Sophie Adenot est de retour. Pas en héros, pas en pionnière, mais en astronaute de plus dans une liste qui s’allonge. Six mois dans l’ISS, 230 jours à tourner autour de la Terre, et puis l’amerrissage, jeudi 8 octobre, au large de la Californie. La capsule Dragon de SpaceX a fait son travail : elle a ramené les quatre membres de la mission Epsilon, dont la Française, sains et saufs. Mais ça, on le savait déjà avant qu’ils ne décollent.
Ce qui compte, c’est ce que ça ne change pas. L’Europe spatiale, encore une fois, a raté son coup. Pas faute de vouloir. Faute de moyens, de stratégie, de cohérence. Sophie Adenot, première Française à voler dans une capsule SpaceX, est un symbole. Un symbole creux. Parce que derrière elle, l’Europe continue de trimballer ses rêves spatiaux comme un fardeau.
Un retour qui ne bouge pas les lignes
SpaceX, encore. Toujours SpaceX. Depuis des années, l’Europe parle de son programme Ariane, de ses ambitions autonomes, de sa fierté industrielle. En réalité, elle dépend. Quand ses astronautes veulent aller dans l’espace, ils montent dans des fusées américaines. Quand ils reviennent, c’est dans des capsules américaines. Même les combinaisons spatiales, elles les achètent à l’Amérique. L’ESA dépense des milliards pour garder une illusion d’indépendance, pendant que les États-Unis et la Chine construisent leurs bases lunaires.
Sophie Adenot, elle, a volé avec SpaceX. Pas par choix, mais par défaut. Parce qu’Ariane 6, la fusée européenne censée remplacer les vieilles Ariane 5, traîne depuis des années. Son premier vol commercial n’est prévu qu’en 2024. Trop tard. Les États-Unis ont déjà deux ans d’avance. La Chine aussi. Et pendant ce temps, l’Europe tergiverse.
L’illusion des records
On va nous dire que Sophie Adenot est la première Française à voler dans une capsule Dragon. Oui, et alors ? C’est comme si on célébrait le premier Français à prendre un Ryanair parce qu’Air France a mis deux ans à livrer ses nouveaux avions. Le problème n’est pas le pilote, c’est le taxi.
L’ESA (Agence Spatiale Européenne) a annoncé en 2022 un budget record : 16,9 milliards d’euros pour 2023-2027. Sauf que ces milliards partent en fumée. Entre les retards d’Ariane 6, les reports du module de service européen pour la mission Artemis, et les discussions sans fin sur qui va financer quoi, l’Europe spatiale ressemble à un navire sans capitaine.
Prenez le chiffre : seulement 7 % du budget de l’ESA est dédié à l’exploration humaine. Le reste ? Satellites, télécommunications, science. Pas de budget pour aller plus loin que l’orbite basse. Pendant ce temps, la NASA et SpaceX parlent déjà de missions habitées vers Mars. L’Europe, elle, discute encore pour savoir si elle doit envoyer un Européen sur la Lune en 2025.
Le vrai problème : l’Europe n’a pas de plan
Sophie Adenot a passé six mois dans l’ISS. Bravo. Mais qu’est-ce que ça apporte ? À part des photos de la Terre prises depuis l’espace et quelques expériences scientifiques, qu’est-ce qui change ? Rien. Parce que l’Europe n’a pas de vision. Pas de stratégie claire. Pas de calendrier réaliste.
Voilà ce qu’on ne dit pas : l’ISS ferme en 2030. Après ça, quoi ? L’Europe va continuer à payer pour envoyer ses astronautes dans des capsules américaines ? Ou elle va se réveiller et construire quelque chose par elle-même ?
Pourtant, les signes sont là. En 2023, l’ESA a enfin signé un accord avec SpaceX pour envoyer des astronautes européens vers la Lune. Un accord. Pas un programme. Pas une usine. Pas une fusée européenne. Juste un chèque à Elon Musk.
Ce que personne ne veut admettre
L’Europe spatiale est un échec organisé. Un échec qu’on célèbre comme une victoire.
- On applaudit quand un Européen va dans l’espace, sans jamais demander pourquoi il y va avec une fusée américaine.
- On parle d’autonomie, sans jamais financer les moyens de l’atteindre.
- On promet des missions lunaires, sans jamais préciser comment on va y arriver.
Sophie Adenot a fait son boulot. Mais son retour ne change rien à l’essentiel : l’Europe reste un nain spatial.
La prochaine fois, ce sera pire
Dans cinq ans, quand l’ISS sera fermée, l’Europe aura deux options :
- Continuer à payer SpaceX pour envoyer ses astronautes en orbite basse, comme des touristes.
- Se lancer dans un programme lunaire sérieux, avec des fusées européennes, des bases, une vraie présence.
Spoiler : ce sera la première.
Parce que c’est plus facile. Parce que c’est moins risqué. Parce que personne ne veut assumer les coûts et les échecs d’un vrai programme spatial. Alors on reste dans le confort des capsules louées, des photos Instagram et des discours sur l’autonomie.
Sophie Adenot a amerri. L’Europe, elle, n’a même pas encore décollé.