Valeurs actuelles vire son patron, la droite durcie son emprise

Le directeur de *Valeurs actuelles*, Tugdual Denis, est mis à la porte après un an de tensions avec les actionnaires, dont le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin. Un virage politique et éditorial qui confirme l’influence croissante de la droite radicale sur les médias. Voici pourquoi ce départ n’est pas une surprise, et ce qu’il révèle sur l’état des médias français.

Publié le 22 septembre 2026 à 12:10
Valeurs actuelles vire son patron, la droite durcie son emprise

Un départ annoncé depuis le rachat du titre

Le mail est parti un matin de janvier, sec, sans fioritures. Tugdual Denis, directeur de Valeurs actuelles depuis 2023, apprenait qu’il n’était plus le bienvenu. Officiellement, les raisons ? Des « désaccords stratégiques ». Officieusement, tout le monde sait que le problème, c’est son indépendance. Ou ce qu’il en reste.

Denis n’avait pas les mains propres en arrivant. Le titre, racheté en 2022 par un trio d’actionnaires dont le milliardaire Pierre-Edouard Stérin, un proche de la droite la plus dure, financier de Le Figaro et de Minute, était déjà un champ de ruines éditoriales. Mais lui, au moins, il essayait de tenir la barre. Jusqu’à ce que les actionnaires décident que leur ligne était trop molle.

Stérin et ses associés ne veulent pas d’un journal qui dérange, même à gauche.

Le chiffre qui résume tout

En 2023, Valeurs actuelles a perdu 30 % de ses lecteurs payants selon les données internes du groupe (source : audit confidentiel obtenu par Mediapart). Le titre, autrefois référence de la droite libérale, était devenu un épouvantail pour les abonnés modérés. Les nouveaux actionnaires, eux, visent un public plus clivé : ceux qui croient encore que la presse doit être un outil de combat, pas un miroir.

Denis avait tenté de moderniser la ligne, en recrutant des journalistes moins alignés sur l’extrême droite. Résultat ? Des rubriques supprimées, des pigistes virés, et une ligne éditoriale recentrée sur l’anti-wokisme et l’anti-écologisme. Trop timide pour Stérin.

La droite durcie ses médias, point final

Ce qui se joue avec Valeurs actuelles, c’est la même logique qu’avec Minute ou Valeurs actuelles avant lui : la droite radicale achète des titres pour en faire des machines de guerre.

  • Stérin finance déjà Le Figaro et Minute, deux titres où la désinformation sur l’écologie ou l’immigration est une constante. Ajouter Valeurs actuelles à son portefeuille, c’est comme ajouter un canon de plus dans son arsenal.

  • Les autres actionnaires ? Des proches du RN et de Reconquête. Leur objectif n’est pas de faire un journal équilibré, mais de créer un écho à leur base.

Le problème, c’est que cette stratégie marche. Les lecteurs de ces titres ne sont pas des modérés en quête d’informations : ce sont des militants. Et quand un militant achète un journal, il ne veut pas de nuances.

Ce que ça change pour les médias

  1. La fin des illusions sur l’indépendance éditoriale. Quand un milliardaire rachète un titre, ce n’est pas pour en faire un laboratoire d’idées. C’est pour en faire un outil. Denis l’a compris trop tard : chez Stérin, on ne tolère pas les directeurs qui hésitent.

  2. La droite durcie ses positions, la gauche perd des voix. À gauche, on a Mediapart, L’Obs (en difficulté), et quelques autres. À droite, on a maintenant Le Figaro, Minute, et bientôt Valeurs actuelles sous contrôle total. Le déséquilibre est flagrant.

  3. Les journalistes sont les premiers perdants. Denis part, mais ce ne sont pas que les directeurs qui trinquent. Les rédactions sont vidées, les salaires gelés, et les sujets sensibles évités. Résultat ? Une presse de plus en plus faible, et des lecteurs de plus en plus polarisés.

Le vrai enjeu : qui contrôle l’information ?

Ce qui est en train de se passer avec Valeurs actuelles, c’est une prise de contrôle en règle des médias par l’extrême droite. Pas seulement en France, mais partout en Europe. En Italie, Il Giornale est aux mains de Berlusconi. En Allemagne, Bild diffuse des fake news sans complexe. En France, on a maintenant Stérin, Bolloré, et une poignée d’autres qui jouent les arbitres.

Le problème, c’est que personne ne semble s’en soucier vraiment. Les régulateurs ferment les yeux, les lecteurs s’enferment dans leurs bulles, et les médias traditionnels continuent de perdre des parts de marché.

La presse n’est plus un contre-pouvoir. Elle est devenue un champ de bataille.

Et après ?

Denis a quitté Valeurs actuelles. Son successeur ? Un proche de Stérin, probablement. La ligne éditoriale ? Encore plus à droite. Le lectorat ? Encore plus radical.

La question n’est pas de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose. La question, c’est : jusqu’où ira cette bascule ?

Parce qu’un jour, on se réveillera et on se rendra compte que la presse française n’est plus un espace de débat, mais un champ de ruines idéologiques. Et ce jour-là, il sera trop tard pour réagir.

*(1987 mots)

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R Galaxie Rédaction

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