1200 décès évitables chaque année, mais la moitié des Québécois boudent encore le vaccin

La campagne de vaccination contre la grippe est lancée au Québec, mais les chiffres de 2022 montrent que près de 50 % des adultes éligibles refusent toujours le vaccin. Pourtant, une étude de l’INSPQ révèle que 1200 décès pourraient être évités chaque année si la couverture vaccinale atteignait 75 %. Pourquoi cette défiance persistante, et comment les cliniques et les médecins tentent-ils de convaincre ?

Publié le 14 octobre 2026 à 14:10
1200 décès évitables chaque année, mais la moitié des Québécois boudent encore le vaccin

1200 morts évitables par an, mais les Québécois s’en moquent encore

Ce matin, dans une clinique de vaccination de Montréal-Nord, une infirmière range ses aiguilles après une matinée morose. « On a vacciné 12 personnes sur 50 qui sont passées », lance-t-elle sans sourciller. Pas de surprise. Pas de colère. Juste un constat. Depuis 20 ans, le Québec carbure à une couverture vaccinale contre la grippe qui stagne autour de 50 % chez les adultes. Et ça, c’est un problème.

Pourtant, les chiffres sont là. 1200 décès pourraient être évités chaque année si la couverture vaccinale atteignait 75 %, selon une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2021. Mais en 2022, seulement 48 % des Québécois éligibles ont reçu leur dose. Les moins de 65 ans ? 38 %. Les jeunes adultes, ceux qui croient encore que la grippe, c’est « juste un gros rhume » ? 25 %. Bref, on est loin du compte.

Pourquoi ce refus massif ?

La grippe, c’est pas la COVID, alors on s’en fout

D’abord, il y a l’effet COVID. Pendant deux ans, les Québécois ont été bombardés de messages sur les vaccins. Résultat : beaucoup en ont marre. « Les gens sont vaccinés à la COVID, mais pour la grippe, ils disent : « C’est pas grave, c’est tous les ans, on va voir » », résume le Dr François Couture, médecin de famille à Québec. Sauf que la grippe, c’est pas un rhume. En 2022, 3000 hospitalisations et 120 décès ont été directement attribués à la grippe au Québec, selon les données du ministère de la Santé. Et ces chiffres, c’est sans compter les complications : pneumonies, surinfections, aggravation de maladies chroniques.

Ensuite, il y a le mythe de l’efficacité. Beaucoup croient que le vaccin ne marche pas, ou seulement à 30 %. Faux. Même si son efficacité varie selon les souches (entre 40 % et 60 %), il réduit de moitié le risque d’hospitalisation. Sauf que personne n’en parle. Pas les médias, pas les médecins généralistes, pas les réseaux sociaux. Juste les campagnes gouvernementales, lisses et peu convaincantes.

Et puis, il y a l’inertie. Les Québécois attendent. « Je vais me faire vacciner… quand ce sera plus grave. » Sauf que la grippe, ça circule dès octobre. En 2023, les premiers cas ont déjà été détectés en Ontario. Le Québec suit toujours avec un décalage de 3 à 4 semaines. Trop tard pour beaucoup.

Les cliniques sont saturées, et personne ne s’en soucie vraiment

Cette année, le gouvernement a élargi les lieux de vaccination : pharmacies, CSSS, certains employeurs. Problème : les pharmacies sont déjà à la ramasse. À Montréal, plusieurs chaînes (Jean Coutu, Uniprix, Rexall) ont annoncé des pénuries de doses dès la première semaine. « On nous a promis 50 000 doses pour septembre, on en a reçu 30 000 », grogne une pharmacienne de la Rive-Sud. Résultat : les listes d’attente s’allongent, et les gens reportent.

Les CSSS, eux, peinent à mobiliser. « On a des salles vides les matins, mais des files d’attente l’après-midi parce que les gens ont pris leur journée », raconte une infirmière de la Clinique l’Actuelle à Montréal. Sauf que ces créneaux, souvent en soirée, ne conviennent pas aux travailleurs. Et les employeurs qui proposent des cliniques en entreprise ? Seulement 15 % des Québécois en bénéficient, selon une enquête de l’INSPQ.

Le vrai problème, c’est l’argent.

Vacciner, ça coûte cher. 12 $ par dose, payés par le patient si ce n’est pas en clinique publique. Pour une famille de quatre, ça fait 48 $. Pas une fortune, mais assez pour décourager. Surtout quand on sait que les assurances privées ne remboursent pas toujours. Résultat : les plus pauvres et les plus âgés, ceux qui en ont le plus besoin, sont souvent les derniers à se présenter.

Et puis, il y a les médecins qui abandonnent. Beaucoup de généralistes ne vaccinent plus contre la grippe. « Trop de paperasse, trop peu de rémunération », explique un médecin de Laval. Résultat : 30 % des Québécois se font vacciner chez leur médecin, contre 50 % en pharmacie. Une tendance qui s’inverse, et pas dans le bon sens.

Ce que le gouvernement ne dit pas (mais que tout le monde sait)

Officiellement, Québec mise sur la simplicité : « On a mis le vaccin partout, maintenant à vous de jouer ». Sauf que non. Les données montrent que les inégalités sociales creusent l’écart. Les quartiers défavorisés ont des taux de vaccination 20 % plus bas que les zones aisées. Pourquoi ? Parce que les campagnes ciblées ? Quasi inexistantes. Parce que l’information ? Diluée dans des communiqués gouvernementaux. Parce que la méfiance envers les institutions ? Plus forte que jamais.

Et puis, il y a le silence sur les complications. La grippe, ça tue surtout les personnes âgées et les immunodéprimés. Mais ça frappe aussi les jeunes en bonne santé. En 2018, un homme de 30 ans, sans antécédents, est mort d’une grippe en quelques jours. Son cas n’a même pas fait la une. Pourtant, c’est ça, le vrai risque : un virus qui semble bénin, mais qui peut basculer en 48 heures.

Alors, que faire ?

Si vous voulez vraiment vous protéger (et protéger les autres), voici ce qu’il faut faire maintenant :

  • Ne pas attendre. Les stocks sont limitĂ©s, les cliniques saturĂ©es. Cette semaine, c’est le bon moment.
  • VĂ©rifier oĂą vacciner. Pas juste chez le mĂ©decin. Pharmacies, CSSS, certains employeurs proposent des doses. Appeler pour prendre rendez-vous dès aujourd’hui.
  • Oublier les mythes. Le vaccin ne donne pas la grippe. Il ne marche pas Ă  100 %, mais mieux que rien. Et si vous tombez malade malgrĂ© tout, ce sera moins grave.
  • Parler autour de vous. Les gens Ă©coutent leur famille, leurs amis, bien plus que les campagnes gouvernementales. Un mot en passant peut sauver une vie.

La grippe, c’est pas une option. C’est un choix.

Chaque année, les mêmes chiffres reviennent. Les mêmes décès évitables. Les mêmes regrets. 1200 vies en moins, parce que trop de Québécois ont cru que ça ne les concernait pas.

Cette année, ça change. Ou pas.

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R Galaxie Rédaction

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