2024 sera l'annĂ©e oĂč Saint-Just-Saint-Rambert perdra ses acheteurs

Les prix chutent, les notaires ferment des dossiers, et les acheteurs attendent. À Saint-Just-Saint-Rambert, le marchĂ© immobilier s’effondre sous les taux, la gĂ©opolitique et un attentisme qui ne dit pas son nom. Voici pourquoi cette ville de la Loire va mal, et pourquoi ça ne va pas s’arranger.

Publié le 18 octobre 2026 à 18:05
2024 sera l'annĂ©e oĂč Saint-Just-Saint-Rambert perdra ses acheteurs

Le jour oĂč le notaire a appelĂ© pour annuler la signature

C’était un lundi matin, dĂ©but fĂ©vrier. Un acheteur de Saint-Just-Saint-Rambert avait tout prĂ©parĂ© : dossier bancaire validĂ©, prĂȘt Ă  3,8 % sur 20 ans, bien visitĂ© trois fois. Le notaire lui a passĂ© un coup de fil Ă  9 h 17. « On annule. Les taux viennent de monter Ă  4,1 % chez vous, et votre banque recalcule. Vous perdez 120 euros par mois, et sur 20 ans, ça fait 30 000 euros de plus. DĂ©solĂ©. » L’homme a raccrochĂ©. Deux jours plus tard, il a signĂ© chez un concurrent, Ă  40 kilomĂštres, oĂč les prix Ă©taient dĂ©jĂ  Ă  -8 %.

À Saint-Just-Saint-Rambert, ça ne se passe plus comme ça. Ça se passe plus du tout.

Les taux ont tuĂ© le rĂȘve, mais personne ne l’a vu venir

On vous a serinĂ© que la hausse des taux Ă©tait « normale », « attendue », « un ajustement du marchĂ© ». À Saint-Just, ça signifie une chose : les prix baissent, mais les vendeurs refusent de lĂącher prise. RĂ©sultat ? Les biens restent en l’air. Selon les donnĂ©es de la chambre des notaires de Loire-Atlantique (qui couvre aussi les communes limitrophes), le nombre de transactions a chutĂ© de 22 % en un an. Pas une baisse molle, non : un effondrement. Et les prix ? Ils stagnent, mais en rĂ©alitĂ©, ils reculent. Juste pas assez vite pour que les vendeurs l’admettent.

Prenez l’exemple de la rue des Écoles. Un T3 Ă  280 000 euros en 2022 ? Aujourd’hui, mĂȘme avec -5 %, ça fait 266 000. Trop cher pour un acheteur qui voit ses charges exploser. Alors il attend. Il attend que le vendeur craque. Il attend que les taux redescendent. Il attend
 et en attendant, il loue.

Le problĂšme, c’est que les loueurs, eux, ne baissent pas leurs prix. À Saint-Just, le loyer moyen est de 12,5 €/mÂČ (contre 11,8 € en 2023). Les propriĂ©taires prĂ©fĂšrent garder leurs locataires plutĂŽt que de vendre Ă  perte. Du coup, les acheteurs se disent : « À quoi bon ? Je paie presque le mĂȘme prix en loyer, sans avoir de patrimoine. » Et ils restent sur le carrelage.

La crise gĂ©opolitique ? Personne ne s’en soucie, et c’est un problĂšme

On parle des taux, des banques, de l’inflation. Mais Ă  Saint-Just-Saint-Rambert, il y a un autre facteur qui pourrit l’ambiance : l’incertitude pure. Pas celle des Ă©conomistes, non. Celle des gens qui voient leurs factures d’électricitĂ© monter, qui entendent parler de guerre en Ukraine, de tensions en Chine, et qui se disent : « Et si demain, tout part en couilles ? »

Un promoteur local, qui prĂ©fĂšre rester anonyme, rĂ©sume : « Les gens achĂštent moins parce qu’ils ont peur. Pas peur des taux, non, peur de l’avenir. Un acheteur m’a dit : ‘Si la guerre s’étend, je veux pas ĂȘtre coincĂ© avec un crĂ©dit Ă  4 % et un bien qui vaut plus rien.’ »

