Le chiffre qui pèse comme une pierre muette depuis 2019
En Gironde, 6 500 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année. 6 500. Le chiffre sort tout seul, comme une évidence, mais personne ne semble le regarder en face. Pas même les mairies. Pourtant, ce samedi 24 octobre, celle de Sauternes va organiser sa deuxième édition de la marche solidaire dans les vignes. Une randonnée de 12 kilomètres, entre châteaux et parcelles classées, pour Octobre Rose.
Pourquoi les vignes ? Parce que le Sauternais, c’est d’abord ça : des coteaux pentus, des grappes botrytisées, et une économie qui tourne autour du vin. Pas des hôpitaux, pas des centres de dépistage. Juste des chemins de terre et des paysages qui attirent plus les touristes que les médecins.
Et puis, il y a l’exposition artistique à l’espace culturel. Des toiles, des installations, peut-être même des performances. Parce que mobiliser, aujourd’hui, ça passe par l’art. Ou par la marche. Mais pas par le débat.
La marche qui ne change rien à la réalité
Octobre Rose, c’est devenu un mois comme les autres. Des rubans roses partout, des slogans sur les réseaux, des événements éphémères. Mais au final, qu’est-ce qui change ?
En 2023, le dépistage du cancer du sein en France a encore reculé. -1,5 % de participation par rapport à 2022, selon Santé Publique France. Et dans les zones rurales comme le Sauternais, où les femmes sont moins sensibilisées, les chiffres sont encore plus bas. Pourtant, le dépistage précoce sauve des vies. Alors pourquoi personne ne force le trait ?
La mairie de Sauternes, elle, mise sur l’événementiel. Une randonnée dans les vignes, c’est joli. Ça fait parler. Ça donne des images pour les journaux locaux. Mais est-ce que ça va faire bouger les lignes ?
Probablement pas. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le manque d’événements. C’est le manque de moyens. Les centres de dépistage manquent de radiologues. Les associations locales manquent de bénévoles. Et les femmes, surtout celles qui vivent à la campagne, manquent d’information.
Pourtant, cette marche pourrait être l’occasion d’en parler. Vraiment. Pas juste de marcher, de prendre des selfies, et de repartir comme si de rien n’était.
L’art et les vignes : deux écrans pour cacher l’essentiel
L’exposition artistique à l’espace culturel, c’est le deuxième volet de la journée. Des artistes locaux, probablement, qui vont représenter le cancer du sein à leur manière. Des toiles sombres, peut-être. Des installations qui font réfléchir. Ou alors des œuvres trop abstraites pour que le grand public y comprenne quelque chose.
L’art, c’est bien. Ça permet de parler de sujets difficiles sans avoir à être direct. Mais est-ce que ça va changer la donne ?
Pas sûr. Parce que le cancer du sein, ce n’est pas qu’une question de sensibilisation. C’est une question de moyens. De temps médical. D’accès aux soins.
Prenez le cas du château de Doisy-Daëne, un des plus grands crus du Sauternais. Ils ont les moyens d’organiser des événements, des dégustations, des visites VIP. Mais est-ce qu’ils mettent autant d’énergie à soutenir les associations locales qui luttent contre le cancer ?
Non. Parce que le vin, ça se vend. Et le cancer, ça se soigne. Mais ça ne fait pas rêver.
Pourquoi attendre octobre pour en parler ?
Octobre Rose, c’est devenu une date comme une autre. Un mois où tout le monde se mobilise, puis après, plus rien. Comme si le cancer du sein n’était qu’un problème saisonnier.
Pourtant, les femmes meurent toute l’année. Pas seulement en octobre. Et les associations, elles, travaillent toute l’année. Sans médiatisation. Sans événements grand public.
Alors cette marche à Sauternes, est-ce que ça va servir à quelque chose ?
Peut-être. Si les organisateurs en profitent pour parler des vrais enjeux. Pas juste pour faire joli. Pas juste pour dire qu’on est solidaires.
Mais si c’est encore une fois du marketing éphémère, alors ça ne servira à rien. Sauf à donner bonne conscience à ceux qui y participent.
Ce que personne ne dit
Derrière les vignes, derrière les toiles d’artistes, il y a une réalité : le cancer du sein, dans le Sauternais, c’est comme ailleurs. Mais avec moins de moyens pour le combattre.
Les centres de dépistage sont saturés. Les délais pour les biopsies s’allongent. Et les femmes, surtout les plus âgées, se retrouvent souvent livrées à elles-mêmes.
Pourtant, personne n’en parle. Pas les vignerons. Pas les élus. Pas les médias locaux.
Alors cette marche du 24 octobre, elle pourrait être l’occasion de casser le silence. Ou alors, elle ne sera qu’un autre événement de plus, qui passera inaperçu après le week-end.
Une chose est sûre : si rien ne change après cette journée, alors toutes ces marches dans les vignes, tous ces rubans roses, toutes ces expositions, ça ne servira à rien.
Sauf à faire croire qu’on fait quelque chose.
Et ça, c’est le pire.