée protéger. Pourquoi ? Parce que ces derniers ont d’autres problèmes : la hausse des loyers, la pénurie de main-d’œuvre, et une clientèle qui dépense de moins en moins. La taxe sur les colis, c’est l’arbre qui cache la forêt. Et Bruxelles, trop occupée à se regarder le nombril sur le Green Deal, n’a pas le temps de s’en soucier.

Ce que Bruxelles ne veut pas voir

La Commission européenne vante cette taxe comme un « succès contre le dumping social ». Sauf que les chiffres ne suivent pas. Une étude de la Confédération européenne des syndicats (CES) publiée en 2023 montre que seulement 3 % des colis taxés proviennent de pays où les droits sociaux sont vraiment bafoués (comme certains pays d’Asie du Sud-Est). Le reste ? Des expéditions de Suisse, des États-Unis, ou même d’Allemagne. Une taxe qui frappe surtout l’Europe elle-même.

Et puis, il y a le détail qui dérange : les géants du e-commerce contournent la taxe sans problème. Amazon, par exemple, a mis en place un système où les colis dépassent souvent les 150 euros (avec des livres à 0,01 euro près du seuil). Résultat ? La taxe ne les touche presque pas. Pendant ce temps, un artisan suisse qui vend des montres à 200 euros se retrouve avec une taxe de 30 euros par colis. La taxe est censée protéger les petits, mais elle les étrangle.

Pourtant, quand on demande à Bruxelles pourquoi personne ne réexamine cette mesure, les réponses sont floues. « Les règles sont claires, elles s’appliquent à tous », répond un porte-parole de la Commission. Traduction : « On ne veut pas rouvrir ce dossier, ça pourrait faire des vagues. » Sauf que les vagues, elles sont déjà là. Sous forme de chute des volumes, de pertes pour La Poste, et de colère dans les entrepôts.

La Poste en mode survie

À Genève, dans les entrepôts de La Poste, l’ambiance n’est plus celle d’avant. « Avant, on expédiait des milliers de colis par jour vers l’Allemagne ou la France, raconte un employé sous couvert d’anonymat. Maintenant, c’est la moitié. Et les clients se plaignent des délais. » La taxe a aussi détourné une partie du trafic vers DHL ou UPS, qui proposent des tarifs plus attractifs pour les expéditeurs étrangers. La Poste, elle, reste coincée avec un parc de véhicules vieillissant et des coûts logistiques élevés. Son seul avantage ? Le réseau postal historique. Mais ça ne suffit plus.

Le groupe a déjà annoncé la suppression de 3 000 postes en Suisse depuis 2020. Et si la tendance continue, ce ne sera qu’un début. « On ne peut pas compenser une baisse de 15 % des volumes en licenciant 15 % des employés, explique un cadre. Il faudrait fermer des agences, réduire les tournées… » Autrement dit : la qualité du service va encore baisser.

Pourtant, La Poste n’est pas une victime innocente. Le groupe a lui aussi profité du boom du e-commerce ces dernières années. Mais aujourd’hui, c’est lui qui trinque. Et le plus ironique ? C’est l’UE qui lui a mis le couteau dans le dos.

Et après ? Personne ne bouge

Alors, que faire ? Réformer la taxe ? La supprimer ? Personne n’en parle vraiment. Les États membres préfèrent regarder ailleurs, de peur de déclencher une guerre commerciale avec la Chine ou les États-Unis. La Commission, elle, se cache derrière des rapports techniques interminables. Et les consommateurs ? Ils continuent d’acheter sur Amazon, sans se soucier d’où vient leur colis.

Pourtant, la balle est dans le camp de l’UE. Si elle veut éviter que La Poste ne s’effondre (et avec elle, des milliers d’emplois postaux), il est temps de réexaminer cette taxe. Soit en l’assouplissant, soit en la ciblant vraiment sur les pays à bas coûts sociaux. Mais pour l’instant, Bruxelles joue les autrues.

Parce que quand tout le monde a un problème, personne n’a envie de le régler.

Le vrai enjeu : qui paiera la note ?

La Poste n’est qu’un maillon. Derrière elle, il y a des millions de colis qui ne partiront pas, des PME qui feront faillite, et des citoyens qui paieront plus cher leurs achats en ligne. La taxe européenne sur les petits colis était censée être une solution. Elle est devenue un problème.

Et le pire ? Personne ne semble prêt à assumer les conséquences.

Alors, soit l’UE se réveille. Soit c’est La Poste qui finira par craquer. Et dans ce cas, ce ne seront pas que les livreurs qui trinqueront.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie