Venarey-les-Laumes ignore un problème de santé publique

Deux ateliers sur la santé féminine organisés en octobre à Venarey-les-Laumes. Une initiative utile, mais qui masquent un échec plus large : la méconnaissance des droits et des risques. Pourquoi personne ne parle des chiffres qui font peur ?

Publié le 18 octobre 2026 à 10:14
Venarey-les-Laumes ignore un problème de santé publique

Le jeudi 15 octobre, la maison de santé pluridisciplinaire (MSP) du Pays d’Alésia a ouvert deux ateliers sur la santé féminine. Un sujet qui devrait faire réagir. Pourtant, à Venarey-les-Laumes, ça ressemble à une opération de communication plus qu’à une urgence sanitaire. Pourquoi ? Parce que les chiffres, eux, ne mentent pas. Selon l’INSEE, 1 femme sur 3 en France ignore encore comment fonctionne son cycle menstruel. Une sur 10 ne sait pas reconnaître les signes d’un cancer du col de l’utérus. Et dans le département de la Côte-d’Or, où se niche Venarey, les consultations gynécologiques sont en baisse de 12 % depuis 2020. Alors oui, ces ateliers sont une bonne idée. Mais ils arrivent trop tard, et ils ne suffisent pas.

Un décor médical qui sent le vieux papier

La MSP du Pays d’Alésia, c’est un bâtiment fonctionnel, un peu gris, perdu entre deux routes. Pas de panneau lumineux, pas d’affiche choc. Juste une petite affiche A4 collée à la porte : « Ateliers santé féminine, Inscription sur place ». Rien qui claque. Rien qui force à regarder. Et c’est là le problème. La santé féminine, ce n’est pas un sujet qu’on aborde entre deux rendez-vous chez le dentiste. C’est un champ de mines où beaucoup osent à peine poser le pied.

Lorsqu’on demande à la directrice de la MSP pourquoi ces ateliers ont mis des années à voir le jour, elle répond par une phrase toute faite : « Les besoins se sont fait sentir. » Traduction : on a attendu que les patientes viennent se plaindre avant d’agir. Sauf que les patientes, justement, ne se plaignent pas assez. Soit par honte, soit parce qu’elles ne savent pas qu’elles devraient. Et pendant ce temps, les statistiques continuent de grimper.

Ce que les ateliers ne disent pas

Les deux sessions proposées ce jour-là portaient sur deux thèmes : les infections sexuellement transmissibles (IST) et la contraception d’urgence. Deux sujets cruciaux, mais présentés comme des options, pas comme des urgences.

  • La première partie, animée par une sage-femme, a duré 45 minutes. Elle a expliqué comment reconnaître une IST, les traitements disponibles, et surtout : « Pourquoi il ne faut pas avoir honte d’en parler. » Message louable. Problème : la salle faisait à peine la moitié de sa capacité. Sur les 12 places assises, 7 étaient vides. Pourquoi si peu de monde ? Parce que la honte, justement, est encore bien vivante. Et parce que beaucoup pensent que ces problèmes ne les concernent pas.

  • La deuxième session, sur la contraception d’urgence, a été encore plus déserte. Trois personnes. Trois. Parmi elles, une étudiante de 20 ans qui avoue ne jamais avoir entendu parler du « stérilet d’urgence » avant ce jour. « Moi, je pensais que c’était juste la pilule du lendemain », lance-t-elle, l’air un peu gênée. Voilà le vrai scandale. À 20 ans, en 2024, on devrait connaître ces bases. Pourtant, non.

L’échec des campagnes de prévention

Venarey-les-Laumes n’est pas un cas isolé. En Bourgogne-Franche-Comté, seulement 35 % des femmes de moins de 30 ans ont déjà consulté un gynécologue. 35 %. Un chiffre qui donne le vertige. Pourtant, les campagnes d’information existent. Les affiches sont partout. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos explicatives. Alors pourquoi ça ne marche pas ?

Parce que la prévention, ça ne se décrète pas. Ça se vit. Et pour vivre ces sujets, il faut d’abord en parler sans filtre. Or, dans une ville comme Venarey, où les secrets de famille se transmettent encore de génération en génération, aborder la santé intime reste un tabou. Les ateliers de la MSP sont une première étape. Mais une première étape qui ne suffit pas.

Prenez les IST. En France, une femme sur cinq sera concernée avant 25 ans. Pourtant, dans les zones rurales comme celle-ci, les tests sont rares, les consultations longues, et l’accès aux préservatifs… compliqué. « Ici, on n’a pas de planning familial à proximité, alors les gens viennent quand ils peuvent », explique une infirmière. Traduction : ils viennent quand le problème est déjà là.

Ce que la MSP refuse de voir

La maison de santé a le mérite d’exister. Mais elle a aussi un défaut majeur : elle croit que la prévention, ça se fait en deux heures, une fois par an. Or, la santé féminine, c’est un travail de tous les jours. C’est écouter les patientes sans les juger. C’est leur donner les bons outils, pas juste des brochures. C’est admettre que la honte, la peur, et l’ignorance tuent bien plus que les maladies elles-mêmes.

Lorsqu’on demande à la MSP quelles sont ses prochaines actions, la réponse est floue : « On va continuer comme ça. Peut-être ajouter un troisième atelier l’an prochain. » Peut-être. Deux mots qui résument tout. Peut-être plus de monde viendra. Peut-être les chiffres baisseront. Peut-être que les femmes de Venarey oseront enfin en parler. Mais peut-être aussi que rien ne changera.

La vraie question : et après ?

Venarey-les-Laumes n’est pas Paris. Ici, les réalités sont différentes. Les moyens aussi. Alors oui, ces ateliers sont nécessaires. Mais ils ne suffisent pas. Parce que la santé féminine, ce n’est pas qu’une question de connaissances. C’est une question de société. De droits. D’accès aux soins. Et sur ce dernier point, Venarey a encore du chemin à parcourir.

La prochaine fois que la MSP organisera un atelier, elle ferait bien de commencer par une question simple : « Pourquoi est-ce que vous n’êtes pas venu avant ? » Les réponses, elles, pourraient faire bouger les lignes.

Et ça, personne ne le demande.

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R Galaxie Rédaction

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