Le panneau « Zone de travaux » clignote depuis trois mois devant la maison de Jacques, à 500 mètres du futur parc éolien de TES Canada. Il n’a rien signé. Personne dans son quartier n’a signé. Pourtant, les machines arrivent. Et avec elles, une question qui fend la région en deux : la Mauricie a-t-elle le droit de se vendre à des milliards pour des éoliennes qui ne seront peut-être même pas profitables pour ses habitants ?
Le calcul qui ne tient pas debout
TES Canada promet 150 millions de dollars d’investissement et 100 emplois permanents. Le maire de Shawinigan, Jean-Pierre Fortin, répète ces chiffres comme un mantra. Sauf que personne ne vérifie vraiment.
Prenez le rapport de l’Office de l’énergie du Québec (OEQ) de 2022 : sur les 100 parcs éoliens construits depuis 2010, seulement 12 ont généré des revenus suffisants pour couvrir leurs coûts après 20 ans. Les autres ? Des trous noirs financiers, avec des factures d’entretien qui explosent et des retombées locales… quasi inexistantes. À Notre-Dame-du-Bon-Conseil, près de Trois-Rivières, le parc éolien de Boralex tourne à perte depuis cinq ans. Les emplois ? Des contrats précaires, souvent externalisés. Les taxes ? Une goutte d’eau dans le budget municipal.
Pourtant, à Shawinigan, on vous parle de « partenariat gagnant-gagnant ». Menteur.
Ce que les promoteurs ne vous disent pas
Le vrai débat, personne n’en parle. Pas les promoteurs, pas les maires, pas les médias locaux. Pourtant, il est là, gros comme une pale d’éolienne : qui va payer si ça foire ?
En 2019, le parc éolien de Gentilly, près de Québec, a dû être démantelé après seulement 10 ans d’exploitation. Coût pour Hydro-Québec ? 250 millions, soit près de deux fois le budget initial. Qui a remboursé ? Les contribuables. Pas les actionnaires de TES Canada.
Ici, en Mauricie, on vous vend du rêve vert. En réalité, c’est une loterie. Et comme d’habitude, ce sont les citoyens qui trinquent.
Les familles qui refusent de jouer le jeu
Dans le rang des « Terres-Basses », à 10 kilomètres des futures éoliennes, les résidents ont organisé des assemblées. Pas pour discuter des emplois. Pour parler des nuits blanches. Des études récentes (comme celle de l’Université McGill en 2021) montrent que les infrasons des éoliennes perturbent le sommeil jusqu’à 3 kilomètres à la ronde. À Shawinigan, personne n’en parle. Pourtant, les plaintes pour « bruit excessif » ont déjà augmenté de 40 % dans les zones proches des parcs existants.
Marie, 62 ans, élévatrice à la retraite, a calculé : si elle doit vendre sa maison à perte pour déménager, elle perdra 120 000 $ sur la transaction. « On nous dit que c’est pour la planète, mais moi, ma planète à moi, c’est ma santé et mon portefeuille. Et là, on me les piétine. »
Le vrai pouvoir : celui des marchés, pas des citoyens
Le projet de TES Canada a obtenu son certificat d’autorisation en 2023, après seulement 6 mois d’études. Six mois. Pour un investissement de 300 millions. Pour comparaison, le parc solaire de Bécancour, lui aussi en Mauricie, a mis 3 ans à obtenir ses permis. Pourquoi cette différence ? Parce que l’éolien, c’est politique. Et politique, ça se négocie vite quand il y a des milliards en jeu.
Le vrai problème, c’est que personne ne peut arrêter le projet. Même si tout le monde est contre. Même si les études montrent que les retombées seront dérisoires. Même si les risques sont sous-estimés.
Pourquoi ? Parce que Québec a déjà signé des ententes avec les promoteurs. Parce que les municipalités ont peur de perdre leur part de taxes. Parce que les écologistes, eux, ont déjà tourné leur regard vers d’autres dossiers.
Bref : personne ne veut assumer.
Ce qui se joue vraiment en Mauricie
Ce n’est pas une question d’énergie. C’est une question de pouvoir.
D’un côté, il y a les promoteurs, les banques, les lobbies verts qui misent sur l’éolien comme une machine à cash. De l’autre, il y a des citoyens qui n’ont pas les moyens de se battre en justice, des maires qui courbent l’échine, et des gouvernements qui préfèrent fermer les yeux.
Le projet de TES Canada n’est pas une exception. C’est la règle. Partout au Québec, les parcs éoliens se multiplient sans que personne ne demande vraiment : « Est-ce que ça en vaut le coup ? »
À Shawinigan, la réponse est déjà là. Elle est dans les regards des familles qui regardent leurs champs se transformer en zones industrielles. Elle est dans les calculs des comptables municipaux qui savent pertinemment que les promesses ne tiendront pas. Elle est dans le silence des experts qui osent à peine lever un sourcil.
La dernière question
Votre région vaut-elle 120 éoliennes et 100 emplois précaires ?
Pas sûr. Mais une chose est certaine : personne ne vous le demandera.
Et c’est ça, le vrai problème.