27 secondes perdues par an : la Terre accélère et nos horloges mentent

Depuis 2020, la Terre tourne plus vite. Résultat : les scientifiques doivent supprimer des secondes pour recaler les horloges atomiques. Un problème technique ? Non, un symptôme d’un rapport au temps qui se fissure. Explications sur ce qui se joue à Versailles cette semaine.

Publié le 13 octobre 2026 à 20:01
27 secondes perdues par an : la Terre accélère et nos horloges mentent

En 2020, la Terre a tourné 28 fois plus vite que prévu. Pas une anecdote. Un fait. Les horloges atomiques, ces machines ultra-précises qui mesurent le temps avec une marge d’erreur de quelques milliardièmes de seconde, ont commencé à décaler. Pas de 10 secondes. Pas de 5. De 27 secondes en un an.

Pour rattraper ce retard, les scientifiques ont dû supprimer une seconde intercalaire en 2023. Une opération aussi délicate qu’invisible pour le grand public, mais qui révèle un dysfonctionnement bien plus profond : notre façon de mesurer le temps est en train de craquer.

Ce mardi, à Versailles, la 28ᵉ Conférence générale des poids et mesures (CGPM) va trancher. Faut-il continuer à ajuster manuellement les horloges ? Ou abandonner cette seconde intercalaire, comme le propose une partie de la communauté scientifique ? La réponse n’est pas qu’une question technique. C’est un choix politique, économique, et même philosophique.

Pourquoi la Terre accélère, et pourquoi ça nous concerne

La rotation de la Terre n’est pas stable. Elle varie selon des cycles naturels : les marées, les mouvements des masses d’eau, les variations du noyau terrestre. Mais depuis les années 2020, l’accélération est devenue plus marquée. En 2020, le jour le plus court jamais mesuré a duré 1,46 millisecondes de moins que les 24 heures standard (source : International Earth Rotation and Reference Systems Service, IERS).

Pourquoi ? Personne ne sait vraiment. Les théories vont des mouvements du noyau terrestre aux effets du réchauffement climatique (la fonte des glaces redistribue les masses, modifiant l’inertie de rotation). Mais une chose est sûre : nos horloges atomiques, elles, ne mentent pas. Elles sont trop précises. Et comme elles servent de référence mondiale (GPS, bourses, réseaux électriques), le décalage devient ingérable.

La seconde intercalaire, ce patchwork qui pourrit

Depuis 1972, on ajoute ou on retire une seconde intercalaire pour recaler l’heure atomique sur la rotation terrestre. Jusqu’ici, on en ajoutait. Parce que la Terre ralentissait naturellement (à cause des marées, notamment).

Mais depuis 2020, c’est l’inverse. La Terre accélère. Résultat : en 2023, on a dû supprimer une seconde. Une première depuis des décennies. Et si la tendance continue, il faudra en supprimer d’autres dans les années à venir.

Problème ? Cette seconde intercalaire, c’est un bordel.

  • Les systèmes informatiques ne sont pas faits pour ça. En 2012, une seconde intercalaire avait provoqué des bugs en cascade : Reddit, LinkedIn, Yelp, et même des systèmes bancaires avaient été perturbés. Certains serveurs ont mis des heures à se recaler.
  • Les GPS dépendent de cette précision. Une milliseconde de décalage, c’est déjà 300 mètres d’erreur sur une position. Imaginez avec une seconde.
  • Personne ne sait vraiment ce qui se passera si on supprime trop de secondes. Les algorithmes de trading haute fréquence, les réseaux électriques, les satellites… Tout repose sur une synchronisation parfaite.

La seconde intercalaire, c’est comme un pansement collé à la hâte : ça tient… jusqu’à ce que ça lâche.

Le vrai débat : et si on abandonnait la seconde intercalaire ?

Certains scientifiques proposent une solution radicale : supprimer purement et simplement la seconde intercalaire.

  • Pour. Les horloges atomiques sont stables. La rotation terrestre, non. Pourquoi forcer les systèmes à s’adapter à un phénomène imprévisible ? Si on arrête les ajustements, les jours seront progressivement plus courts… mais les horloges, elles, resteront fiables.
  • Contre. On perdrait la synchronisation avec le soleil. Les fuseaux horaires sont basés sur le cycle jour/nuit. Si on décale trop, les lever et coucher de soleil ne correspondraient plus à l’heure officielle.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut trancher.

La CGPM de Versailles cette semaine doit choisir. Mais les lobbies des télécoms, des marchés financiers, et même des observatoires astronomiques s’opposent. Les uns veulent garder le statu quo. Les autres, supprimer la seconde. Personne ne veut assumer les conséquences.

Ce qui se joue derrière : la fin d’un mythe

Le temps, on le croit universel. Mais il ne l’est pas.

  • Le temps atomique (celui des horloges) est une construction humaine, ultra-précise, indépendante de la Terre.
  • Le temps astronomique (celui du soleil) est chaotique, influencé par des phénomènes géophysiques.

On a toujours cru que ces deux temps pouvaient coexister. Mais aujourd’hui, la fracture est trop large.

Ce qui se passe à Versailles, ce n’est pas qu’une question de secondes. C’est la fin d’une illusion : celle d’un temps universel, stable, maîtrisé.

La Terre accélère. Nos horloges, elles, ne bougent pas.

Et c’est là que le vrai problème commence.

Et après ? Personne ne sait.

Les scénarios possibles :

  • On garde la seconde intercalaire, et on assume les bugs à répétition. Les systèmes informatiques devront s’adapter… mais à quel prix ?
  • On supprime la seconde, et on accepte que les jours raccourcissent progressivement. Les fuseaux horaires devront être revus. Les marchés financiers, eux, continueront à trader en millisecondes.
  • On invente un nouveau système, un compromis entre temps atomique et temps terrestre. Mais qui le financera ? Qui le gérera ?

Personne n’a de réponse claire.

Ce qui est sûr, c’est que notre rapport au temps est en train de muter.

On a toujours cru que le temps était une constante. Il ne l’est pas.

Et cette petite seconde intercalaire, c’est le premier signe que quelque chose de plus grand se joue.

La dernière question, celle qu’on ne pose pas

Si la Terre accélère, est-ce un hasard ?

Certains chercheurs évoquent un changement climatique accéléré comme facteur possible. Mais personne ne veut explorer cette piste.

Parce que si c’est le cas, ce n’est pas qu’une question d’horloges.

C’est une question de survie.

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R Galaxie Rédaction

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