Toronto suspend ses formations, les Ă©tudiants paient l’addition

Le Trillium College ferme ses portes Ă  Toronto. La raison ? L’arrĂȘt des aides gouvernementales aux Ă©coles privĂ©es. RĂ©sultat : des centaines d’étudiants en rade, des dettes qui s’accumulent, et une question qui fuse : qui va payer la note ? Pas les gouvernements, en tout cas. Voici pourquoi cette suspension rĂ©vĂšle un systĂšme Ă  bout de souffle.

Publié le 19 octobre 2026 à 16:03
Toronto suspend ses formations, les Ă©tudiants paient l’addition

Un mail qui claque comme un ordre de fermeture de compte bancaire

Le 15 mars dernier, le Trillium College a envoyĂ© un courrier Ă  ses 300 Ă©tudiants en pleine session. Pas pour les fĂ©liciter, ni pour leur souhaiter bonne chance. Juste pour leur annoncer que tout s’arrĂȘtait. « En raison de l’interruption des subventions gouvernementales, nous sommes dans l’obligation de suspendre toutes nos activitĂ©s Ă  compter de demain. » SignĂ© : la direction. Point.

Aucun prĂ©avis. Aucune alternative proposĂ©e. Juste le vide. Et des factures qui continuent de tomber, bien sĂ»r. Parce que les cours, eux, ne se sont pas arrĂȘtĂ©s magiquement. Les profs, eux, continuent de donner leurs heures. Les locaux, eux, restent louĂ©s. Mais les Ă©tudiants ? Eux, on les laisse en plan.

Pourquoi le gouvernement a lùché les écoles privées comme des hot-potatoes

Officiellement, c’est une dĂ©cision « budgĂ©taire ». Le gouvernement ontarien a coupĂ© les aides aux Ă©tablissements privĂ©s postsecondaires en 2023, sous prĂ©texte d’économies. Officieusement, c’est une vieille histoire : depuis des annĂ©es, les Ă©coles privĂ©es comme Trillium profitent des failles du systĂšme pour attirer des Ă©tudiants avec des promesses trop belles pour ĂȘtre vraies. « DiplĂŽme en 6 mois ! Emploi garanti ! CoĂ»t : 12 000 $ » Sauf que les « garanties » ? Elles n’existent pas. Et les diplĂŽmes, souvent, non plus.

En 2022, un rapport du MinistĂšre de la Formation et des CollĂšges (oui, celui-lĂ  mĂȘme qui a fermĂ© les yeux) rĂ©vĂ©lait que 37 % des diplĂŽmĂ©s d’écoles privĂ©es en Ontario ne trouvaient pas d’emploi dans leur domaine sous un an. 37 %. Un taux de rĂ©ussite qui ferait rougir n’importe quelle universitĂ© publique. Pourtant, les subventions ont continuĂ© de couler. Jusqu’à ce que ça devienne trop gros.

Les étudiants, toujours les dindons de la farce

Prenez Aisha, 24 ans, en deuxiĂšme annĂ©e de Business Administration au Trillium. Elle a misĂ© 18 000 $ de ses Ă©conomies et un prĂȘt Ă©tudiant sur cette formation. « On m’a vendu un truc du style : ‘Ici, vous ĂȘtes prĂȘts Ă  travailler en 2 ans, pas en 4.’ » Sauf que maintenant, ses cours sont suspendus, son prĂȘt commence Ă  courir, et son employeur potentiel lui rĂ©pond : « DĂ©solĂ©, on recrute que des diplĂŽmĂ©s de l’UniversitĂ© de Toronto. »

Elle n’est pas la seule. Le College Student Alliance, un groupe de dĂ©fense des droits des Ă©tudiants, estime qu’au moins 500 Ă©lĂšves sont dans son cas Ă  Toronto. Certains ont dĂ©jĂ  portĂ© plainte pour « publicitĂ© mensongĂšre ». D’autres tentent de se rabattre sur des Ă©coles publiques, mais les places sont rares, et les dĂ©lais d’attente ? Insurmontables.

Le vrai problĂšme : personne ne veut assumer

Le gouvernement ? « Ce n’est pas notre rĂŽle de subventionner des Ă©coles privĂ©es qui ne garantissent pas la qualitĂ©. » Les Ă©coles privĂ©es ? « C’est la faute au gouvernement qui a rĂ©duit les budgets. » Les Ă©tudiants ? « On n’a pas le choix, on paie. »

Sauf que le choix, justement, ils ne l’ont jamais eu. Trillium College, comme d’autres, a prospĂ©rĂ© en misant sur un systĂšme oĂč l’État finance Ă  moitiĂ©, les Ă©tudiants paient le reste, et personne ne vĂ©rifie. RĂ©sultat : des Ă©coles qui ferment du jour au lendemain, des dettes qui explosent, et une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e sur l’autel de la « flexibilitĂ© » du marchĂ©.

Ce que ça rĂ©vĂšle d’un systĂšme pourri jusqu’à la moelle

La suspension du Trillium College, ce n’est pas un accident. C’est la logique poussĂ©e Ă  son terme. Depuis des annĂ©es, les gouvernements ferment les yeux sur les Ă©coles privĂ©es parce que ça arrange tout le monde :

  • Les Ă©tudiants croient avoir une porte de sortie si leur c.v. ne passe pas Ă  l’universitĂ©.
  • Les Ă©coles empochent des millions sans risque, tant que les subventions continuent.
  • Les gouvernements Ă©conomisent en externalisant la formation.

Sauf que quand l’argent manque, les premiers Ă  sauter ? Les Ă©tudiants. Toujours.

Et maintenant ?

Les porte-parole du gouvernement parlent de « transition ». Les Ă©coles privĂ©es promettent des « solutions alternatives » (spoiler : elles coĂ»tent 2 Ă  3 fois plus cher). Les Ă©tudiants, eux, sont dĂ©jĂ  en train de calculer combien de ramen ils vont devoir avaler pour rembourser leurs prĂȘts.

Une chose est sĂ»re : si vous croyez encore que le privĂ©, c’est « plus efficace » que le public, allez demander Ă  Aisha. Elle a une facture Ă  payer, et zĂ©ro diplĂŽme en retour.

La derniĂšre ironie du systĂšme

Le plus drĂŽle ? Trillium College a fermĂ© ses portes
 mais pas ses portes. LittĂ©ralement. Les locaux restent louĂ©s, les profs touchent encore leur salaire (en partie), et la direction a dĂ©jĂ  ouvert une « nouvelle entitĂ© » sous un autre nom. Parce qu’au final, peu importe le nom de l’école : le business, lui, continue.

Les Ă©tudiants, eux, sont toujours en rade. Comme d’habitude.

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R Galaxie Rédaction

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