L’Europe, l’Amérique et l’Afrique gonflent les chiffres marocains
À Casablanca, l’aéroport Mohammed V était bondé ce matin. Pas exceptionnel. Depuis janvier, les terminaux marocains ont accueilli 26,3 millions de passagers, soit 9% de plus qu’en 2025. Un rythme soutenu, surtout sur les liaisons avec l’Europe, où les low-cost ont pris le pas sur les compagnies traditionnelles. Air Arabia, Ryanair, EasyJet : elles volent plein. Mais ce n’est pas qu’une histoire d’Europe.
L’Amérique du Nord aussi. New York, Montréal, Toronto : les vols vers le Canada et les États-Unis ont progressé de 12% sur la période. Pourquoi ? Parce que le Maroc a su jouer la carte des visas simplifiés. Un touriste américain ou canadien obtient son visa en 48h, contre une semaine ailleurs. Résultat : les compagnies aériennes ajustent leurs fréquences. American Airlines a même ajouté une ligne directe entre Casablanca et Chicago.
Sauf que. L’Afrique, c’est l’autre surprise.
L’Afrique, le vrai moteur invisible
Les chiffres officiels le disent, mais peu en parlent : la moitié de cette croissance vient du continent africain.
Dakar, Lagos, Abidjan, Libreville : les liaisons intra-africaines explosent. Pourquoi ? Parce que le Maroc a fait de Casablanca un hub pour les vols vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Royal Air Maroc (RAM) a même racheté des parts dans plusieurs compagnies locales pour sécuriser les connexions. Efficace ? Oui. Mais pas sans risques.
Le problème, c’est que ces vols ne rapportent pas assez. Les compagnies africaines peinent à remplir leurs appareils, et les coûts de carburant grignotent les marges. RAM compense en baissant les prix sur les liaisons Europe-Maroc, mais à quel prix ?
Les aéroports marocains à la limite
Casablanca, Marrakech, Agadir : les terminaux sont saturés. Pas assez de pistes, pas assez de personnel.
À l’aéroport Mohammed V, les retards s’accumulent. Les compagnies low-cost se plaignent : elles doivent payer des pénalités parce que les formalités d’immigration prennent trop de temps. La douane marocaine est sous-équipée.
Et puis, il y a le bruit.
Les riverains de l’aéroport de Marrakech ont manifesté cet été. Les vols de nuit, c’est fini. Le gouvernement a promis des restrictions, mais rien n’a changé. Pourquoi ? Parce que les compagnies aériennes refusent de réduire leurs fréquences. Elles ont besoin de ces vols pour remplir leurs avions.
Ce que les chiffres ne disent pas
26 millions de passagers, c’est bien. Mais c’est aussi 26 millions de touristes qui débarquent dans un pays où les infrastructures peinent à suivre.
Prenez les hôtels. À Marrakech, les prix ont explosé. Une chambre à 100 euros la nuit, c’est devenu la norme. Les Marocains ne peuvent plus se loger.
Et puis, il y a la question des emplois. Les compagnies aériennes embauchent, mais les salaires restent bas. Un steward chez RAM gagne 1 200 euros net par mois. Assez pour vivre ? À Casablanca, oui. À Fès ou à Oujda, non.
Le vrai problème, c’est que cette croissance ne profite pas à tout le monde.
Et après ? Le Maroc peut-il tenir le rythme ?
Non.
Pas sans investissements massifs. Les aéroports ont besoin de modernisation. Les compagnies aériennes ont besoin de subventions. Et le gouvernement doit enfin réguler le secteur.
Pour l’instant, tout le monde regarde les chiffres. 26 millions, c’est une performance. Mais derrière, il y a une réalité : le Maroc court après son propre succès.
Et si la machine s’emballe ?