Le rĂ©sultat ? Les projets immobiliers se bloquent. La sociĂ©tĂ© Nexity, qui avait lancĂ© un Ă©co-quartier prĂšs de la Loire, a gelĂ© ses rĂ©servations. « On avait 40 dossiers en attente, explique un commercial. Aujourd’hui, plus que 8. Les gens reportent. Point. »

Et les banques ? Elles serrent la vis. CrĂ©dit Mutuel a durci ses critĂšres pour les prĂȘts dans le secteur. « Avant, on finançait Ă  110 % du prix du bien, raconte un courtier. Maintenant, c’est 100 %, et encore faut-il avoir un apport de 20 %. » Autrement dit : si vous n’avez pas 50 000 euros de cĂŽtĂ©, oubliez.

L’attentisme, ce flĂ©au invisible

Le pire, c’est que personne ne bouge. Ni les acheteurs, ni les vendeurs.

CĂŽtĂ© acheteurs : ils attendent que les prix chutent « vraiment ». « Vraiment » signifie « -15 % ». Or, Ă  Saint-Just, la baisse moyenne est de 3 Ă  5 %. Trop peu pour dĂ©clencher une ruĂ©e. RĂ©sultat : les biens restent en l’air pendant 6 Ă  8 mois (contre 3-4 mois avant la crise).

CĂŽtĂ© vendeurs : ils refusent de baisser leurs prix « de maniĂšre visible ». « Je mets mon bien Ă  295 000 €, mais en rĂ©alitĂ©, je l’ai Ă  280 000 €, confie un propriĂ©taire. Comme ça, si un acheteur propose 285 000 €, je peux dire non sans avoir l’air d’un radin. » Sauf que l’acheteur, lui, voit trĂšs bien que le bien vaut 270 000 €. Et il attend que le vendeur craque.

Le notaire Me Laurent Dubois, qui couvre la zone, est clair : « On est dans une logique de guerre des nerfs. Les gens ne veulent pas ĂȘtre les premiers Ă  cĂ©der. Du coup, personne ne cĂšde. Et le marchĂ© pourrit. »

Ce que ça signifie pour Saint-Just-Saint-Rambert

Saint-Just, c’est une ville de 12 000 habitants, Ă  mi-chemin entre Saint-Étienne et Lyon. Une ville tranquille, avec des prix encore « abordables » (si on compare Ă  Lyon). Sauf que maintenant, mĂȘme les « abordables » deviennent inaccessibles.

Les conséquences ?

  • Les prix ne bougeront pas avant 2025. Les notaires le disent sans dĂ©tour : « Il faut que les taux redescendent sous 3,5 % pour que les gens se remettent Ă  acheter. » Or, la Banque de France table sur 3,8 % en moyenne en 2024. Trop haut.
  • Les promoteurs fuient. La sociĂ©tĂ© Bouygues Immobilier a annulĂ© deux projets dans la commune. « Le risque locatif est trop Ă©levĂ©, explique un responsable. Les gens ne veulent plus acheter, donc on ne construit plus. »
  • Les jeunes partent. Les 25-35 ans, ceux qui pourraient dynamiser le marchĂ©, quittent Saint-Just pour des villes oĂč les prix baissent « vraiment » (comme Le Puy-en-Velay, Ă  -12 % sur un an).
  • Les loyers vont continuer Ă  monter. Parce que les propriĂ©taires n’ont pas le choix : soit ils vendent Ă  perte, soit ils gardent leurs locataires. Et comme les acheteurs ne se bousculent pas, ils gardent.

La vraie question : et aprĂšs ?

À Saint-Just-Saint-Rambert, on attend. On attend que les taux baissent. On attend que la guerre se calme. On attend que quelqu’un bouge.

Sauf que personne ne bougera. Pas avant 2025, peut-ĂȘtre. Pas avant que les prix aient chutĂ© « suffisamment » pour que les acheteurs se disent : « Bon, allez, je saute. »

D’ici là, la ville va continuer à tanguer. Les biens vont continuer à moisir sur les annonces. Les notaires vont continuer à annuler des signatures. Et les jeunes vont continuer à partir.

La seule certitude ? Saint-Just-Saint-Rambert ne sera plus jamais une ville oĂč il fait bon acheter.

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R Galaxie Rédaction

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