Le Soudan s’enfonce dans une famine silencieuse

Entre guerre civile et sécheresse aggravée par El Niño, le Soudan bascule vers une crise alimentaire majeure. Les ONG alertent : sans action immédiate, des millions risquent de mourir. Pourquoi personne ne semble prêt à agir ?

Publié le 13 octobre 2026 à 08:06
Le Soudan s’enfonce dans une famine silencieuse

Le Soudan s’enfonce dans une famine silencieuse

En ce moment même, dans les camps de déplacés du Darfour, des enfants de moins de cinq ans meurent de faim. Pas par manque de nourriture quelque part, mais parce que les convois humanitaires ne passent plus. Les routes sont minées. Les milices bloquent les accès. Et personne ne force vraiment le passage.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) vient de le confirmer : le Soudan est au bord de la famine. Pas dans trois mois, pas dans un an. Maintenant. La sécheresse liée à El Niño a asséché les récoltes, et la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) a tout détruit sur son passage. Les prix du blé ont explosé, plus de 400 % depuis 2023, selon les données du PAM. Résultat : les familles dépensent leurs dernières économies pour un sac de farine qui ne nourrit même pas la moitié de leur foyer.

Et pourtant, on en parle peu. Pourquoi ? Parce que le Soudan, ce n’est pas la Syrie en 2012. Ce n’est pas l’Ukraine en 2022. C’est une crise qui s’installe sans faire de bruit, sans images choc de colonnes de réfugiés traversant l’Europe. Juste des millions de gens qui disparaissent, lentement, dans l’indifférence.

Les milices mangent les stocks avant les civils

À Khartoum, les entrepôts de céréales sont pillés. Pas par la faim, mais par les combats. Les FSR contrôlent une partie de la capitale, et quand elles ne tirent pas, elles volent. Les camions de vivres sont détournés vers les marchés noirs. Les prix flambent. Les gens creusent la terre pour trouver des racines comestibles.

Le PAM a prévenu : sans livraisons massives d’ici juin, 25 millions de personnes seront en situation de famine aiguë. Soit près d’un Soudanais sur deux. Mais comment livrer quand les belligérants se tirent dessus ? Quand les avions humanitaires sont abattus ? Quand les ONG évacuent leurs équipes ?

À Port-Soudan, sur la mer Rouge, les derniers bateaux attendent. Avec à leur bord des tonnes de nourriture. Mais les dockers font grève. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas été payés depuis des mois. Le pays est à l’arrêt. Même l’argent ne circule plus.

El Niño, ce coup de massue climatique

La sécheresse n’est pas une surprise. Elle était annoncée. El Niño, ce phénomène météorologique qui réchauffe les océans, a tout accéléré. Les pluies ont chuté de 60 % dans certaines régions, selon le rapport du World Weather Attribution. Les puits sont à sec. Le bétail meurt. Les éleveurs, qui représentaient 30 % de l’économie rurale, se retrouvent sans revenus.

Pourtant, personne ne parle de climat au Soudan. Personne ne dit : « Et si on arrêtait de se tirer dessus cinq minutes pour creuser des puits ? » Non. La guerre continue. Parce que les généraux ont besoin de leurs soldats, et les soldats ont besoin de manger. Sauf que les soldats, aujourd’hui, c’est aussi les civils avec leurs kalachnikovs improvisés.

Le gouvernement de transition ? Dissous. L’autorité centrale ? Inexistante. Les FSR et l’armée se partagent le pays comme un gâteau pourri. Et dans ce gâteau, les plus faibles sont les premiers à avoir la bouche sèche.

L’ONU divisée, les pays riches indifférents

Le Conseil de sécurité de l’ONU débat. Encore. Depuis des mois. Les résolutions s’accumulent, les condamnations aussi. Mais les sanctions ? Non. L’envoi de troupes ? Non. Pourquoi ? Parce que la Chine et la Russie bloquent tout. La Chine, qui soutient les FSR, et la Russie, qui vend des armes à tout le monde, y compris aux deux camps.

Les États-Unis et l’Europe ? Ils financent les ONG, mais sans pression réelle. Sans embargo sur les armes. Sans menace crédible. Résultat : le Soudan est le pays où le plus de crimes de guerre sont commis depuis 2023, selon Human Rights Watch. Mais qui s’en soucie ?

Prenez la France. Elle a évacué ses ressortissants. Elle a fermé son ambassade. Elle ne veut pas entendre parler de ce conflit. Pourtant, des Français vivent encore là-bas. Des humanitaires, des journalistes. Mais Paris préfère regarder ailleurs. Comme si le Soudan était une affaire africaine, pas mondiale.

Ce que personne ne dit sur les déplacés

Les chiffres officiels ? 8 millions de déplacés internes. Soit l’équivalent de la population de la Belgique, entassée dans des camps de fortune. Sans toilettes. Sans eau potable. Avec des maladies qui se propagent comme une traînée de poudre.

À El Geneina, dans le Darfour, les hôpitaux manquent de tout. Les médecins opèrent avec des lampes torches parce qu’il n’y a plus d’électricité. Les femmes meurent en couches faute de sérum physiologique. Les enfants, eux, meurent de diarrhée parce qu’ils boivent une eau croupie.

Et les médias ? Ils montrent les images des camps, mais rarement les causes. Rarement le lien entre la guerre, le climat et la famine. Comme si c’était trois problèmes séparés. Alors que non. C’est un seul et même cercle vicieux.

La vraie question : et après ?

Le Soudan va-t-il devenir le prochain État failli du Sahel ? Un nouveau Yémen, mais en pire ? Personne ne sait. Personne ne veut y aller voir. Parce que c’est long, compliqué, et que les solutions sont rares.

La famine arrive. Pas dans six mois. Maintenant. Et quand elle sera là, il sera trop tard pour parler de « responsabilité de protéger ». Il ne restera plus que des cadavres et des regrets.

Alors oui, le Soudan s’enfonce. Mais ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Celui de regarder ailleurs.

Et ça, c’est intolérable.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Le Soudan s’enfonce dans une famine silencieuse | R Galaxie