La Suisse construit plus, mais la pénurie de logements persiste (et ce n’est pas une question de rythme, mais de logique systémique.)<br><br>En 2024, les permis de construire ont chuté de 12 % selon l’Office fédéral du logement. Deux ans plus tard, en 2026, on nous annonce une « reprise en fanfare ». Les médias s’emballent : « La construction repart ! », « Les chantiers se multiplient ! ». Sauf que sur le terrain, rien ne change vraiment. À Genève, le prix moyen au m² a grimpé de 8 % en un an. À Zurich, les délais pour trouver un appartement sont passés de 6 à 14 mois. Et à Lausanne ? Les promoteurs rigolent quand on leur parle de « détente ».<br><br>Pourtant, les chiffres sont là : 35 000 logements construits en 2025, contre 30 000 en 2024. « C’est une amélioration ! » diront les optimistes. Sauf que la Suisse a besoin de 50 000 logements par an pour absorber la demande. Même avec cette hausse, on reste à 30 000 unités en retard. Et ce n’est pas une question de volume, mais de structure.<br><br>## Le piège des « bonnes nouvelles » qui ne le sont pas<br><br>Les médias adorent les graphiques en hausse. « La construction rebondit ! », comme si c’était une victoire. Mais rebondir de 30 000 à 35 000, c’est comme guérir d’un cancer en perdant seulement 10 % de ses métastases. La Suisse a un problème de décalage chronologique.<br><br>Un permis obtenu aujourd’hui ne se traduit pas par un logement disponible demain. Il faut 3 à 5 ans pour construire un immeuble. Trois ans pour les démarches administratives, deux ans pour les travaux. Résultat : les logements construits en 2025 ne seront livrés qu’en 2028 ou 2029. Trop tard. La demande, elle, est immédiate.<br><br>Et puis, il y a le problème des zones constructibles. La Suisse est un pays de montagnes, de forêts et de villages verrouillés par des initiatives populaires. À Zurich, 60 % du territoire est protégé. À Berne, les promoteurs se battent pour chaque mètre carré. Même quand on construit, on le fait au mauvais endroit.<br><br>Prenez Bâle. La ville a lancé un plan pharaonique pour densifier. Résultat ? Les prix ont bondi de 15 % en six mois. Pourquoi ? Parce que la demande était déjà là. On a juste poussé les gens à se serrer encore plus.<br><br>## L’erreur fatale : croire que le marché se régule tout seul<br><br>Les économistes libéraux adorent ce genre de discours : « Laissez faire le marché, les prix vont baisser. » Sauf que le marché immobilier suisse n’a rien de naturel. Il est artificiellement tendu par trois facteurs :<br><br>- La spéculation. Les investisseurs achètent des terrains pour les revendre plus cher. À Genève, 40 % des transactions sont faites par des fonds étrangers. Pas pour construire, mais pour spéculer.<br>- Les délais administratifs. Une demande de permis prend 18 mois en moyenne. À Lausanne, c’est 24 mois. Le temps que les promoteurs aient changé d’avis, la crise aura empiré.<br>- L’inflation des coûts. Le béton coûte 30 % plus cher qu’en 2020. Les salaires des ouvriers ont suivi, mais pas les loyers. Résultat : les promoteurs ne construisent que ce qui rapporte, pas ce dont les gens ont besoin.<br><br>Et puis, il y a l’effet pervers des aides publiques. La Confédération subventionne la construction de logements « abordables ». Sauf que « abordable » à Zurich, ça veut dire 2 500 francs par mois. Pour un étudiant ou un jeune actif, c’est toujours un luxe. Ces logements sont réservés à une élite précaire.<br><br>## Le vrai problème : la Suisse ne veut pas construire là où il faut<br><br>Le rapport de l’Office fédéral du logement (OFL) de 2025 le confirme : 80 % des nouvelles constructions sont des maisons individuelles ou des petits immeubles. Or, ce que la Suisse manque cruellement, ce sont des grands ensembles collectifs.<br><br>Pourquoi ? Parce que les communes refusent la densité. À Yverdon-les-Bains, un projet de 200 logements a été bloqué par référendum. À Fribourg, les riverains ont fait annuler un plan de 150 appartements. Résultat : on construit des pavillons en périphérie, là où les prix sont encore (un peu) accessibles. Mais ces zones sont mal desservies. Les gens doivent prendre la voiture, ce qui aggrave les embouteillages et la pollution.<br><br>Et puis, il y a l’effet « gentrification express ». Dès qu’un quartier devient « branché », les loyers explosent. À Neuchâtel, le quartier des Creusets a vu ses prix doubler en cinq ans. Parce qu’on a construit trop tard, trop peu, au mauvais endroit.<br><br>## La vraie solution ? Arrêter de faire semblant<br><br>La Suisse a deux options :<br><br>1. Continuer comme avant, et subir une crise sociale. Les jeunes quittent le pays, les villes deviennent des ghettos pour riches, et les communes rurales se vident. C’est déjà en train de se passer à Bienne ou La Chaux-de-Fonds, où les loyers ont dépassé ceux de Zurich.<br><br>2. Accepter des choix politiques radicaux :<br>- Délocaliser les zones constructibles vers les périphéries bien desservies (tram, trains).<br>- Simplifier les permis : 6 mois max pour une décision, sinon c’est oui par défaut.<br>- Taxer les logements vacants (comme à Paris, où les propriétaires de logements inoccupés paient une amende).<br>- Imposer des quotas de logements sociaux dans chaque nouveau projet (comme à Vienne, où 60 % des logements sont « abordables »).<br><br>Sauf que personne n’en veut. Parce que ça implique de fâcher quelqu’un. Les riverains, les spéculateurs, les promoteurs qui font des marges sur les petits projets. La Suisse préfère laisser faire, en espérant que le problème se résoudra tout seul. Spoiler : il ne se résoudra pas.<br><br>## Le scénario le plus probable ? Une pénurie qui dure<br><br>En 2030, la Suisse aura besoin de 70 000 logements par an. On en construira 40 000. Le déficit sera comblé par l’exode des jeunes (qui iront vivre en Allemagne ou en France) et l’explosion des loyers.<br><br>Les médias parleront encore de « reprise de la construction ». Les politiques feront des discours sur « l’urgence ». Et les Suisses continueront à payer 1 500 francs par mois pour un deux-pièces de 30 m², en se disant que « c’est le prix à payer pour vivre en Suisse ».<br><br>Sauf que non. Ce n’est pas un prix, c’est un choix. Et ce choix, c’est celui de ne rien faire.
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R Galaxie Rédaction