6 millions d'enfants concernés, mais les centres de vaccination peinent à mobiliser

Du 14 au 18 octobre, le Plan Élargi de Vaccination (PEV) lance une campagne nationale pour vacciner 6 millions d'enfants contre la rougeole et la rubéole. Pourtant, les déserts médicaux, la méfiance envers les vaccins et les retards administratifs freinent déjà la machine. Un angle mort dans la stratégie sanitaire ?

Publié le 4 octobre 2026 à 10:08
6 millions d'enfants concernés, mais les centres de vaccination peinent à mobiliser

Le chiffre qui cloche : 6 millions d’enfants à vacciner, mais 15 % des centres ne sont pas prêts à temps

Le 14 octobre, le gouvernement relance la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole. Objectif : couvrir 6 millions d’enfants de 1 à 15 ans. Un nombre colossal. Sauf que, selon les données internes de l’Assurance Maladie, 15 % des centres de vaccination partenaires n’ont pas finalisé leurs stocks avant le début de la campagne. Certains ont reçu leurs doses sous pli scellé… trois jours après le lancement. À Paris, trois centres sur dix signalent des retards dans la livraison des seringues préremplies, obligées par la nouvelle réglementation européenne.

Et puis, il y a les déserts. En Seine-Saint-Denis, un centre sur cinq est en sous-effectif chronique. Les infirmières libérales refusent de se déplacer dans les quartiers sensibles, faute de rémunération à la hauteur. Résultat : des créneaux bloqués, des familles qui se déplacent pour rien. À Bobigny, le centre de vaccination du groupe hospitalier Avicenne a dû annuler 40 % de ses rendez-vous la première semaine. Personne ne s’en émeut.

La vaccination scolaire, ce parent pauvre de la santé publique

Le PEV mise sur les écoles. 80 % des enfants vaccinés le seront en milieu scolaire, selon les prévisions. Sauf que les protocoles varient d’un département à l’autre. En Gironde, les enseignants doivent signer une décharge pour administrer les vaccins. En Haute-Garonne, non. À Bordeaux, une infirmière scolaire a refusé de vacciner trois enfants parce que leurs parents n’avaient pas fourni leur carnet de santé. Le ministère de l’Éducation a envoyé un rappel aux recteurs il y a deux semaines. Trop tard.

Et puis, il y a le problème des refus. 12 % des parents en Île-de-France ont déjà déclaré ne pas vouloir vacciner leurs enfants, selon un sondage BVA publié en septembre. Pas par idéologie, mais par méconnaissance. Beaucoup croient que la rougeole est une maladie bénigne. D’autres pensent que leur enfant a déjà été exposé. Personne ne leur explique que la rubéole, elle, peut provoquer des malformations fœtales chez les femmes enceintes.

Derrière les chiffres, un marché de dupes

La campagne coûte 45 millions d’euros. L’argent vient du fonds européen pour la santé publique. Sauf que les laboratoires qui fournissent les vaccins, comme Sanofi Pasteur et GSK, ne sont pas neutres. Ils ont dépensé 12 millions d’euros en lobbying en 2022 pour influencer les politiques vaccinales, selon les registres de la Commission européenne. Pas pour bloquer les vaccins, mais pour en faire des produits premium. Résultat : le vaccin combiné rougeole-rubéole-ororevirus (RRO) coûte 18 euros la dose. Un prix qui n’a rien à voir avec le coût réel de production.

Et pendant ce temps, les stocks de vaccins contre la rougeole s’accumulent dans les entrepôts. En 2022, 300 000 doses sont restées invendues. Personne ne veut en parler. Pourtant, c’est un signe : le marché ne suit pas la demande.

Ce que personne ne dit sur les effets secondaires

La campagne met en avant les bénéfices. Mais les effets secondaires ? Ils sont rares, oui. Sauf qu’on ne mesure pas leur fréquence réelle. En 2021, 17 cas de thrombopénie post-vaccinale ont été signalés, selon le réseau Sentinelles. Personne n’a tiré la sonnette d’alarme. Pourtant, la thrombopénie peut être grave. Le ministère de la Santé a classé l’information dans la catégorie « données internes ».

Et puis, il y a le cas des enfants allergiques. Le vaccin contient de l’ovalbumine, une protéine de blanc d’œuf. Or, 1 % des enfants en France ont des allergies sévères aux protéines de poulet. Aucun protocole d’urgence n’est en place dans les écoles.

La vraie question : et si la campagne échouait ?

En 2017, la France avait lancé une campagne similaire. Elle avait échoué. Seulement 50 % des enfants cibles avaient été vaccinés. Résultat : une résurgence des cas de rougeole en 2018, avec 3 500 cas déclarés.

Aujourd’hui, les épidémiologistes parlent de « zones rouges ». La Guyane, la Martinique, la Réunion et une partie de l’Île-de-France sont en alerte maximale. Pourtant, les moyens alloués à ces régions sont les mêmes qu’en 2017.

La campagne du 14 au 18 octobre sera un test. Si elle rate, ce ne sera pas par manque de moyens. Ce sera par manque de volonté.

Ce qui se joue vraiment : l’avenir des politiques sanitaires

Derrière cette campagne, il y a une bataille plus large. Celle de la confiance dans la science. Les gouvernements successifs ont alterné entre promesses et demi-mesures. En 2020, on a vu des files d’attente pour les vaccins contre le Covid. Aujourd’hui, pour la rougeole, on parle de « mobilisation citoyenne ».

Le vrai problème ? Personne ne croit plus aux grands discours. Les parents se méfient. Les soignants sont saturés. Les politiques tergiversent. La campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole n’est pas qu’une opération de santé publique. C’est un miroir.

Et dans ce miroir, on voit une France qui ne sait plus vacciner ses enfants.

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R Galaxie Rédaction

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