Un coup de poker fiscal qui sent le déjà-vu européen
En 2018, Emmanuel Macron avait tenté le coup : baisser la taxe sur le diesel pour les particuliers, histoire de séduire les classes populaires et les routiers. Résultat ? Un désastre écologique, des embouteillages monstres, et un trou dans les caisses de l’État. Aujourd’hui, Donald Trump reprend l’idée, mais en plus gros. Et cette fois, c’est pour tout le monde. Pas juste pour les camions ou les paysans. Pour vous, si vous roulez en diesel.
Le principe ? Supprimer une partie des taxes sur le carburant pour les moteurs diesel, comme le fait déjà la France pour certains véhicules professionnels. Sauf que là, Trump ne vise pas une niche. Il parle d’une détaxation massive, sans contrepartie environnementale. Pas de bonus-malus, pas de restriction de zones. Juste du diesel moins cher pour tout le monde.
Problème ? Les États-Unis n’ont pas la culture du diesel. À 95 % du parc automobile roule à l’essence. Mais Trump mise sur un effet d’aubaine : faire baisser les prix à la pompe, booster l’économie locale, et gratter quelques points dans les sondages avant 2024. Sauf que les comptes ne mentent pas.
Le diesel, ce poison doux pour les finances publiques
En 2023, les États-Unis ont dépensé 120 milliards de dollars en subventions aux énergies fossiles, selon le Congressional Budget Office. Une somme déjà colossale, qui sert surtout à soutenir le pétrole et le gaz. Ajouter une détaxation généralisée du diesel ? Ça va coûter cher. Très cher.
Prenez la Californie, où le diesel est déjà moins taxé que dans le reste du pays. Résultat ? Une pollution accrue dans les villes, et des hôpitaux qui enregistrent 12 % de cas supplémentaires de maladies respiratoires chez les enfants vivant près des axes routiers, d’après une étude de l’American Lung Association publiée en 2022. Multipliez ça par 330 millions d’Américains, et vous avez une crise sanitaire en perspective.
Mais Trump s’en fiche. Pour lui, le diesel, c’est l’industrie, c’est le camionneur, c’est l’Amérique profonde. Sauf que les faits sont têtus : en Europe, où le diesel a dominé les années 2000, les constructeurs ont triché sur les émissions (scandale Dieselgate), et les gouvernements ont dû racheter des millions de véhicules polluants pour éviter des poursuites. 15 milliards d’euros dépensés par l’Allemagne seule.
Aux États-Unis, personne n’a encore calculé le coût d’un éventuel Dieselgate à l’américaine. Mais une chose est sûre : si Trump passe à l’acte, ce seront les contribuables qui paieront l’addition.
L’argument économique qui ne tient pas debout
Trump et ses conseillers sortent l’argument classique : « Ça va faire baisser les prix à la pompe, et ça va booster l’économie. » Sauf que c’est faux.
D’abord, parce que le prix du diesel dépend avant tout du prix du pétrole. Si le baril monte, votre plein aussi. Les taxes, ça ne représente qu’une petite partie du coût final. En 2023, aux États-Unis, les taxes sur le diesel représentaient en moyenne 18 % du prix à la pompe (contre 45 % en France). Baisser ces taxes de 5 ou 10 %, ça ne changera pas grand-chose pour le consommateur.
Ensuite, parce que l’effet économique est limité. Les études montrent qu’une baisse des taxes sur l’essence ou le diesel ne stimule la croissance que de 0,1 à 0,3 % du PIB, selon une analyse de la Federal Reserve en 2021. Autrement dit, presque rien. À moins de parler de centaines de milliards de dollars en subventions directes, ce qui est politiquement impossible.
Et puis, il y a l’effet pervers : si le diesel devient moins cher, les Américains vont encore plus rouler. Résultat ? Plus de bouchons, plus de pollution, et des infrastructures routières qui s’effondrent encore plus vite. En 2022, le U.S. Department of Transportation estimait que 42 % des routes américaines étaient en mauvais état. Une détaxation du diesel, ça ne va pas arranger ça.
Ce que personne ne dit sur les vrais bénéficiaires
Derrière cette mesure, il y a des gagnants. Et ils ne sont pas ceux qu’on croit.
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Les compagnies pétrolières : ExxonMobil, Chevron, Shell. Elles vont vendre plus de diesel sans avoir à investir dans des alternatives. En 2023, le diesel représentait 20 % des ventes de carburants aux États-Unis. Une détaxation généralisée, ça signifie plus de marges pour elles.
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Les constructeurs de camions et de véhicules utilitaires : Ford, General Motors, Tesla (oui, Tesla aussi, avec ses Semi électriques… mais aussi ses pick-ups diesel). Le diesel, c’est leur cheval de bataille pour vendre aux professionnels.
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Les États républicains : Ceux qui contrôlent les raffineries, ceux qui ont des usines lourdes. Une baisse des taxes, ça fait baisser les coûts de production. Et ça, c’est du pain béni pour les gouverneurs comme Greg Abbott au Texas ou Ron DeSantis en Floride.
Vous, en revanche, vous ne gagnerez rien. Sauf peut-être un peu d’argent de poche si vous roulez un vieux diesel. Mais à long terme ? Vous allez payer l’addition :
- Plus de pollution : Le diesel émet jusqu’à 30 % de particules fines en plus que l’essence, selon l’Environmental Protection Agency.
- Plus de dépendance au pétrole : Les États-Unis importent encore 30 % de leur pétrole (chiffre 2023). Une détaxation, ça ne change rien à ça.
- Un État encore plus endetté : Les États-Unis ont déjà une dette publique de 34 000 milliards de dollars. Ajouter des milliards de subventions au diesel, ça ne va pas aider.
L’Europe a déjà payé la note, et vous allez suivre ?
En France, la détaxation partielle du diesel a coûté 1,5 milliard d’euros par an au budget de l’État, selon une étude de la Cour des comptes en 2020. Résultat ? Une pollution accrue, et une injustice sociale : ceux qui roulent le plus (les classes moyennes et supérieures) bénéficient de la mesure, tandis que les urbains, qui n’ont pas le choix du carburant, paient la facture.
Aux États-Unis, le scénario pourrait être pire. Parce que le parc automobile est plus vieux, les normes environnementales moins strictes, et les lobbies du pétrole beaucoup plus puissants.
Trump joue avec le feu. Pas celui des pompes à essence, mais celui des promesses non tenues. En 2016, il avait promis de « rendre l’Amérique grande à nouveau ». Aujourd’hui, il mise sur une mesure qui va aggraver la pollution, renforcer la dépendance au pétrole, et creuser le déficit.
La vraie question, ce n’est pas si cette mesure va passer. C’est : qui va payer l’addition quand tout ça va mal tourner ?
Pas les pétroliers. Pas les constructeurs. Vous.