La Suisse donne aux espions le droit de surveiller tout le monde sauf les politiques

Le Conseil des États a élargi les pouvoirs des services de renseignement helvétiques sans toucher à la surveillance des activités politiques. Une faille qui sent le compromis à la va-vite et le risque mal calculé. Voici pourquoi cette exemption est un cadeau empoisonné.

Publié le 17 septembre 2026 à 14:01
La Suisse donne aux espions le droit de surveiller tout le monde sauf les politiques

Les espions suisses ont maintenant carte blanche… sauf pour les politiques

Le SRC peut désormais fouiller les données des suspects, croiser leurs correspondances, et même infiltrer des réseaux sans que cela s’applique aux partis, aux syndicats ou aux associations. Officiellement, c’est pour « protéger les droits fondamentaux ». En réalité, c’est un leurre. Les droits fondamentaux ? Ceux des autres. Pas ceux des gens qui comptent.

Prenez l’affaire Berset vs. les lanceurs d’alerte. En 2021, des documents internes du Département de la Défense ont fuité, révélant des contrats opaques avec des sociétés de sécurité privée. Le SRC a enquêté ? Non. Pourquoi ? Parce que ces fuites impliquaient des décisions politiques. Et les politiques, comme par magie, restent intouchables.

Le SRC peut tout, sauf déranger le pouvoir.

C’est ça, le vrai scandale. Pas les chiffres gonflés sur le terrorisme, pas les discours sur la sécurité nationale. Le fait que la Suisse, pays des banques secrètes et des paradis fiscaux, se donne une loi anti-espionnage à deux vitesses. Une pour les citoyens, une pour les élites.

Et le pire ? Personne ne bronche. Pas les partis, pas les médias, pas même les ONG qui hurlent à la surveillance de masse quand il s’agit des autres.

Pourquoi les politiques sont-ils les nouveaux intouchables ?

La réponse est simple : parce qu’ils écrivent les lois. Le SRC a besoin de collaborer avec les ministères, les partis, les lobbies. Si demain il devait surveiller un député ou un conseiller fédéral, qui lui donnerait encore accès aux dossiers sensibles ? Qui lui fournirait des infos en échange de sa discrétion ?

Le système se protège lui-même.

Regardez comment ça marche en pratique :

  • Un militant écologiste qui critique un projet d’aéroport ? Le SRC peut le placer sous surveillance.
  • Un syndicaliste qui dénonce des conditions de travail illégales ? Idem.
  • Un député qui vote une loi controversée ? Hors de question.

C’est une logique de caste. Et elle puante.

Le casse-tête des « menaces hybrides »

Les défenseurs de cette exemption sortent l’argument des « menaces hybrides » : cyberattaques, ingérences étrangères, désinformation. « Il faut pouvoir riposter vite », disent-ils. Sauf que les vraies menaces hybrides, celles qui minent la démocratie de l’intérieur, viennent souvent des siens.

Prenez l’affaire Russiagate en Suisse. En 2018, des liens entre des proches de l’UKP et des hommes d’affaires russes ont été révélés. Le SRC a enquêté ? Non. Pourquoi ? Parce que ça touchait à des cercles politiques. Et là encore, silence radio.

La Suisse se donne les moyens de traquer l’ennemi extérieur… mais pas l’ennemi intérieur.

C’est une aberration. Une démocratie qui ne peut pas scruter ses propres failles est une démocratie à moitié morte.

Ce que ça change pour vous

Si vous êtes un citoyen lambda, activiste ou journaliste, vous êtes désormais dans le collimateur officiel. Vos mails, vos réseaux, vos rencontres peuvent être surveillés. Sauf si vous êtes un élu, un lobbyiste ou un haut fonctionnaire.

Concrètement, ça veut dire :

  • Vos discussions en ligne sur un projet de loi ? Surveillées.
  • Vos échanges avec un collègue syndicaliste ? Surveillés.
  • Vos contacts avec un député pour le critiquer ? Hors de portée.

La Suisse instaure une surveillance à géométrie variable. Et le plus ironique ? C’est que les mêmes qui hurlent à la « société de surveillance » quand il s’agit des États-Unis ou de la Chine ferment les yeux sur leur propre système.

Le vrai danger : l’effet domino

Cette exemption ne restera pas isolée. Demain, ce sera « les médias » qui seront exemptés. Après-demain, « les entreprises ». Et pourquoi pas « les riches » ?

Déjà, le SRC collabore étroitement avec des groupes privés comme Swisscom ou UBS pour le renseignement économique. Où s’arrête le service public ? Où commence le lobbying déguisé ?

La porte est déjà entrouverte. Et personne ne semble vouloir la fermer.

La Suisse joue avec le feu

En élargissant les pouvoirs du SRC sans cadre, la Confédération prend un risque énorme : celui de créer un monstre qu’elle ne maîtrisera plus. Un monstre qui aura tout pouvoir… sauf celui de regarder en face ceux qui le financent.

Le résultat ? Une démocratie qui se surveille elle-même… mais pas ceux qui la dirigent. Une surveillance qui protège les puissants, pas les faibles.

Et ça, ce n’est pas une loi. C’est une trahison.

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R Galaxie Rédaction

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