2024, la Suisse abandonne le podium de l'égalité

Le pays perd 10 places dans le classement du WEF. À ce rythme, il faudra 120 ans pour combler l'écart. Pourquoi personne ne s'en émeut vraiment ?

Publié le 17 septembre 2026 à 10:06
2024, la Suisse abandonne le podium de l'égalité

Le rapport du Forum économique mondial (WEF) est tombé comme un coup de massue : la Suisse, ce modèle social si souvent cité en exemple, recule de 10 places. Elle finit 27e sur 146 pays dans l’indice mondial sur l’égalité hommes-femmes. 27e. Pas 17e. Pas même 20e. On est loin des discours lisses sur la démocratie directe et l’équilibre parfait entre montagne et horloges suisse. Le pays qui se targue d’être un havre de stabilité et de justice sociale trébuche sur un détail : l’égalité, ça ne se décrète pas, ça se vit. Et visiblement, ça ne se vit plus très bien ici.

Le chiffre qui claque

120 ans. C’est le temps qu’il faudrait au rythme actuel pour combler l’écart entre les hommes et les femmes dans le monde. Trois ans de moins qu’en 2023, mais bon, quand on part de si haut, trois ans de mieux, c’est déjà une victoire… si on était en train de gagner. Sauf que non. La Suisse, elle, recule. Et pas qu’un peu. Elle était 17e en 2022, 15e en 2021. Maintenant, elle est 27e. Entre deux classements, le pays a perdu l’équivalent de ce qu’un pays comme le Canada ou la Norvège mettraient des années à rattraper.

Pourtant, les chiffres bruts, ça se discute. Le WEF mesure quatre critères : l’écart salarial, la participation économique, l’éducation et l’empowerment politique. La Suisse reste en tête pour l’éducation, les femmes y sont aussi diplômées que les hommes, voire plus. Mais c’est là que ça coince. Parce que diplômée ne veut pas dire utilisée. Une étude de l’Office fédéral de la statistique, publiée en 2023, montre que les femmes suisses gagnent en moyenne 19,6 % de moins que les hommes pour un travail équivalent. 19,6 %. Pas 5 %. Pas 10 %. Presque un cinquième de moins. Et ce n’est pas une question de secteur : même dans les métiers où les femmes sont majoritaires, santé, éducation, social, l’écart persiste. Pourquoi ? Parce que les postes à responsabilité, eux, restent majoritairement masculins. Et parce que les femmes suisses, malgré leurs diplômes, sont surreprésentées dans les emplois précaires, les temps partiels subis, et les métiers sous-payés.

Le mythe du pays modèle

On entend souvent dire que la Suisse est un pays où tout fonctionne. Où les institutions sont solides. Où la démocratie directe permet une justice sociale quasi parfaite. Sauf que l’égalité, ça ne se vote pas. Ça ne se décrète pas non plus.

Prenez le Conseil fédéral, ce gouvernement si souvent présenté comme l’arbre qui cache la forêt. Sur 7 membres, seulement 2 sont des femmes. Deux. Sur sept. Et encore, une de ces deux femmes, Viola Amherd, est ministre de la Défense, un poste où les stéréotypes de genre pèsent lourd. Le reste ? Économie, justice, affaires étrangères… des domaines où les hommes dominent encore. Et personne ne bronche. Personne ne dit : « Mais enfin, comment voulez-vous qu’on avance si même ceux qui nous gouvernent ne reflètent pas la société ? »

Et puis, il y a les entreprises. La Suisse, c’est aussi le pays des banques, des assurances, des multinationales. Or, dans ces secteurs, les femmes sont encore des exceptions. Une étude de l’Université de Saint-Gall, publiée en 2022, révélait que seulement 12 % des postes de direction dans les 200 plus grandes entreprises suisses étaient occupés par des femmes. Douze pour cent. En 2022. Pas en 1922. En 2022.

Le piège du confort

Alors pourquoi la Suisse recule-t-elle sans que ça ne fasse de vagues ? Parce que le pays se berce d’illusions.

D’abord, il y a le mythe de la neutralité. La Suisse, c’est le pays qui ne prend pas parti, qui reste en dehors des conflits. Sauf que l’égalité, ce n’est pas un conflit extérieur. C’est un combat interne. Et puis, il y a cette idée que les choses avancent toutes seules, parce que le système est juste. Sauf que non. Les lois sur l’égalité existent depuis les années 1990. La loi sur l’égalité salariale date de 1995. Et pourtant, en 2024, l’écart persiste.

Ensuite, il y a le piège du multiculturalisme. La Suisse se vante d’accueillir des travailleurs du monde entier. Sauf que ces travailleurs, souvent des femmes, sont cantonnés aux emplois les moins bien payés. Les aides à domicile, les infirmières, les femmes de ménage, des métiers où les Suisses, eux, ne veulent pas mettre les pieds. Et où les femmes étrangères, elles, n’ont pas les mêmes droits.

Enfin, il y a cette culture du consensus qui étouffe toute velléité de changement. En Suisse, on préfère discuter indéfiniment plutôt que de trancher. Résultat ? Les lois sur l’égalité sont souvent contournées, les sanctions sont rares, et les entreprises préfèrent payer des amendes symboliques plutôt que de changer leurs pratiques.

Ce qui ne change pas

Le pire, c’est que personne ne semble vraiment s’en soucier. Pas les partis politiques, pas les médias, pas même les associations féminines.

Pourquoi ? Parce que l’égalité, en Suisse, c’est un peu comme le fromage : tout le monde en parle, mais personne ne veut vraiment y toucher. On préfère se dire que les choses iront mieux demain.

Sauf que non. À ce rythme, dans 120 ans, les petites-filles des Suisses d’aujourd’hui auront peut-être les mêmes droits que leurs grands-pères.

La vraie question

Alors, la Suisse va-t-elle enfin se réveiller ? Probablement pas. Parce que le pays a une fâcheuse tendance à se regarder le nombril en se disant que tout va bien. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.

Et si personne ne fait rien, la Suisse va continuer à reculer.

Pas dans les classements touristiques. Pas dans ceux de la stabilité économique. Dans celui de l’égalité. Et ça, c’est une chute dont personne ne se remettra.

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R Galaxie Rédaction

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