Le 12 octobre, Donald Trump a signé un décret suspendant pour 60 jours l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions contre la Russie. Officiellement, c’est pour « évaluer les répercussions sur l’économie américaine ». Officieusement, c’est un coup de poker qui déstabilise l’Occident. Marco Rubio, chef de file républicain à la Commission des relations étrangères, a réagi samedi soir en relativisant l’annonce : « Une pause, pas une levée. Mais une pause qui tombe mal. » Mal, parce que la Russie, elle, ne joue pas à la même partition. Elle en profite pour relancer ses livraisons d’armes vers l’Ukraine, comme l’a confirmé le Wall Street Journal ce matin. 60 jours. C’est le temps qu’il faut pour que les marchés s’habituent à une nouvelle donne, ou pour que Washington réalise qu’il vient de lâcher un peu trop de lest.
Pourquoi Trump joue avec le feu, et pourquoi ça pourrait mal finir
La Russie était déjà sous le coup de sanctions massives depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. En mars 2023, Biden avait ajouté 500 nouvelles cibles, dont des oligarques et des banques. Trump, lui, a toujours vu ces mesures comme un frein à l’économie américaine. « Les sanctions, ça punit nos entreprises avant les leurs », répétait-il avant l’élection. Sauf que cette fois, la suspension n’est pas une simple critique en passant. C’est une pause stratégique, avec un effet immédiat : les prix du pétrole et du gaz ont chuté de 3 à 5 % en Bourse en une semaine. Pas parce que la Russie a soudainement réduit sa production, mais parce que les investisseurs parient sur un assouplissement durable. Or, la Russie ne produit pas pour l’Europe ou les États-Unis par altruisme. Elle attend son heure.
Pire : cette décision arrive alors que l’UE, elle, serrait la vis. En juin dernier, Bruxelles a gelé les avoirs de la Gazprombank, la deuxième plus grande banque russe, et interdit à ses filiales européennes de payer pour le gaz livré après le 1er juillet. Résultat ? La Russie a tout simplement stoppé les livraisons vers l’Allemagne et l’Italie. Pas de sanction, pas de gaz. Un calcul froid. Trump, lui, mise sur l’effet inverse : « Si on arrête de serrer, peut-être qu’ils arrêteront aussi. » Sauf que Moscou ne négocie pas. Elle attend. Et elle gagne du temps.
L’UE regarde, impuissante, pendant que Washington tire à hue et à dia
À Bruxelles, on digère mal. « Une décision unilatérale qui fragilise notre position commune », a lâché une source proche de la Commission, sous couvert d’anonymat. Problème : l’UE n’a plus les moyens de ses ambitions. Ses réserves de gaz sont à 85 % remplies, mais ses usines tournent au ralenti à cause des coûts énergétiques. Pendant ce temps, la Russie, elle, vend son pétrole à la Chine à prix d’or. En 2023, Pékin a importé 2,6 millions de barils par jour de Russie, soit 40 % de plus qu’en 2022. L’Europe, elle, n’en achète presque plus. Trump, en suspendant les sanctions, donne l’impression que les États-Unis se désengagent. Sauf que personne ne sait si c’est temporaire ou définitif.
Ce qui est sûr, c’est que cette pause de 60 jours va servir à Moscou pour tester les réactions. Si les prix du pétrole restent bas et que les livraisons d’armes vers l’Ukraine ne sont pas stoppées, la Russie aura sa réponse : « Les sanctions, ça ne marche pas. » Et si c’est le cas, attendez-vous à ce que Poutine en profite pour durcir sa position à Kiev.
Ce que personne ne dit : et si cette pause était un leurre ?
Marco Rubio a beau minimiser, tout le monde sait que Trump n’aime pas les contraintes. En 2018, il avait déjà tenté de lever des sanctions contre la Russie, avant de se faire bloquer par le Congrès. Cette fois, il joue sur deux tableaux : il fait semblant d’analyser les impacts économiques, mais il sait très bien que le vrai test, ce sera l’après-élection.
Si Biden est réélu, les sanctions reprendront. Si Trump l’emporte, elles pourraient disparaître. Pour Moscou, c’est un cadeau empoisonné. Une trêve qui leur permet de respirer, mais aussi un signal clair : « Les États-Unis ne sont plus fiables. » Et quand un pays comme la Russie entend ça, il prépare ses plans B.
Le vrai risque ? Que personne ne réagisse avant qu’il ne soit trop tard
L’Ukraine, elle, est en première ligne. Depuis le début de l’année, Kiev a perdu 15 % de son territoire face aux offensives russes. Les sanctions, c’était son dernier filet. Si elles disparaissent, la Russie aura les mains libres pour achever son travail.
Reste une question : pourquoi personne ne bronche ? Parce que les États-Unis sont en campagne, que l’Europe est en mode survie économique, et que la Chine regarde, amusée, le spectacle. 60 jours. C’est le temps qu’il faut pour que la guerre froide 2.0 bascule encore un peu plus vers l’Est.
Et après ? Personne ne sait. Mais une chose est sûre : si Trump gagne, attendez-vous à ce que Poutine en profite pour exiger bien plus que ce qu’il demande aujourd’hui.