Ghazal propose un TGV à la hache et aux agriculteurs

Québec solidaire promet 840 millions aux agriculteurs, mais le projet de train à grande vitesse reste un casse-tête. Entre promesses et réalités, les fermiers n’ont pas fini de râler. Voici pourquoi le compromis annoncé cache des zones d’ombre.

Publié le 11 septembre 2026 à 13:26
Ghazal propose un TGV à la hache et aux agriculteurs

Le TGV qui divise déjà avant d’exister

En 2024, le gouvernement québécois a officiellement lancé l’étude de faisabilité pour un train à grande vitesse entre Toronto et Québec. Un projet pharaonique, présenté comme une révolution logistique et économique. Sauf que sur le terrain, les agriculteurs de la région de Québec, notamment autour de Lévis, ont déjà dit non. Et Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire, vient de leur lancer un os : « On peut faire ce train de façon intelligente. » Traduction : « On va vous écraser, mais on vous donnera un peu d’argent en échange. »

840 millions. C’est le montant que Ghazal a évoqué lors d’une entrevue, sans préciser d’où viendra l’argent ni comment il sera réparti. Un chiffre qui fait sourire les fermiers. Parce que depuis des mois, ils entendent parler de « compensations », de « réaménagements », de « corridors écologiques »… mais personne ne leur a jamais montré un seul dollar sur un papier. Juste des promesses. Et des bulldozers dans leurs têtes.

Les agriculteurs ne sont pas des pigeons

Le projet du TGV empiète sur des terres agricoles, des zones humides, et des chemins de traverse que les paysans utilisent depuis des décennies. À Saint-Romuald, par exemple, une coopérative laitière a déjà perdu 12 hectares de pâturages à cause des travaux préparatoires. « On nous parle de modernisation, mais on ne nous demande pas notre avis », grogne un éleveur qui préfère rester anonyme. « Ghazal nous balance 840 millions comme si c’était une prime de fin d’année. Sauf que les bulldozers, eux, ils ne font pas de pause. »

Le problème ? Personne n’a jamais calculé précisément l’impact réel. Les études d’experts commandées par le gouvernement parlent de « perturbations temporaires », mais les agriculteurs savent que « temporaire » peut durer des années. Entre les nuisances sonores, la poussière qui étouffe les cultures, et les routes coupées, certains ont déjà commencé à vendre. D’autres menacent de le faire.

Et puis, il y a le timing. Le gouvernement Legault mise sur un début de construction en 2027. Mais les agriculteurs, eux, ont des dettes à rembourser, des machines à payer, et des enfants à envoyer à l’université. « On ne peut pas attendre trois ans pour savoir si on va encore avoir un métier », lance un producteur de maïs, exaspéré. « Ghazal nous parle de compromis, mais qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? On va devoir déménager nos vaches ? Nos silos ? »

Le piège des « investissements futurs »

Ghazal a sorti son joker : « Si on est réélus, on injectera 840 millions pour soutenir les secteurs touchés. » Une phrase qui sent le « on verra plus tard » à plein nez. Parce que pour l’instant, aucun détail n’est sur la table. Pas de liste de fermes concernées. Pas de calendrier précis. Juste une promesse électorale, comme il y en a tant.

Le pire ? Les agriculteurs ne sont même pas sûrs que cet argent servira à quelque chose. Les subventions agricoles actuelles sont déjà un casse-tête : lenteurs administratives, critères flous, et priorités qui changent tous les six mois. « On a déjà eu droit à des chèques en bois », rappelle un syndicaliste de la Fédération de l’UPA. « Si Québec solidaire veut jouer les sauveur·euses, il faut qu’ils montrent autre chose que des chiffres sur un tableau. »

Et puis, il y a la question de fond : est-ce que 840 millions suffisent à compenser la perte d’un secteur entier ? À Lévis, où le TGV devrait passer, les terres agricoles sont parmi les plus productives de la province. « On ne parle pas juste de quelques hectares. On parle de l’avenir de toute une région », insiste un maire local, qui demande à rester discret. « Ghazal nous parle de compromis, mais un compromis, ça se négocie avant, pas après que les décisions sont prises. »

Le vrai jeu : qui paiera la note ?

Derrière les discours, il y a une question qui fâche : qui va financer tout ça ? Le gouvernement fédéral a déjà promis 1,5 milliard pour le projet, mais à une condition : que Québec trouve des partenaires privés. Sauf que les banques, elles, regardent les chiffres. Et pour l’instant, le TGV n’est pas rentable.

« Les promoteurs du projet disent que ça va créer des emplois. Mais qui va les payer ? Les agriculteurs, avec leur terre vendue à la hâte ? Les contribuables, avec des impôts qui montent ? » se demande un économiste agricole, qui préfère garder l’anonymat. « Ghazal nous sort son chèque en blanc, mais personne ne nous dit qui va signer la facture à la fin. »

Le gouvernement Legault, lui, mise sur les retombées économiques à long terme. « Un train à grande vitesse, ça attire les investisseurs, ça booste le tourisme, ça modernise le Québec », répète-t-on à l’Assemblée nationale. Sauf que pour les agriculteurs, le court terme, c’est aujourd’hui. Et aujourd’hui, ils voient leurs champs rétrécir, leurs coûts exploser, et leurs marges s’effriter.

Le compromis, c’est quoi ?

Alors, ce compromis tant annoncé ? Ça ressemble à du vent.

D’un côté, Ghazal promet des millions. De l’autre, les agriculteurs exigent des garanties immédiates : des terres achetées avant les travaux, des routes déviées dès maintenant, et des compensations calculées sur des bases claires. « On ne veut pas être des assistés. On veut des solutions », résume un producteur de pommes de terre.

Le vrai problème, c’est que le projet est déjà lancé. Les études sont faites, les contrats signés, les promesses politiques lancées. Retour en arrière ? Impossible. « On nous demande de faire des sacrifices pour un train qui pourrait ne jamais être rentable », soupire un vétérinaire rural. « Et après, on nous dira merci. »

Ghazal a raison sur un point : un compromis est encore possible. Mais pas celui qu’elle imagine. Pas avec des chèques en blanc et des discours lissés. Il faudrait un vrai changement de cap : geler les expropriations, revoir le tracé, et associer les agriculteurs dès le début. Au lieu de ça, on a droit à une promesse électorale, un chiffre bien rond, et l’espoir que les fermiers se tairont en échange.

Sauf que les fermiers, eux, ne se taisent pas. Et ils ont raison.

La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser

Si Québec solidaire arrive au pouvoir, est-ce que ces 840 millions suffiront à éviter une guerre des champs ? Ou est-ce que le TGV passera quand même, sur des cadavres agricoles ?

La réponse, elle, est déjà dans les champs.

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R Galaxie Rédaction

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