Un rythme qui surprend, mais pas assez pour tout le monde
Le Vietnam a vacciné plus de 100 000 enfants contre la main-pied-bouche en deux semaines. C’est rapide. Assez rapide pour que le gouvernement puisse afficher des chiffres, assez rapide pour que les médias en parlent. Mais assez rapide pour que les parents dans les provinces éloignées, eux, n’aient toujours pas reçu les doses promises ?
Le VNVC, le réseau de vaccination national, a distribué près de 3 milliards de dongs (environ 120 000 euros) pour soutenir l’accès au vaccin. L’argent est là . Les doses aussi, en théorie. Pourtant, à Hanoï, une mère de famille dans un quartier populaire raconte avoir attendu trois jours pour obtenir un rendez-vous dans un centre public. Trois jours, avec un enfant qui pleure parce que ses mains lui font mal. Trois jours, alors que le gouvernement parle de « couverture rapide ».
Le vrai problème n’est pas la logistique, mais l’inégalité
Les chiffres officiels sont clairs : 100 000 doses en 15 jours. Presque 3 milliards de dongs dépensés. Sur le papier, c’est une opération réussie. Mais sur le terrain, les disparités crient. À Hanoï, les centres de vaccination sont saturés, les rendez-vous s’arrachent en quelques heures. Dans les provinces du Centre, comme Quang Nam ou Quang Ngai, les stocks manquent encore. Le ministère de la Santé reconnaît des « retards dans certaines zones reculées », mais sans expliquer pourquoi.
Pourtant, le Vietnam a déjà fait ses preuves en matière de campagnes de vaccination massive. En 2021, pendant la crise du COVID-19, le pays avait administré des centaines de millions de doses en quelques mois. Alors pourquoi, cette fois, certains enfants sont-ils laissés pour compte ?
Une partie de la réponse tient dans la géographie. Les régions montagneuses du Nord, comme Lai Châu ou Hà Giang, dépendent encore des transports routiers pour acheminer les vaccins. Les routes sont mauvaises, les centres de santé sous-équipés. Le gouvernement a promis des « solutions logistiques renforcées », mais sans préciser comment. Bref, on parle beaucoup, mais sur le terrain, ça traîne.
L’argent public, mais pas pour tout le monde
Les 3 milliards de dongs annoncés : une somme colossale, soit. Mais où va cet argent ? Une partie finance les centres urbains, bien sûr. Une autre est censée aider les provinces pauvres. Sauf que les rapports locaux montrent que dans des districts comme Kon Tum ou Gia Lai, les fonds n’arrivent pas. Un responsable sanitaire anonyme, contacté sous couvert d’anonymat, explique : « Les allocations sont bloquées par des bureaucrates qui préfèrent garder l’argent à leur niveau plutôt que de le faire descendre jusqu’aux villages. »
Le VNVC, lui, se défend en pointant du doigt les « difficultés opérationnelles ». Traduction : on fait ce qu’on peut, mais on ne peut pas tout. Sauf que quand 100 000 enfants sont vaccinés en deux semaines, on peut se demander pourquoi les 200 000 autres doivent attendre.
Ce que les chiffres ne disent pas
100 000 doses. 3 milliards de dongs. Des images de files d’attente ordonnées à Hanoï. Mais personne ne parle des enfants qui n’ont pas pu se faire vacciner parce que leur école est trop loin du centre le plus proche. Personne ne parle des parents qui ont perdu leur journée de travail à attendre dans la chaleur. Personne ne parle des stocks qui pourrissent dans certains entrepôts parce que la chaîne du froid est défaillante.
Le Vietnam a un système de santé solide. Assez solide pour vacciner vite. Mais un système solide ne signifie pas un système juste. Et quand on voit que les inégalités persistent, même en temps de crise, on se demande : cette rapidité-là , elle sert vraiment les enfants ? Ou juste l’image du gouvernement ?
La vraie question n’est pas « Est-ce que ça marche ? », mais « Pour qui ça marche ? »
Les autorités insistent sur les « progrès significatifs ». Les médias reprennent les chiffres sans les creuser. Mais sur le terrain, les parents savent une chose : si votre enfant a de la chance, il sera vacciné rapidement. S’il n’a pas de chance, il devra attendre.
Et ça, c’est le vrai problème.
Ce que ça change (ou pas) pour les prochaines épidémies
Le Vietnam a prouvé qu’il pouvait vacciner vite. La main-pied-bouche n’est pas une urgence vitale comme le COVID, mais la méthode est la même : centralisation, rapidité, communication médiatique. Sauf que cette fois, les failles apparaissent.
Si le pays doit faire face à une nouvelle épidémie grave, les mêmes problèmes resurgiront. Les zones rurales seront encore en retard. Les bureaucrates bloqueront encore les fonds. Et les enfants paieront le prix.
La leçon ? Une campagne de vaccination rapide ne suffit pas. Il faut aussi qu’elle soit équitable. Sinon, les chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne servent à rien.
La dernière question, celle qu’on n’entend jamais
Combien de temps les parents des régions éloignées vont-ils devoir attendre avant que leur tour arrive ?
La réponse, elle, n’est pas dans les communiqués officiels.