SpaceX et Tesla unissent leurs forces sous Musk.

Une fusion entre SpaceX et Tesla ? Elon Musk en parle sans filtre, mais les actionnaires, les régulateurs et même les ingénieurs ont des raisons de s’inquiéter. Voici pourquoi cette idée, aussi géniale qu’elle paraisse, cache des pièges bien réels.

Publié le 21 octobre 2026 à 16:02
SpaceX et Tesla unissent leurs forces sous Musk.

Pourquoi Musk veut fusionner deux géants qui n’ont rien à voir ensemble

SpaceX, c’est l’espace. Tesla, c’est les voitures électriques. Les deux entreprises partagent un PDG, Elon Musk, mais pas grand-chose d’autre. Pourtant, le milliardaire a lâché l’idée d’une fusion entre les deux, comme ça, en passant, lors d’une vidéo en ligne mardi. Pas de communiqué, pas de plan détaillé, juste une phrase balancée en marge des résultats trimestriels de SpaceX : « Une fusion entre Tesla et SpaceX ? Pourquoi pas ? ».

Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un casse-tête stratégique, juridique et même technologique. Les deux entreprises ont des cultures, des marchés et des enjeux tellement différents que les faire se marier relève presque de l’exercice de style. Sauf que Musk, lui, y croit. Et quand il y croit, les autres suivent. Enfin, pas toujours.

Un marché qui ne veut pas de cette fusion

Les actionnaires de Tesla ont déjà réagi. Pas avec enthousiasme. Lors de l’assemblée générale de mai 2023, plusieurs investisseurs avaient posé des questions sur les synergies possibles entre les deux entreprises. La réponse de Musk ? « Il n’y a pas de synergie immédiate, mais à long terme, ça pourrait avoir du sens. » Traduction : « On verra plus tard, là on a d’autres priorités. »

Sauf que les marchés, eux, ne voient pas l’intérêt. Tesla vaut aujourd’hui près de 400 milliards de dollars (capitalisation boursière en juin 2024), SpaceX environ 180 milliards (estimation basée sur les dernières levées de fonds et valorisations privées). Les fusionner ne créerait pas de valeur immédiate. Au contraire : les analystes de Goldman Sachs (rapport interne, mai 2024) estiment qu’une telle opération diluerait la rentabilité de Tesla sur au moins 3 à 5 ans, le temps de trouver des économies d’échelle qui n’existent pas encore.

Et puis, il y a le problème des actionnaires minoritaires. Tesla est une société cotée, SpaceX une entreprise privée. Pour fusionner les deux, il faudrait soit que SpaceX s’ouvre au marché (et donc se soumette à des contraintes réglementaires bien plus lourdes), soit que Tesla rachète SpaceX en entier. Dans les deux cas, Musk devrait lâcher du lest sur son contrôle absolu. Or, c’est précisément ce qu’il refuse de faire depuis des années.

Les régulateurs vont-ils bloquer l’opération ?

Si la fusion se concrétisait, elle tomberait sous le coup des lois antitrust. Aux États-Unis, le Department of Justice (DoJ) et la FTC (Federal Trade Commission) surveillent déjà de près les concentrations dans le secteur technologique. Une fusion Tesla-SpaceX poserait plusieurs problèmes :

  • Contrôle des batteries : Tesla domine déjà le marché des batteries pour véhicules électriques. Si SpaceX (qui développe ses propres batteries pour les Starship et les systèmes de stockage d’énergie) venait s’ajouter à l’équation, les régulateurs pourraient craindre un monopole déguisé sur les technologies critiques.
  • Accès aux lanceurs : SpaceX est le seul acteur privé capable de lancer des satellites à bas coût. Si Tesla contrôlait aussi cette infrastructure, les concurrents (comme Blue Origin ou même des États étrangers) pourraient se sentir menacés.
  • Subventions publiques : SpaceX bénéficie déjà de contrats juteux avec la NASA et l’US Air Force. Une fusion avec Tesla (qui, elle, ne dépend pas directement des fonds publics) pourrait soulever des questions sur les conflits d’intérêts. En 2022, un audit du Government Accountability Office (GAO) avait déjà pointé du doigt les risques de favoritisme dans l’attribution des contrats spatiaux à SpaceX.

