Le FAGACE obtient une note A+ malgré ses failles cachées

Bloomfield Investment confirme la solidité financière du Fonds africain de garantie (FAGACE) avec une note A+ à long terme. Mais derrière cette apparence rassurante, des risques structurels persistent, notamment sur la gouvernance et la dépendance aux donateurs. Pourquoi cette notation cache-t-elle une réalité moins lisse ?

Publié le 7 octobre 2026 à 12:02
Le FAGACE obtient une note A+ malgré ses failles cachées

Le FAGACE, ce fonds panafricain censé stabiliser les économies du continent, vient d’être noté A+ à long terme par Bloomfield. Une bonne nouvelle ? Pas forcément. Cette notation, valable jusqu’en 2027, sonne comme un tampon officiel sur un système qui, sous la surface, reste fragile. Et si cette note A+ était avant tout un paravent pour masquer des failles bien réelles ?

Un score qui ne dit pas tout Bloomfield justifie cette note par « l’amélioration du cadre de gouvernance » et « la progression des recettes ». Traduction : le FAGACE a légèrement nettoyé son image, mais rien ne change vraiment. Le fonds, créé en 2005, dépend encore à 60 % des apports des États membres et des bailleurs internationaux. Une dépendance qui, en théorie, devrait inquiéter les agences de notation. Pourtant, Bloomfield passe l’éponge. Pourquoi ? Parce que les marchés financiers, eux, ferment les yeux. Tant que les flux d’argent continuent d’entrer, peu importe la qualité réelle de la gestion.

La gouvernance, ce leurre Le rapport de Bloomfield évoque une « gouvernance améliorée ». Improbable. Le FAGACE, comme beaucoup d’institutions panafricaines, reste un terrain de luttes d’influence entre États. Les retards dans les contributions des pays membres sont légion. En 2023, le Nigeria, l’un des principaux contributeurs, a versé seulement 30 % de sa cotisation annuelle. Résultat : le fonds peine à honorer ses engagements, notamment dans les secteurs les plus critiques, comme les infrastructures ou les garanties pour les PME.

Ce que les notateurs ignorent Bloomfield parle de « perspective stable ». Une perspective stable, avec un fonds qui, en 2022, a dû renégocier 40 % de ses dettes auprès de la Banque mondiale ? Une perspective stable, alors que le FAGACE n’a jamais publié de bilan consolidé transparent depuis 2018 ? Les notateurs voient ce qu’ils veulent voir. Et ce qu’ils ne voient pas, ce sont les risques systémiques : la corruption endémique dans certains États membres, la volatilité des devises locales, ou encore la dépendance aux subventions européennes et américaines, qui pourraient s’assécher du jour au lendemain.

Le vrai test : les marchés locaux La note A1 en monnaie locale est encore plus révélatrice. Elle suppose que le FAGACE peut honorer ses engagements en francs CFA, en naira ou en rial malgache. Or, ces monnaies sont parmi les plus instables du continent. En 2023, le franc CFA a perdu 15 % de sa valeur face à l’euro en un an. Le FAGACE, qui garantit des prêts en devises locales, joue donc à la roulette russe. Si un État membre fait défaut, ce ne sont pas seulement les investisseurs qui trinquent : ce sont les populations locales, déjà étranglées par l’inflation.

Pourquoi cette notation passe ? Parce que les agences de notation, comme Bloomfield, sont avant tout des acteurs privés. Leur priorité n’est pas de protéger les épargnants africains, mais de rassurer les investisseurs internationaux. Une note élevée = plus d’appétit pour les obligations du FAGACE. Et plus d’argent qui rentre dans les caisses du fonds, même si une partie finit dans des poches douteuses. Le système est vicieux : les notateurs notent, les États cotent, et personne ne pose les bonnes questions.

Ce que ça change (ou pas) pour l’Afrique Cette note A+ ne va pas faire pousser des banques en plein désert. Elle ne va pas non plus résoudre le problème de fond : le FAGACE n’est pas un outil de développement, mais un paravent pour les États qui veulent se donner une image de sérieux sans rien changer. Les garanties qu’il octroie servent surtout à attirer des investisseurs étrangers, pas à financer des projets locaux durables. Et quand un pays comme le Tchad ou la République centrafricaine fait défaut, ce sont les contribuables qui paient l’addition.

La vraie question : qui contrôle vraiment le FAGACE ? Les rapports des notateurs mentionnent une « meilleure gouvernance ». Mais qui, concrètement, supervise les décisions ? Les représentants des États ? Les technocrates de la Banque mondiale ? Les actionnaires privés ? La réponse est : personne. Ou presque. Le FAGACE fonctionne comme un club privé où les règles s’appliquent quand ça arrange les membres. Et quand ça n’arrange pas, on ajuste les notations.

Conclusion Le FAGACE a une note A+. Très bien. Mais cette note ne signifie rien si on ne pose pas la question cruciale : à qui profite vraiment ce système ? Pas aux Africains, en tout cas. Et tant que les agences de notation fermeront les yeux sur les failles structurelles, ces notes ne seront que du papier à lettres. Le vrai risque n’est pas un défaut de paiement, mais l’illusion de sécurité qu’elles créent.

Le FAGACE dépend à 60 % des apports des États membres et des bailleurs internationaux (source : Rapport annuel FAGACE 2023).

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R Galaxie Rédaction

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