Un mail qui claque comme un ordre de fermeture de compte bancaire
Le 15 mars dernier, le Trillium College a envoyĂ© un courrier Ă ses 300 Ă©tudiants en pleine session. Pas pour les fĂ©liciter, ni pour leur souhaiter bonne chance. Juste pour leur annoncer que tout sâarrĂȘtait. « En raison de lâinterruption des subventions gouvernementales, nous sommes dans lâobligation de suspendre toutes nos activitĂ©s Ă compter de demain. » SignĂ© : la direction. Point.
Aucun prĂ©avis. Aucune alternative proposĂ©e. Juste le vide. Et des factures qui continuent de tomber, bien sĂ»r. Parce que les cours, eux, ne se sont pas arrĂȘtĂ©s magiquement. Les profs, eux, continuent de donner leurs heures. Les locaux, eux, restent louĂ©s. Mais les Ă©tudiants ? Eux, on les laisse en plan.
Pourquoi le gouvernement a lùché les écoles privées comme des hot-potatoes
Officiellement, câest une dĂ©cision « budgĂ©taire ». Le gouvernement ontarien a coupĂ© les aides aux Ă©tablissements privĂ©s postsecondaires en 2023, sous prĂ©texte dâĂ©conomies. Officieusement, câest une vieille histoire : depuis des annĂ©es, les Ă©coles privĂ©es comme Trillium profitent des failles du systĂšme pour attirer des Ă©tudiants avec des promesses trop belles pour ĂȘtre vraies. « DiplĂŽme en 6 mois ! Emploi garanti ! CoĂ»t : 12 000 $ » Sauf que les « garanties » ? Elles nâexistent pas. Et les diplĂŽmes, souvent, non plus.
En 2022, un rapport du MinistĂšre de la Formation et des CollĂšges (oui, celui-lĂ mĂȘme qui a fermĂ© les yeux) rĂ©vĂ©lait que 37 % des diplĂŽmĂ©s dâĂ©coles privĂ©es en Ontario ne trouvaient pas dâemploi dans leur domaine sous un an. 37 %. Un taux de rĂ©ussite qui ferait rougir nâimporte quelle universitĂ© publique. Pourtant, les subventions ont continuĂ© de couler. JusquâĂ ce que ça devienne trop gros.
Les étudiants, toujours les dindons de la farce
Prenez Aisha, 24 ans, en deuxiĂšme annĂ©e de Business Administration au Trillium. Elle a misĂ© 18 000 $ de ses Ă©conomies et un prĂȘt Ă©tudiant sur cette formation. « On mâa vendu un truc du style : âIci, vous ĂȘtes prĂȘts Ă travailler en 2 ans, pas en 4.â » Sauf que maintenant, ses cours sont suspendus, son prĂȘt commence Ă courir, et son employeur potentiel lui rĂ©pond : « DĂ©solĂ©, on recrute que des diplĂŽmĂ©s de lâUniversitĂ© de Toronto. »
Elle nâest pas la seule. Le College Student Alliance, un groupe de dĂ©fense des droits des Ă©tudiants, estime quâau moins 500 Ă©lĂšves sont dans son cas Ă Toronto. Certains ont dĂ©jĂ portĂ© plainte pour « publicitĂ© mensongĂšre ». Dâautres tentent de se rabattre sur des Ă©coles publiques, mais les places sont rares, et les dĂ©lais dâattente ? Insurmontables.
Le vrai problĂšme : personne ne veut assumer
Le gouvernement ? « Ce nâest pas notre rĂŽle de subventionner des Ă©coles privĂ©es qui ne garantissent pas la qualitĂ©. » Les Ă©coles privĂ©es ? « Câest la faute au gouvernement qui a rĂ©duit les budgets. » Les Ă©tudiants ? « On nâa pas le choix, on paie. »
Sauf que le choix, justement, ils ne lâont jamais eu. Trillium College, comme dâautres, a prospĂ©rĂ© en misant sur un systĂšme oĂč lâĂtat finance Ă moitiĂ©, les Ă©tudiants paient le reste, et personne ne vĂ©rifie. RĂ©sultat : des Ă©coles qui ferment du jour au lendemain, des dettes qui explosent, et une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e sur lâautel de la « flexibilitĂ© » du marchĂ©.
Ce que ça rĂ©vĂšle dâun systĂšme pourri jusquâĂ la moelle
La suspension du Trillium College, ce nâest pas un accident. Câest la logique poussĂ©e Ă son terme. Depuis des annĂ©es, les gouvernements ferment les yeux sur les Ă©coles privĂ©es parce que ça arrange tout le monde :
- Les Ă©tudiants croient avoir une porte de sortie si leur c.v. ne passe pas Ă lâuniversitĂ©.
- Les écoles empochent des millions sans risque, tant que les subventions continuent.
- Les gouvernements économisent en externalisant la formation.
Sauf que quand lâargent manque, les premiers Ă sauter ? Les Ă©tudiants. Toujours.
Et maintenant ?
Les porte-parole du gouvernement parlent de « transition ». Les Ă©coles privĂ©es promettent des « solutions alternatives » (spoiler : elles coĂ»tent 2 Ă 3 fois plus cher). Les Ă©tudiants, eux, sont dĂ©jĂ en train de calculer combien de ramen ils vont devoir avaler pour rembourser leurs prĂȘts.
Une chose est sĂ»re : si vous croyez encore que le privĂ©, câest « plus efficace » que le public, allez demander Ă Aisha. Elle a une facture Ă payer, et zĂ©ro diplĂŽme en retour.
La derniĂšre ironie du systĂšme
Le plus drĂŽle ? Trillium College a fermĂ© ses portes⊠mais pas ses portes. LittĂ©ralement. Les locaux restent louĂ©s, les profs touchent encore leur salaire (en partie), et la direction a dĂ©jĂ ouvert une « nouvelle entitĂ© » sous un autre nom. Parce quâau final, peu importe le nom de lâĂ©cole : le business, lui, continue.
Les Ă©tudiants, eux, sont toujours en rade. Comme dâhabitude.