Bref, les régulateurs ont de quoi s’inquiéter. Et si Musk pense que son aura suffira à les convaincre, il se trompe. Les affaires, ça se joue aussi avec des paperasses.

Les ingénieurs, eux, ont peur des retards

Derrière les chiffres et les lois, il y a les équipes. Et là, les choses se compliquent.

SpaceX et Tesla fonctionnent selon des logiques opposées. À SpaceX, l’innovation prime sur les profits : les ingénieurs travaillent 80 heures par semaine sur des projets comme Starship, avec des échecs publics (comme les explosions en vol) assumés comme partie du processus. À Tesla, la pression est différente : il faut livrer des voitures à temps, respecter les coûts, et Musk lui-même a admis en interne que « les retards sur les modèles Y et 4680 ont failli couler l’entreprise ».

Si les deux structures fusionnaient, qui l’emporterait ? La culture SpaceX, où l’échec est une étape, ou celle de Tesla, où l’échec est un risque pour l’emploi ? Les rumeurs internes (reprises par des employés ayant quitté les deux boîtes) laissent penser que les équipes Tesla craindraient une « dilution de leur expertise » au profit des « rêves spatiaux de Musk ». À l’inverse, les ingénieurs de SpaceX voient d’un mauvais œil l’idée de devoir justifier leurs choix devant des actionnaires plus sensibles aux dividendes qu’aux fusées.

Et puis, il y a le problème des talents. Tesla peine déjà à recruter des ingénieurs en IA et en robotique. Si une partie de ses ressources était détournée vers des projets spatiaux (comme la production de moteurs Raptor pour Starship), les retards sur les voitures électriques pourraient s’accumuler. Or, c’est justement ce que les actionnaires ne veulent pas voir.

Musk joue-il vraiment la carte de la rationalité ?

Alors, pourquoi Musk en parle ? Plusieurs hypothèses, aucune très rassurante.

  1. La pression des créanciers : Tesla est endettée à hauteur de 15 milliards de dollars (dette nette en 2024). Une fusion avec SpaceX pourrait servir à mutualiser certaines dettes, mais aussi à donner à Tesla un actif (les lanceurs spatiaux) qui pourrait servir de garantie en cas de crise. Sauf que SpaceX, elle, n’a pas de dettes… donc ça ne résout rien.

  2. Le contrôle total : Musk détient déjà 22 % de Tesla et 42 % de SpaceX (via ses parts directes et indirectes). Une fusion lui permettrait de centraliser encore plus le pouvoir, au détriment des actionnaires minoritaires. En 2022, il avait déjà tenté de prendre le contrôle total de Twitter (devenu X) en rachetant des actions massivement. Résultat ? Une dette colossale et une entreprise en crise. L’histoire pourrait se répéter.

  3. Le rêve ultime : une civilisation multiplanétaire : Musk ne cache pas son obsession pour la colonisation de Mars. Une fusion Tesla-SpaceX lui donnerait les moyens de produire en masse des vaisseaux spatiaux… mais aussi les voitures qui serviraient de base à ces vaisseaux. Sauf que pour l’instant, aucune de ses entreprises n’est rentable. Starship coûte des milliards et ne rapporte rien. Les voitures Tesla, elles, sont à la peine sur le marché chinois et européen. Fusionner les deux, ce serait comme essayer de sauver un bateau qui prend l’eau en le reliant à un autre qui coule.

Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux

Le plus inquiétant, c’est que personne ne semble vraiment s’opposer à cette idée. Les actionnaires de Tesla ont trop peur de perdre leur mise. Les régulateurs attendent de voir ce que Musk va faire ensuite. Et les médias ? Ils reprennent ses déclarations sans les décortiquer.

Pourtant, une fusion Tesla-SpaceX, ce n’est pas une simple opération financière. C’est un pari sur l’avenir de deux industries entières. Et si Musk gagne, ce sera parce qu’il aura pris un risque que personne n’osait imaginer. S’il perd, ce seront les actionnaires et les employés qui paieront.

Alors, bonne idée ? Peut-être. Mais pas pour les raisons qu’on croit.

La vraie question n’est pas « Est-ce que ça va marcher ? » mais « Qui va payer l’addition ? »

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R Galaxie Rédaction

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