Pourquoi vos chats domestiques sont plus dangereux que vous ne le pensez
On croit que les chats de salon, ceux qui dorment sur le canapé ou qui réclament des croquettes à 18h pile, sont des créatures aseptisées. Erreur. Même un chat nourri aux thon en boîte et vacciné peut transmettre des bactéries via ses griffes. La pasteurella multocida, responsable de la pasteurellose, se niche dans la gueule des félins, qu’ils soient errants ou chouchoutés. Une griffure, même légère, suffit à inoculer la bactérie dans le sang. Résultat : abcès, septicémie, voire méningite. Pire : les chats peuvent aussi transmettre le typhus murin (ou rickettsiose), une maladie qui donne des fièvres hémorragiques, ou encore le virus de l’immunodéficience féline (FIV), qui, bien que spécifique aux chats, peut contaminer l’homme via des éraflures profondes. À Kinshasa, où les systèmes de santé public sont saturés et où les antibiotiques s’achètent au marché noir, une infection non traitée à temps peut virer au cauchemar.
Mais le vrai problème, c’est l’ignorance. La plupart des Congolais, et pas seulement les citadins, ne savent pas qu’une griffure de chat doit être traitée comme une urgence médicale. On attend, on observe, on espère que ça va passer. Pendant ce temps, les bactéries prolifèrent. Un vétérinaire de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB), qui a requis l’anonymat, m’a confié : « Ici, on soigne les blessures de chiens avec plus de sérieux que celles des chats. Pourtant, un chien mord, c’est visible. Un chat griffe, et souvent, la victime minimise. »
Ce qui se passe quand le système de santé vous lâche
À l’hôpital général de Kinshasa, le service des maladies infectieuses est submergé. Les lits manquent, les médicaments aussi. Résultat : les patients atteints d’infections post-griffures arrivent souvent trop tard. En 2025, 47 cas de tétanos ont été recensés dans la province de Kinshasa, dont 12 liés à des blessures animales non désinfectées. Le tétanos, rappelons-le, est une urgence absolue. Une griffure souillée peut suffire à déclencher la maladie, mortelle sans sérum. Pourtant, les stocks de sérum antitétanique sont régulièrement en rupture.
Le pire ? Les chats errants ne sont pas les seuls coupables. Les animaux de compagnie, même ceux qui semblent en parfaite santé, peuvent être porteurs de pathogènes. Un chat qui ne sort jamais peut transmettre des bactéries via ses griffes si son propriétaire ne nettoie pas régulièrement ses pattes ou ne désinfecte pas sa litière. « Beaucoup de gens croient que si leur chat ne sort pas, il ne peut pas être malade, explique le Dr Nsaka, vétérinaire à la clinique Vétosud. Ils oublient que les puces, les acariens, ou même des résidus de médicaments mal stockés peuvent rendre un chat dangereux. »
Pourquoi personne ne fait grand-chose pour prévenir ?
À Kinshasa, la question des maladies transmises par les animaux est un sujet tabou. D’abord, parce que parler des chats errants, c’est évoquer la pauvreté, la surpopulation, l’absence d’État. Ensuite, parce que les campagnes de sensibilisation coûtent cher, et que les priorités sont ailleurs : paludisme, choléra, VIH. Enfin, parce que la culture locale minimise souvent les risques. « Ici, on dit que si un chat vous griffe, c’est parce que vous l’avez provoqué, raconte une infirmière du centre de santé de Kintambo. Les gens croient que c’est une malédiction ou une punition. Ils ne vont pas chez le médecin, ils vont chez le féticheur. »
Pourtant, les solutions existent. En Thaïlande, où les chats errants sont tout aussi nombreux, des programmes de stérilisation massive ont réduit les populations félines de 70 % en dix ans, tout en limitant les cas de rage et de leptospirose. À Kinshasa, rien de tel. Les rares cliniques vétérinaires privées facturent des fortunes pour une stérilisation (entre 50 000 et 100 000 francs congolais par chat), ce qui est inaccessible pour la plupart des ménages. Les associations qui tentent de vacciner les chats errants manquent de fonds et de volontaires. Bref, on laisse faire.
Que faire si votre chat, ou celui du voisin, vous griffe ?
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Ne paniquez pas, mais agissez vite. Une griffure de chat, même petite, doit être lavée immédiatement à l’eau et au savon, puis désinfectée avec un antiseptique (type Bétadine ou Chlorhexidine). Si la blessure saigne ou semble profonde, allez aux urgences. Pas de « je vois demain si ça gonfle ».
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Surveillez les signes d’alerte. Fièvre, rougeur qui s’étend, ganglions enflés, douleurs articulaires ? C’est une urgence. La pasteurellose peut mettre 24 à 72 heures à déclarer ses symptômes, mais plus vous attendez, plus le traitement sera long et coûteux.
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Ne comptez pas sur la « chance ». À Kinshasa, où l’accès aux soins est chaotique, mieux vaut prévenir. Si vous avez un chat, même un chat de salon, faites-le vérifier par un vétérinaire au moins une fois par an. Pas seulement pour ses vaccins, mais aussi pour un test de dépistage des maladies infectieuses. Oui, ça coûte cher. Non, ce n’est pas obligatoire. Oui, c’est moins cher qu’un séjour à l’hôpital pour septicémie.
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Parlez-en autour de vous. Le vrai danger, ce n’est pas le chat lui-même, c’est l’ignorance. Si votre enfant se fait griffer par le chat du voisin, ne minimisez pas. Si votre collègue rit en disant « Oh, c’est rien, ça va passer », intervenez. Les maladies transmises par les griffes ne sont pas un mythe. Elles tuent, lentement, dans l’indifférence générale.
Le dernier mot : une question qui dérange
Pourquoi la RDC, pays où la faune sauvage est un enjeu de santé publique majeur, ne s’intéresse-t-elle pas aux risques liés à ses animaux domestiques ? Les lions, les éléphants et les gorilles font la une des rapports sanitaires internationaux. Les chats, jamais. Pourtant, à Kinshasa, une griffure mal soignée peut être aussi dangereuse qu’une morsure de serpent. Alors, la prochaine fois que votre chat vous éraflera le bras en jouant, ne riez pas. Désinfectez. Et demandez-vous pourquoi personne ne vous a prévenu avant.