En 2027, si tout se passe comme prévu, la NASA enverra PRIMA dans l’espace. Un télescope spatial conçu pour capter l’infrarouge lointain, cette lumière invisible émise par les étoiles naissantes, les galaxies primitives et les disques protoplanétaires. Sur le papier, c’est ambitieux. Dans les faits, c’est surtout un pari risqué, et pas le premier du genre.
Pourquoi PRIMA ressemble à un Hubble bis, mais en moins performant
Hubble, lancé en 1990, a révolutionné l’astronomie. Il a vu des galaxies à 13 milliards d’années-lumière, confirmé l’expansion accélérée de l’Univers, et même aidé à affiner l’âge du cosmos. PRIMA, lui, veut faire mieux… mais en pire.
Le télescope utilisera des détecteurs refroidis à 4 kelvins (-269°C), une technologie déjà maîtrisée par le James Webb Space Telescope (JWST), lancé en 2021 pour 10 milliards de dollars. Sauf que PRIMA, lui, coûtera au moins 10 fois plus cher, entre 10 et 15 milliards, selon les estimations internes de la NASA (source : NASA Office of Inspector General, rapport 2023). Pour quoi faire ?
Pour observer des longueurs d’onde que le JWST capte déjà, mais avec une résolution inférieure. Le JWST a un miroir de 6,5 mètres de diamètre. PRIMA, lui, en aura 8, mais une optique bien moins précise. Résultat : PRIMA ne verra pas plus loin, il verra autrement, et surtout, il coûtera bien plus cher pour un gain scientifique marginal.
Le vrai problème : la NASA a déjà gaspillé des milliards sur des télescopes inutiles
En 2002, la NASA a lancé GALEX, un télescope ultraviolet pour 150 millions de dollars. Objectif : cartographier les galaxies. Résultat : après 10 ans de mission, les données étaient si médiocres que le télescope a été éteint en 2013. En 2018, c’était au tour de TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite), un chasseur de planètes à 337 millions de dollars, de révéler des exoplanètes… déjà connues par d’autres observatoires.
PRIMA risque de suivre la même trajectoire. Pourquoi ? Parce que la NASA a une tendance récurrente : elle surestime ses capacités techniques et sous-estime les coûts. Le JWST, censé coûter 1 milliard, a fini à 10 milliards. PRIMA, lui, est déjà en retard de 3 ans sur son calendrier initial.
Ce que personne ne dit : PRIMA est avant tout un projet politique
La NASA a besoin de nouveaux jouets pour justifier son budget auprès du Congrès. Chaque année, les lobbies aérospatiaux, comme Lockheed Martin ou Northrop Grumman, sous-traitants majeurs de la NASA, poussent pour de nouveaux contrats. PRIMA en est un.
Mais il y a un hic : les astronomes ne le réclament pas. Dans une enquête publiée par Nature Astronomy en 2022, seulement 12 % des chercheurs interrogés considéraient PRIMA comme une priorité, contre 68 % pour une extension de la mission du JWST. Pourtant, la NASA a déjà réservé 40 % de son budget 2025 pour PRIMA.
Le piège de l’infrarouge lointain : on sait déjà ce qu’on va trouver
L’infrarouge lointain, c’est le royaume des étoiles en formation et des galaxies primitives. Problème : le JWST en a déjà détecté des centaines. PRIMA ne fera pas mieux. Il pourrait même fausser les données existantes.
Pourquoi ? Parce que ses détecteurs, moins sensibles que ceux du JWST, risquent de brouiller les observations. En 2019, une étude de l’European Southern Observatory (ESO) avait montré que les télescopes infrarouges de nouvelle génération pouvaient surcharger les spectres avec du bruit parasite. PRIMA, avec son optique moins stable, pourrait reproduire ce problème à grande échelle.
La vraie question : et si PRIMA était juste un leurre ?
La NASA a un historique de projets pharaoniques qui tournent au fiasco. Constellation, son programme lunaire annulé en 2010 après 9 milliards de dollars dépensés pour rien. SOFIA, un avion-observatoire qui a coûté 2,5 milliards et été démantelé en 2022. PRIMA pourrait bien rejoindre cette liste.
Sauf si… sauf si la NASA arrête de jouer les apprentis sorciers. Et se concentre sur ce qui marche : réutiliser, améliorer, et surtout, ne pas se disperser.
Mais bon. À ce stade, PRIMA est déjà en construction. Et les contrats sont signés. Alors on attendra 2027 pour voir si la NASA aura encore gaspillé des milliards pour rien, ou si, cette fois, elle aura enfin trouvé son Hubble.
Ce qu’il faut retenir
- PRIMA coûtera 10 fois plus cher que le JWST, pour une performance inférieure.
- La NASA a déjà deux télescopes (Hubble et JWST) qui font le travail, mais elle en veut un troisième.
- Les astronomes ne le demandent pas. Les lobbies, si.
- Si PRIMA déçoit, ce ne sera pas une surprise. C’est la règle, pas l’exception.