en réunion. « C’est devenu un suicide politique. »
Troisième raison, et pas des moindres : les régulateurs ferment les yeux. Les subventions publiques, censées compenser le manque de private equity, se raréfient. La Commission européenne a recentré ses aides sur l’IA et les technologies critiques. En France, France 2030 a alloué 1,5 milliard d’euros aux énergies vertes… mais 3 milliards à la souveraineté industrielle, dont une bonne partie ira dans la défense. « On nous dit : ‘Faites des licornes.’ Mais les licornes, ça ne nourrit pas les gens », tacle un entrepreneur du solaire, qui a dû licencier 20% de ses équipes.
Ce que ça signifie pour l’économie réelle
Les conséquences sont déjà visibles. En Allemagne, 12 000 emplois dans les énergies renouvelables ont disparu entre 2022 et 2023, selon l’association Bundesverband Erneuerbare Energien. En Inde, où les start-up à impact étaient un modèle, 40% des levées ont séché depuis l’arrivée de ChatGPT. « On nous parle toujours de ‘transition juste’, mais qui paie pour la justice, au final ? » demande une fondatrice de ReNew Power, une boîte indienne qui développe des micro-réseaux solaires en milieu rural.
Le pire ? Ce déséquilibre creuse les inégalités. Les secteurs porteurs de l’IA et de la défense sont majoritairement masculins, urbains et concentrés dans quelques métropoles. Ceux de l’impact ? Ils sont souvent ruraux, féminisés et portés par des entrepreneurs sans réseau. « Un fondateur de start-up militaire a plus de chances d’être invité à un dîner chez un ministre qu’un agriculteur qui invente une nouvelle technique de permaculture », observe une analyste de Novethic. Résultat : les inégalités d’accès au capital se transforment en inégalités territoriales.
Pourquoi personne ne bronche
Pourtant, les signaux d’alerte sont partout. En 2023, le Global Impact Investing Network (GIIN) a publié un rapport alarmant : les investissements à impact ont reculé de 30% en un an, alors que les besoins en financement pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) ont explosé. « Nous sommes en train de sacrifier les ODD sur l’autel des licornes », a averti son directeur, Amit Bouri. Mais qui écoute ?
Les médias ? Ils couvrent les levées records de Mistral AI ou de Palantir, mais à peine les plans sociaux de Sylfen, une start-up française de l’hydrogène vert. Les politiques ? Ils parlent de « résilience industrielle », mais sans jamais citer le mot « impact ». Les investisseurs ? Ils attendent que les cours montent.
Il y a bien quelques contre-exemples. Breakthrough Energy Ventures, le fonds de Bill Gates, a injecté 2 milliards de dollars dans des projets climatiques. Y Combinator a lancé un fonds dédié à l’agriculture régénérative. Mais ce sont des exceptions. La tendance globale ? L’impact se noie dans le bruit.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer
Le plus ironique, c’est que les mêmes qui critiquent le court-termisme des marchés le pratiquent eux-mêmes. Les fonds d’impact qui ferment leurs portes ? Ils justifient leur retraite par « l’absence de liquidité ». Les États qui réduisent leurs subventions ? Ils invoquent « la crise budgétaire ». Les entrepreneurs qui abandonnent ? Ils parlent de « réalisme ».
Mais le réalisme, c’est de regarder les chiffres. Selon l’Impact Management Project, seulement 2% des financements mondiaux vont vers des projets qui ont un impact mesurable sur les inégalités ou l’environnement. 2%. Deux pour cent. Alors que 80% des emplois futurs dépendront de la transition écologique et sociale, selon l’OCDE.
Alors oui, les chevaux de trait ne font pas de buzz. Mais sans eux, qui va tirer la charrue ?
La réponse, c’est personne. Parce que les licornes, elles, ne servent à rien si personne ne cultive le champ.