350 millions de dollars par an, et les bus de Longueuil restent à l'arrêt

Les maires de la banlieue de Montréal ont un point commun : ils veulent des bus plus fréquents, des métros étendus, et des trains qui roulent à l’heure. Sauf que le gouvernement ignore leurs demandes, et la bataille du 450 va se jouer là-dessus. Voici pourquoi personne n’en parle vraiment, et comment ça pourrait tout faire basculer.

Publié le 11 septembre 2026 à 22:02
350 millions de dollars par an, et les bus de Longueuil restent à l'arrêt

Le 17 octobre 2023, à 15h47, le bus 602 de la STM s’est immobilisé entre deux arrêts, à la frontière de Saint-Lambert et Brossard. À bord, 47 personnes. Parmi elles, une mère de famille qui devait récupérer son enfant à l’école à 16h. Le bus n’est reparti qu’à 16h15. Elle a manqué la réunion des parents. Pas grave, vous dites ? Pour elle, si. Parce que depuis des mois, les retards s’accumulent, les horaires sont bousculés, et les promesses des maires de la banlieue, ces mêmes maires qui se déchirent sur tout le reste, se heurtent à un mur : le gouvernement du Québec ne veut pas financer les améliorations promises. Pourtant, les chiffres sont là : 350 millions de dollars par an sont dépensés en subventions pour le transport collectif dans la grande région de Montréal. Et pourtant, les usagers crèvent. Pourquoi ? Parce que l’argent est mal réparti, les priorités sont floues, et personne n’ose dire que le 450, cette fameuse bataille électorale, cache un vrai problème : le transport en commun est devenu l’otage des querelles politiques locales, et les citoyens trinquent.

Les maires veulent tout, mais personne ne veut payer

À Longueuil, la mairesse Christine Labonté a fait du transport collectif sa priorité numéro un. Elle veut des bus plus fréquents sur la 132, des passages express, et une liaison directe avec le métro. À Saint-Lambert, le maire André Fortin réclame la même chose, mais aussi un prolongement du métro Orange vers son territoire. À Brossard, c’est la même chanson : des trains plus rapides, des correspondances fluides, et des bus qui ne tombent pas en panne tous les matins. Sauf que tout ça coûte cher. Et le gouvernement Legault, lui, a une réponse toute prête : « On n’a pas les moyens. » Pourtant, en 2022, le ministère des Transports a injecté 1,2 milliard de dollars dans les infrastructures routières et ferroviaires de la région. 1,2 milliard. Pas un sou de plus pour les bus, les métros, ou les trains qui font déjà la grève des lenteurs.

Le problème ? Les maires veulent tout, mais personne ne veut assumer le coût. Parce que oui, les subventions existent. Sauf qu’elles sont captées par les grandes villes, Montréal, Laval, et que les banlieues, elles, se battent pour des miettes. « On nous dit toujours qu’il faut attendre, qu’il faut patienter, qu’il faut se serrer la ceinture », grogne un conseiller municipal de Saint-Lambert, sous le couvert de l’anonymat. « Mais pendant ce temps, les gens perdent leur emploi parce qu’ils arrivent en retard, les étudiants ratent leurs cours, et les familles éclatent parce que personne ne peut plus se déplacer correctement. »

Et puis il y a le chiffre que personne ne veut commenter : selon une étude de l’Agence métropolitaine de transport (AMT) publiée en 2022, 42 % des usagers du transport collectif dans la banlieue sud abandonnent leur trajet au moins une fois par semaine à cause des retards ou des annulations. 42 %. Un peu plus d’un tiers. Et devinez qui paie le prix ? Les travailleurs, les étudiants, les familles monoparentales. Pas les décideurs.

La STM, ce géant qui marche sur l’eau

La Société de transport de Montréal (STM) est une machine à cash. En 2023, elle a enregistré un bénéfice net de 112 millions de dollars. 112 millions. Pendant ce temps, les lignes de bus de la banlieue sud sont sous-financées, les conducteurs sont en grève pour des salaires décents, et les usagers galèrent. Pourquoi ? Parce que la STM a deux vitesses : une pour le centre-ville, une pour les autres.

