Pourquoi cette mesure comptait autant ?
Parce que c’était un trou dans la raquette du fisc. Depuis des années, les entrepreneurs français utilisent des montages avec des holdings pour reporter l’imposition des plus-values lors de la transmission de leur entreprise. Un système qui rapportait peu à l’État, environ 500 millions d’euros par an, selon les estimations de la Cour des comptes, mais qui arrangeait tout le monde. Sauf, peut-être, ceux qui paient déjà leurs impôts sans tricher.
Le gouvernement avait donc décidé de boucher ce trou. En théorie. En pratique, les lobbies ont frappé fort. Les fédérations patronales, les avocats d’affaires, les cabinets de conseil fiscal : tous ont fait valoir que cette suppression serait un « coup de massue » pour les PME. Résultat ? Le Maire a reculé. Pas parce qu’il a changé d’avis, mais parce que les patrons ont mieux argumenté que les inspecteurs des finances.
Ce qui va changer, et ce qui ne changera pas
Officiellement, Bercy veut « éviter les abus ». En réalité, il préfère laisser filer un avantage qui profite surtout aux grands groupes. Prenez le cas de LVMH : si le patron de Moët Hennessy avait dû payer ses plus-values en 2023, l’État aurait empoché des centaines de millions. Mais personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les holdings, c’est aussi l’outil préféré des actionnaires pour optimiser leur fiscalité. Et quand les actionnaires sont des milliardaires, l’État hésite.
Le toilettage annoncé ? Une fausse bonne idée. Au lieu de supprimer l’avantage, on va le limiter. Mais comment ? En durcissant les conditions. Sauf que les montages existent déjà pour les contourner. Les avocats fiscaux vont encore gagner de l’argent à trouver des failles. Et l’État, lui, continuera à perdre.
Le vrai problème : personne ne veut assumer
Le gouvernement parle d’« équité ». Les patrons, de « compétitivité ». Les marchés, de « stabilité ». Mais personne ne dit que ce système est injuste. Parce que l’injustice, c’est quand les petits paient, et les grands trichent sans risque.
Pire : les contrôleurs fiscaux savent que ces montages sont souvent abusifs. Pourtant, ils ne bougent pas. Pourquoi ? Parce que les sanctions sont rares, les procédures longues, et les recours toujours possibles. Le fisc a les mains liées. Et Bercy, plutôt que de serrer la vis, préfère faire semblant de réguler.
Ce que ça signifie pour vous
Si vous êtes un entrepreneur qui veut transmettre son entreprise, bonne nouvelle : vous pouvez toujours utiliser des holdings pour reporter vos impôts. Si vous êtes un salarié ou un petit actionnaire, mauvaise nouvelle : l’État continue à vous faire payer pour que les riches optimisent.
Et le pire ? Personne ne s’en offusque vraiment. Parce que quand les patrons parlent de « compétitivité », les autres ferment les yeux. Même quand ils devraient ouvrir les poings.
La vraie question, personne ne la pose
Pourquoi l’État continue-t-il à laisser filer des milliards alors qu’il crie famine sur les retraites ou les hôpitaux ? La réponse est simple : parce que ces milliards, ils ne les touchent pas vraiment. Ils sont juste reportés, déguisés, optimisés. Comme si l’argent public était une partie de cache-cache où tout le monde triche, sauf ceux qui n’ont pas les moyens de jouer.
Alors oui, Bercy recule. Mais ce n’est pas un demi-tour, c’est un abandon. Et le plus triste, c’est que personne ne semble s’en apercevoir.