La Suisse tremble malgré l’indifférence générale.

Un séisme de magnitude 4 a secoué Glaris dans la nuit. Assez fort pour être ressenti jusqu’à Genève, assez faible pour que personne ne s’en émeuve. Pourtant, les failles suisses sont actives, et le risque est réel. Pourquoi on fait semblant de l’ignorer ?

Publié le 18 octobre 2026 à 18:04
La Suisse tremble malgré l’indifférence générale.

Un réveil en sursis à Linthal, 3h17 du matin

Le sol a vibré comme un tambour mal accordé. Pas assez pour faire tomber les étagères, assez pour réveiller les dormeurs et glacer les estivants en pleine sieste. À Linthal, dans le canton de Glaris, les habitants ont senti la Terre bouger samedi soir, vers 3h17. Magnitude 4, selon le Service sismologique suisse (SED) de l’EPFZ. Assez pour que les alarmistes sortent les cartes des failles, assez pour que les autres haussent les épaules : « C’est normal, la Suisse, c’est comme ça. »

Pourtant, ce n’est pas anodin. Un séisme de magnitude 4, c’est l’équivalent d’une explosion de 600 tonnes de TNT. Assez pour fissurer des murs, faire tomber des objets, et surtout, assez pour rappeler que la Suisse n’est pas à l’abri. Mais personne ne bronche.

Pourquoi on minimise le danger

Le SED reçoit des centaines de signalements après chaque tremblement notable. Cette fois, les témoignages sont venus de toute la Suisse : Zurich, Bâle, même Lausanne a frémi. « On a cru à un camion qui passait sur une route défoncée », a raconté un habitant de Winterthour. Sauf que non. C’était la faille de Linthal qui jouait les trouble-fêtes.

Pourtant, les médias en ont à peine parlé. Pourquoi ? Parce que la Suisse a une relation étrange avec ses séismes. On les note, on les archive, mais on les oublie vite. Comme si le risque était théorique, lointain, réservé aux spécialistes. Or, les chiffres mentent.

Selon une étude de l’ETH Zurich publiée en 2018, la Suisse subit en moyenne un séisme de magnitude supérieure à 2,5 par semaine. Parmi eux, un sur dix dépasse la magnitude 3. Et depuis 1900, plus de 20 séismes de magnitude supérieure à 5 ont été enregistrés dans le pays. Le dernier en date ? Magnitude 4,6 en 2020, près de Sierre.

Mais personne ne s’en souvient. Parce que les dégâts restent limités. Parce que les bâtiments sont solides. Parce qu’on a l’habitude. Sauf que l’habitude ne protège pas.

Le piège des constructions « anti-séisme »

La Suisse se vante d’avoir des normes parasismiques parmi les plus strictes d’Europe. Les immeubles récents sont conçus pour résister à des secousses bien plus violentes que celle de samedi. « Notre pays est préparé », assure le SED. Mais préparé à quoi, exactement ?

Prenez le cas de Glaris Nord, une région où les séismes sont fréquents. Les maisons anciennes, en pierre et en bois, tiennent souvent mieux que les constructions modernes mal entretenues. « Le problème, ce n’est pas les normes, c’est leur application », estime Markus Roth, sismologue à l’EPFZ. « Beaucoup de bâtiments construits avant 1980 n’ont jamais été renforcés. Et les rénovations ? Souvent, on oublie de vérifier la résistance aux séismes. »

En 2017, un rapport du Bureau fédéral de l’environnement (BAFU) révélait que plus de 30 % des bâtiments suisses étaient vulnérables à des secousses modérées. Des écoles, des hôpitaux, des logements sociaux. Personne n’a bougé. « On attend le gros séisme pour réagir. Comme toujours. »

La faille qui gronde sous nos pieds

La Suisse est un puzzle de failles actives. Celle de Linthal fait partie du système des Alpes centrales, une zone où les plaques tectoniques s’entrechoquent depuis des millions d’années. « C’est comme deux mains qui se serrent trop fort », explique Roth. « À un moment, l’une des deux va craquer. »

Le problème, c’est qu’on ne sait pas quand. Les prévisions sismiques restent une science inexacte. « On peut dire qu’il y a un risque, mais pas où ni quand ça va frapper », reconnaît le sismologue. Alors on fait semblant d’attendre.

Pourtant, les signes sont là. En 2013, une série de séismes près de Bâle (dont un de magnitude 3,6) avait provoqué des fissures dans des bâtiments historiques. En 2019, c’est Valais qui avait tremblé, avec un séisme de magnitude 4,1. Chaque fois, la même réaction : « C’est exceptionnel. » Sauf que non. C’est la normale.

Le vrai danger : l’indifférence

Le plus inquiétant dans cette histoire, ce n’est pas la magnitude 4. C’est l’apathie générale. On parle des inondations, des glissements de terrain, mais les séismes ? « C’est un sujet qui ne fait pas vendre », admet un journaliste spécialisé. « Les gens ont peur des catastrophes spectaculaires, pas d’un tremblement qui dure 10 secondes. »

Pourtant, un séisme de magnitude 6, le prochain grand, peut-être, pourrait causer des dégâts bien plus graves. Des routes coupées, des réseaux électriques endommagés, des bâtiments effondrés. « En 1356, le grand séisme de Bâle a fait des milliers de morts », rappelle Roth. « Aujourd’hui, avec une population bien plus dense, les conséquences seraient bien pires. »

Alors pourquoi on ne s’en préoccupe pas ? Parce que c’est long, compliqué, et que ça coûte cher. Renforcer les bâtiments, former les populations, préparer les secours… « Personne n’a envie d’y mettre le prix », résume un ingénieur civil. Sauf que le prix, un jour, on le paiera.

Et si le prochain séisme était le mauvais ?

La Suisse a les moyens de se préparer. Elle a les experts, les technologies, les fonds. Mais elle n’a pas la volonté.

Samedi soir, à Linthal, les habitants ont senti la Terre bouger. Certains ont ri. D’autres ont vérifié leurs assurances. Personne n’a paniqué. Parce que pour l’instant, tout va bien.

Sauf que tout ne va pas bien. Et le jour où ça ira mal, il sera trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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