Prenez la ligne 68, qui dessert Longueuil et Brossard. En pointe, un bus sur deux est annulé. Les horaires sont bousculés, les correspondances avec le métro sont chaotiques, et les usagers, eux, doivent improviser. « On nous dit que c’est à cause du manque de conducteurs, des grèves, des retards », explique une habitante de Saint-Lambert qui préfère garder l’anonymat. « Mais la vérité, c’est que la STM ne veut pas investir dans des lignes qui ne rapportent pas assez. »

Et puis il y a le train de l’Ouest, ce serpent de fer qui relie Montréal à la banlieue ouest. En théorie, il doit relier les gens rapidement. En pratique, il est souvent en retard, bondé, et mal entretenu. « On a l’impression de prendre un train de 1950 », lance un usager régulier. Pourtant, le gouvernement a promis des améliorations. Sauf qu’elles ne viennent jamais.

Pourquoi ? Parce que les priorités sont ailleurs. La STM et le gouvernement misent sur des mégaprojets, comme le REM ou le Réseau express métropolitain, qui coûteront des milliards, mais qui ne profiteront pas à tout le monde. Pendant ce temps, les lignes de bus de la banlieue sud pourrissent, et les maires, eux, se battent pour des crumbs.

La bataille du 450, ou comment le transport devient un enjeu électoral

Le 450, c’est le code postal des banlieues riches. C’est aussi le symbole d’une région qui se sent ignorée. Et dans cette bataille électorale qui s’annonce féroce, le transport collectif est devenu l’arme secrète des maires.

À Longueuil, Christine Labonté en fait une question de fierté municipale. « Si on ne résout pas ça, on ne résoudra rien », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse en 2023. À Saint-Lambert, André Fortin mise sur le prolongement du métro pour attirer des votes. À Brossard, la mairesse France Bonsant veut des trains plus rapides. Tous savent que sans transport décent, leur ville ne sera pas attractive.

Sauf que personne ne veut assumer le coût. Parce que oui, améliorer les lignes de bus, moderniser les trains, et étendre le métro, ça coûte cher. Très cher. Et le gouvernement, lui, préfère investir dans des projets phares qui feront parler d’eux dans les médias, plutôt que dans des améliorations concrètes qui ne feront pas de vagues.

Et puis il y a le lobby des constructeurs. Parce que oui, derrière chaque grand projet, il y a des entreprises qui veulent vendre du fer, du béton, et des trains neufs. Et ces entreprises, elles, ont des amis au gouvernement. « On nous parle d’innovation, de modernité, mais en réalité, c’est juste une question d’argent et de pouvoir », lance un ancien cadre de la STM, qui a préféré rester dans l’ombre.

Ce qui se joue vraiment derrière les promesses

La vraie bataille du 450, ce n’est pas entre les maires. C’est entre les maires et le gouvernement. D’un côté, des élus locaux qui veulent des résultats pour leurs citoyens. De l’autre, un gouvernement qui préfère jouer avec les mots et les promesses lointaines.

Et les usagers ? Ils trinquent. Parce que personne ne veut vraiment régler le problème. Les maires parce qu’ils ont peur de perdre des votes en augmentant les taxes. Le gouvernement parce qu’il préfère des projets qui feront joli dans les discours plutôt que des améliorations concrètes. Et les citoyens ? Ils sont pris en otage.

Alors, que faire ? Exiger. Exiger des comptes. Exiger des résultats. Parce que le transport collectif n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Et si les maires et le gouvernement ne veulent pas jouer le jeu, c’est aux citoyens de faire pression.

Pas de grands discours. Pas de promesses en l’air. Juste des bus qui roulent, des trains qui arrivent à l’heure, et un métro qui dessert tout le monde. Pas plus, pas moins.

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R Galaxie Rédaction

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