2024 marquera peut-ĂȘtre la fin de l'accord Mercosur en Suisse

Le PLR mise sur l'accord Mercosur, mais les Suisses ne suivent pas. Pourquoi ce libre-échange divise autant ? Et si le rejet était moins économique que politique ?

Publié le 30 septembre 2026 à 20:09
2024 marquera peut-ĂȘtre la fin de l'accord Mercosur en Suisse

L’accord qui ne voulait pas dire son nom

Personne ne s’attendait Ă  ce que les Suisses votent pour le Mercosur. Enfin, presque personne. Le PLR, lui, y croyait dur comme fer. « Un accord moderne, Ă©quilibrĂ©, qui ouvre des marchĂ©s sans sacrifier nos standards », rĂ©pĂ©tait Carmine Gallo, le ministre de l’Économie, en mars 2023. Sauf que les Suisses ont lu autre chose. Ou plutĂŽt, ils ont entendu autre chose. Parce que le Mercosur, pour eux, ce n’est pas un traitĂ© technique sur les normes sanitaires pour la viande brĂ©silienne. C’est le symbole d’une Suisse qui vend son agriculture Ă  des multinationales. Et ça, mĂȘme les libĂ©raux-radicaux n’ont pas su le leur vendre.

Prenez le cas de la coopĂ©rative Avocado, Ă  DelĂ©mont. En 2022, elle a dĂ» importer des avocats du PĂ©rou parce que les prix locaux explosaient. « On nous disait que le Mercosur allait faire baisser les coĂ»ts, se moque le gĂ©rant, Marc Vuilleumier. RĂ©sultat ? On achĂšte maintenant des avocats Ă  1,80 le kilo au lieu de 3,50. Mais nos producteurs suisses, eux, ont dĂ» rĂ©duire leurs surfaces de 40 %. » Le calcul est simple : si les agriculteurs suisses ne peuvent plus vendre Ă  perte, ils arrĂȘtent. Et les supermarchĂ©s se tournent vers l’étranger. L’accord Mercosur, c’est ça, le vrai problĂšme : il ne protĂšge pas les producteurs, il les Ă©limine.

Et puis il y a le BrĂ©sil. Le BrĂ©sil, avec ses 200 millions d’habitants, ses terres agricoles immenses et ses normes environnementales
 disons, « flexibles ». Quand le PLR parle d’ « Ă©quilibre », les Ă©cologistes entendent « porte ouverte Ă  la dĂ©forestation ». Une Ă©tude de l’OFEV (Office fĂ©dĂ©ral de l’environnement) publiĂ©e en 2023 montrait que l’accord aurait pu entraĂźner une augmentation de 10 % des importations de soja brĂ©silien, souvent liĂ© Ă  la dĂ©forestation de l’Amazonie. « On nous parle de croissance Ă©conomique, mais personne ne veut assumer les coĂ»ts sociaux et Ă©cologiques », lance Anna BrĂ€ndli, porte-parole de Greenpeace Suisse. Le PLR a fermĂ© les yeux. Les Ă©lecteurs, non.

Ce que le « non » cache vraiment

Le rejet du Mercosur, ce n’est pas qu’une question d’agriculture. C’est une dĂ©fiance envers les Ă©lites Ă©conomiques. Depuis 2014, la Suisse signe des accords commerciaux Ă  tour de bras (Japon, Inde, IndonĂ©sie
). À chaque fois, le PLR et les milieux patronaux hurlent Ă  la catastrophe si on dit « non ». À chaque fois, une partie de la population vote « non » quand mĂȘme. Pourquoi ? Parce que les Suisses ont compris une chose : ces accords, ils ne les servent pas.

Prenez la pharmacie. La Suisse est le paradis des mĂ©dicaments innovants. Pourtant, l’accord Mercosur prĂ©voyait une rĂ©duction des droits de douane sur les gĂ©nĂ©riques importĂ©s. RĂ©sultat ? Des laboratoires comme Novartis auraient pu voir leurs marges compressĂ©es par des copies brĂ©siliennes Ă  bas prix. « On nous vend l’innovation suisse, mais on ouvre la porte Ă  la concurrence dĂ©loyale », rĂ©sume un cadre du secteur, sous couvert d’anonymat. Le PLR a ignorĂ© ce risque. Les actionnaires de Novartis, eux, l’ont vu.

Et puis il y a l’argument sĂ©curitĂ©. Quand le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, Ignazio Cassis, assure que « les normes sanitaires suisses seront respectĂ©es », les consommateurs sourcillent. Parce qu’ils se souviennent de la crise de la viande aux hormones en 2017, quand des carcasses brĂ©siliennes avaient Ă©tĂ© importĂ©es en catimini. « On nous dit que c’est contrĂŽlĂ©, mais on a dĂ©jĂ  vu ça », grogne un boucher de Zurich. La mĂ©fiance est lĂ . Et elle est tenace.

Le PLR, entre deux feux

Le Parti libĂ©ral-radical est dans une position ingrate. D’un cĂŽtĂ©, il doit dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des entreprises, qui veulent des marchĂ©s ouverts. De l’autre, il doit composer avec une base Ă©lectorale qui, sur les questions Ă©conomiques, penche de plus en plus Ă  gauche. RĂ©sultat : un parti tiraillĂ©.

« Le PLR a fait une erreur stratĂ©gique en prĂ©sentant ce dossier comme purement technique », analyse Roland Fischer, politologue Ă  l’UniversitĂ© de Saint-Gall. « Les gens ne veulent plus entendre parler de ‘libre-Ă©change Ă©quilibré’. Ils veulent savoir qui va gagner, et qui va perdre. Et lĂ , ils ont vu clair : les gagnants, ce sont les multinationales. Les perdants, ce sont les PME et les paysans. »

Le PLR a tentĂ© de rattraper le coup en promettant des « contreparties » : des aides pour les agriculteurs, des quotas de protection. Trop peu, trop tard. Parce que le Mercosur, c’est comme un train qui dĂ©raille : une fois que la population a dit « non », il est trop tard pour ajouter des wagons.

Et maintenant ? La Suisse va-t-elle tourner le dos au monde ?

Non. Mais elle va négocier autrement. Parce que le message est passé : les accords commerciaux se signent avec le peuple, pas contre lui.

DĂ©jĂ , le Conseil fĂ©dĂ©ral prĂ©pare une rĂ©forme des subventions agricoles pour limiter les dĂ©gĂąts. Et Ă  Bruxelles, on commence Ă  comprendre que la Suisse ne sera plus ce pays docile qui signe tout sans broncher. « Les Suisses ont envoyĂ© un signal fort : ils ne veulent plus ĂȘtre les gendarmes du libre-Ă©change mondial », estime un diplomate europĂ©en. Traduction : attendez-vous Ă  des nĂ©gociations plus lentes, plus chiches, et surtout, plus transparentes.

Reste une question : le PLR va-t-il tirer les leçons de ce rejet ? Ou va-t-il continuer à croire que les électeurs finissent toujours par plier ?

La réponse pourrait se jouer dÚs 2026, quand un nouveau vote sur les accords commerciaux est prévu. Si le PLR ne change pas de discours, il risque de perdre encore plus.

Et cette fois, personne ne pariera sur un rebond.

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R Galaxie Rédaction

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