Pourquoi les Vietnamiens crèvent en vieillards malgré leur longévité
Imaginez un appartement de 30 m² à Hô Chi Minh-Ville. Deux lits superposés, une cuisine où l’on peut à peine tourner. Une fenêtre si petite qu’on y voit à peine le jour. Et puis, l’escalier en colimaçon pour monter à l’étage, parce que l’ascenseur, lui, coûte trop cher. Vous avez 70 ans. Vos genoux grincent. Vous êtes essoufflé après trois marches. Voilà votre quotidien.
Ce n’est pas une métaphore. C’est la réalité de millions de Vietnamiens. Une étude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publiée en 2021 soulignait que 42 % des personnes âgées de plus de 60 ans au Vietnam souffraient de limitations physiques liées à leur habitat. Pas à cause de leur âge. À cause de leur maison. Et pourtant, quand on parle de santé publique, on parle toujours des hôpitaux, des médicaments, des campagnes de vaccination. On oublie le cadre de vie.
Pourtant, les chiffres sont là . Une recherche de l’Université de médecine de Hô Chi Minh-Ville (2022) a montré que les personnes vivant dans des logements mal adaptés avaient 30 % plus de risques de développer des maladies chroniques que celles dans des espaces aérés, lumineux et accessibles. 30 %. Pas 5 %. Pas 10 %.
Et le pire ? Les promoteurs de logements de luxe, eux, savent très bien comment faire. Ils le font ailleurs. Mais pas ici.
Le luxe vietnamiens ignore ce qui marche ailleurs
À Singapour, le groupe CapitaLand a lancé en 2019 des résidences seniors conçues comme des villages actifs. Pas des EHPAD. Des maisons avec des espaces verts intégrés, des cuisines accessibles pour les personnes à mobilité réduite, des fenêtres qui captent la lumière naturelle toute la journée. Résultat ? Les résidents de ces programmes ont 40 % moins de chutes et 25 % moins de consultations pour maladies respiratoires, selon une étude interne.
Au Vietnam, on construit encore des tours avec des escaliers étroits comme des passoires, des balcons qui donnent sur des murs mitoyens, et des matériaux qui emmagasinent l’humidité. Pourquoi ? Parce que personne ne demande aux architectes de penser santé. Personne ne leur dit : « Et si on évitait que vos locataires finissent cloués au lit à 70 ans ? »
Les promoteurs vietnamiens misent sur le prix au m², pas sur la longévité en bonne santé. C’est une erreur.
Ce qui cloche dans les logements vietnamiens (et comment le corriger)
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L’air vicié. Les appartements sont souvent surchargés, avec peu de ventilation. Résultat : moisissures, allergies, problèmes respiratoires. À Taiwan, les promoteurs intègrent désormais des systèmes de filtration d’air obligatoires dans les résidences seniors. Au Vietnam ? On se contente de fenêtres qui ne s’ouvrent pas.
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Les escaliers mortels. Un Vietnamiens sur trois de plus de 65 ans a des difficultés à monter un escalier, selon l’OMS. Pourtant, 80 % des logements construits après 2010 n’ont pas d’ascenseur (source : Ministère des constructions du Vietnam). À Dubaï, les normes imposent des ascenseurs dès le premier étage pour les bâtiments de plus de 4 étages. Ici ? On attend que les gens trébuchent.
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La lumière artificielle permanente. Les appartements sont conçus comme des boîtes. Peu de fenêtres, des stores qui bloquent le soleil. Or, l’exposition à la lumière naturelle réduit les risques de dépression et de cataracte de 30 % (étude Harvard Medical School, 2020). Au Vietnam, on préfère les murs épais et les pièces sombres. Parce que c’est moins cher.
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Les cuisines inadaptées. Vous avez 75 ans, des mains qui tremblent, et une plaque de cuisson au sol, inaccessible. 38 % des Vietnamiens de plus de 60 ans cuisinent encore quotidiennement, mais 22 % d’entre eux ont déjà eu un accident en cuisine (enquête Vietnam National Institute of Gerontology, 2023). En Corée du Sud, les cuisines des résidences seniors sont équipées de plaques à induction surélevées et de robinets à levier unique. Ici ? On compte sur la débrouille.
Le marché du luxe peut (et doit) changer la donne
Les promoteurs de logements haut de gamme vietnamiens se focalisent sur le marbre, les domotiques et les vues à 360 degrés. Ils oublient l’essentiel : un logement de luxe doit aussi être un logement qui préserve la santé.
Prenez Vinpearl, le géant immobilier vietnamien. En 2023, il a lancé des résidences à Da Nang avec des espaces verts privatisés et des pistes de marche sécurisées. Une première. Mais c’est encore trop rare. Pourquoi ? Parce que le marché ne sanctionne pas les promoteurs qui ignorent la question.
Les acheteurs vietnamiens veulent du prestige. Pas des murs qui les protègent des maladies. C’est ça, le vrai problème.
La santé ne se décrète pas, elle se construit
Le Vietnam a compris une chose : les gènes ne font pas tout. 80 % de la longévité en bonne santé dépend du mode de vie et de l’environnement (rapport Lancet, 2017). Pourtant, quand on parle de prévenir les maladies chroniques, on pense aux campagnes de santé publique. On oublie que votre maison est votre premier médecin, ou votre pire ennemi.
Les promoteurs de luxe ont une occasion en or. Ils pourraient vendre du temps en bonne santé, pas juste du béton.
Mais pour ça, il faudrait qu’ils arrêtent de regarder leurs marges… et qu’ils commencent à regarder leurs résidents droit dans les yeux.
Ça, personne ne le leur demande encore.