En huit mois, le Maroc paie 182 millions d’euros pour un butane qui ne vient plus

Le Maroc a injecté 2,04 milliards de dirhams dans du butane européen entre janvier et août, alors que les livraisons baissent de 11 %. Une facture qui explose alors que Rabat cherche des fournisseurs ailleurs. Pourquoi cette dépendance coûteuse persiste-t-elle ?

Publié le 20 octobre 2026 à 12:03
En huit mois, le Maroc paie 182 millions d’euros pour un butane qui ne vient plus

Pourquoi le Maroc s’entête à importer un gaz qui se fait la malle ?

Le butane, c’est l’essence des barbecues, des briquets, des aérosols. Au Maroc, c’est aussi un carburant pour les ménages les plus pauvres, ceux qui ne peuvent pas se payer le gaz de ville ou l’électricité. Problème : l’Europe, son principal fournisseur, en produit de moins en moins. Les usines ferment, les stocks se vident. Résultat ? Les prix montent, les livraisons aussi, mais en moins grande quantité. Et le Maroc, lui, continue d’acheter.

Pourtant, Rabat a d’autres options. L’Algérie, par exemple, pourrait exporter du butane vers le Maroc. Mais les relations entre les deux pays sont tendues depuis des années. Sans compter que l’Algérie a ses propres problèmes d’approvisionnement. Alors le Maroc reste coincé : soit il dépend de l’Europe et paie toujours plus cher, soit il cherche ailleurs et prend le risque de se faire doubler.

Il y a aussi la question des contrats. Une fois signés, difficile de les rompre. Les sociétés européennes comme Air Liquide ou Linde, qui dominent le marché du butane, ont des accords à long terme avec Rabat. Changer de fournisseur, c’est relancer des négociations, payer des pénalités, perdre du temps. Et puis, au fond, le Maroc n’a pas vraiment le choix. Son industrie chimique, ses usines, ses ménages dépendent de ce gaz. Sans butane, c’est toute une économie qui grippe.

Mais alors, pourquoi les quantités baissent-elles ?

Parce que l’Europe elle-même manque de butane. La demande a explosé ces dernières années, notamment pour les usages industriels. Les usines européennes en consomment de plus en plus, et les exportations vers le Maroc en pâtissent. Sans compter que certains pays, comme la France ou l’Espagne, ont commencé à taxer les exportations de gaz pour sécuriser leur propre approvisionnement. Le Maroc se retrouve donc en queue de file.

Et les autorités marocaines ? Elles savent très bien ce qui se passe. Elles ont même un plan. Le Maroc mise sur des projets comme le complexe méthanier de Jorf Lasfar, près d’Agadir, qui devrait produire du gaz liquéfié à grande échelle d’ici quelques années. Mais ça prend du temps. En attendant, Rabat continue d’acheter à l’Europe, même si les prix montent et les livraisons se raréfient.

Le pire ? Personne ne bronche. Ni les médias marocains, qui parlent peu de cette dépendance, ni les politiques, qui préfèrent attendre que les choses s’arrangent. Comme si le pays pouvait se permettre de payer 182 millions d’euros de plus chaque année pour un produit qui devient introuvable.

Ce que cache la baisse des livraisons

11 % de moins en volume. Ça peut sembler peu. Sauf que ça veut dire une chose : l’Europe ne veut plus vendre autant de butane au Maroc. Pas par méchanceté, mais parce qu’elle en a besoin elle-même. Et Rabat, coincé, ne peut pas faire autrement que de payer.

Le vrai problème, c’est la dépendance. Le Maroc importe plus de 90 % de son gaz. Et le butane, c’est un maillon faible de cette chaîne. Si l’Europe décide un jour de couper les livraisons, ou si les prix explosent encore, Rabat sera dans la merde.

Il y a une autre raison, plus politique : l’Europe utilise le gaz comme un levier. En limitant les exportations vers le Maroc, elle envoie un message. Un message à l’Algérie, peut-être, pour la forcer à négocier. Un message à la Turquie, pour lui rappeler qui tient les commandes. Le Maroc, lui, n’est qu’un pion dans cette partie.

Et les alternatives ? Le Maroc pourrait développer son propre gaz de schiste. Mais c’est un sujet ultra-sensible. Les manifestations contre l’exploration des hydrocarbures ont forcé le gouvernement à reculer. Alors on attend. On attend que Jorf Lasfar soit opérationnel. On attend que l’Algérie se réveille. On attend que l’Europe ait fini de se servir.

En attendant, la facture continue de gonfler.

Le jour où le Maroc se réveillera

Un jour, peut-être, Rabat comprendra qu’il ne peut plus compter sur l’Europe. Qu’il faut diversifier les sources, négocier avec l’Algérie malgré tout, accélérer les projets locaux. Mais pour l’instant, personne ne semble pressé.

Pourquoi ? Parce que c’est plus simple de continuer comme avant. De signer des contrats, de payer, et d’attendre que les choses s’arrangent. Même si ça coûte de plus en plus cher. Même si les livraisons deviennent de plus en plus rares.

Le Maroc a les moyens de se passer de ce butane européen. Il a les ressources, il a les projets. Mais il n’a pas la volonté politique de changer les choses.

Et c’est ça, le vrai problème. Pas les chiffres, pas les contrats, mais l’absence de décision.

Un jour, la facture sera trop lourde. Et ce jour-là, il sera trop tard pour faire marche arrière.

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R Galaxie Rédaction

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