Bangkok brûle contre les recettes du FMI

Des centaines de manifestants ont envahi les rues de Bangkok les 15 et 16 octobre 2026 pour crier leur rage contre les politiques imposées par le FMI et la Banque mondiale. Les agriculteurs, en première ligne, ne veulent plus entendre parler d’austérité. La police a chargé, mais le message est passé : ces institutions ne font plus consensus.

Publié le 17 octobre 2026 à 18:04
Bangkok brûle contre les recettes du FMI

Un champ de riz transformé en champ de bataille économique

Le 15 octobre 2026, à 16h30, devant le siège de la Banque mondiale à Bangkok, un agriculteur de 52 ans, les mains couvertes de terre et de sueur, a jeté un sac de riz aux pieds des manifestants. « Ça, c’est ce qu’on nous prend. Et eux, ils nous disent de faire des économies. » Il n’a pas crié. Il a parlé, lentement, comme on énumère une trahison. Derrière lui, des pancartes déchirées par le vent : « FMI, dégagez de nos terres », « La dette, c’est leur problème, pas le nôtre ». Personne n’applaudit. On écoute. On attend la réponse.

Il n’y en aura pas. Pas ce jour-là. Pas comme ça.

Pourquoi les paysans thailandais en ont assez des leçons de riches

La Thaïlande, c’est le pays qui a refusé les plans d’ajustement structurel dans les années 90. Résultat ? Une croissance stable, une dette publique maîtrisée, et un secteur agricole qui tient encore debout. Pourtant, depuis 2024, le FMI et la Banque mondiale sont revenus à la charge, avec des prêts conditionnés à des réformes qui sentent le déjà-vu : privatisations ciblées, suppression des subventions aux petits producteurs, libéralisation des prix des denrées de base. « On nous fait croire que c’est pour notre bien, mais regardez : le riz, notre riz, coûte 30 % plus cher qu’il y a deux ans », lance une militante de la Fédération des paysans du Nord, un groupe qui a fédéré des milliers de rizières en colère.

Le pire ? Ces mesures arrivent alors que la Thaïlande est le 5e exportateur mondial de riz, avec un excédent qui pourrait nourrir des millions de personnes. Sauf que les accords commerciaux signés sous pression du FMI ont ouvert les vannes aux importations de riz américain et indien, subventionnées à mort. « On nous dit de produire plus, mais on nous interdit de vendre à perte. Alors on vend à perte quand même. Et on crève », résume un planteur de Chiang Mai, dont les dettes bancaires ont triplé depuis 2025.

La Banque mondiale et son mépris pour les petits

Un rapport interne de la Banque mondiale, fuité en 2025 et jamais démenti, révélait que 78 % des prêts accordés aux pays d’Asie du Sud-Est étaient concentrés sur des projets d’infrastructures ou de finance verte, avec des clauses qui favorisaient systématiquement les grands groupes. Les microcrédits pour les agriculteurs ? Une ligne budgétaire négligeable, souvent détournée vers des programmes de « modernisation » qui, en réalité, servent à justifier des licenciements dans les coopératives publiques.

À Bangkok, les manifestants ont ciblé les symboles. Le 16 octobre, une centaine d’entre eux ont bloqué l’accès à l’hôtel où logeaient les représentants du FMI en mission. « On ne veut plus de vos experts. Envoyez-nous vos chèques, pas vos conseils », a hurlé un homme en brandissant un chèque en bois avec écrit « 10 milliards pour les paysans ». La police a dispersé le groupe à coups de gaz lacrymogènes. Trois personnes ont été arrêtées. Personne ne les a réclamées.

Le FMI joue les sourds, mais la rue entend

Le FMI, lui, continue de parler en technocrate. Dans un communiqué publié le 17 octobre, l’institution a rappelé que « les réformes structurelles sont indispensables pour assurer la stabilité macroéconomique à long terme ». Traduction : « Fermez-la et obéissez ». Sauf que les Thaïlandais, eux, ont une mémoire longue. Ils se souviennent de 1997, quand les recettes du FMI avaient précipité le pays dans une crise sans précédent. Ils se souviennent aussi que, cette fois, les manifestations ne sont plus cantonnées aux campagnes. Les étudiants de Bangkok, les ouvriers des usines textiles, les pêcheurs du golfe, tous sont descendus dans la rue. « On est tous dans le même bateau, et ce bateau prend l’eau parce qu’ils nous volent les rames », a lancé un syndicaliste devant une foule de 2 000 personnes.

Ce que ça change pour les autres pays endettés

La Thaïlande n’est pas un cas isolé. En Indonésie, au Vietnam, au Sénégal, les mouvements de résistance contre les dictats du FMI se multiplient. La différence ? À Bangkok, la colère a un visage : celui des paysans, des petits producteurs, de ceux qui nourrissent encore le monde sans en tirer de profits. « Le FMI et la Banque mondiale, c’est comme des vultures. Elles attendent qu’un pays soit affaibli pour fondre sur lui. Sauf que cette fois, les vultures ont réveillé les poules », ironise un économiste local, qui préfère garder l’anonymat.

Le gouvernement thaïlandais, tiraillé entre la pression populaire et les exigences des créanciers, tergiverse. Pour l’instant. Mais quand les champs se vident et que les villes s’embrasent, même les banquiers de Washington finissent par entendre les cris.

La dette, c’est leur arme. La rue, c’est notre réponse.

Ils veulent des réformes ? Qu’ils commencent par annuler la dette des petits agriculteurs. Ils veulent des infrastructures ? Qu’ils financent des barrages sans déposséder les villages. Sinon, la prochaine fois, ce ne seront pas des pancartes qu’on jettera devant leurs portes. Ce seront des pierres.

Et ça, personne ne l’a prévu dans leurs modèles économiques.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie