Sonko rejette l’arrogance de l’exécutif au Parlement

Ousmane Sonko a claqué la porte en plein débat sur la politique générale du gouvernement. Son message ? Le Parlement reprend ses droits, mais la bataille pour le vrai pouvoir ne fait que commencer. Entre promesses et réalités, ce qui se joue à Dakar n’est pas qu’une question de protocole.

Publié le 9 septembre 2026 à 14:00
Sonko rejette l’arrogance de l’exécutif au Parlement

Pourquoi Sonko parle si fort, alors que le gouvernement a tout pour l’écraser ?

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô vient de présenter sa déclaration de politique générale. Un exercice de style où tout le monde joue les gentils : le gouvernement promet, l’opposition applaudit (parfois), et le président de la République, Macky Sall, observe depuis son palais, avec ce sourire en coin qui en dit long. Sauf que cette fois, Sonko a refusé de jouer le jeu. Pas de félicitations hypocrites, pas de « bravo Monsieur le Premier ministre ». Juste une mise en garde : « Si le gouvernement croit que le Parlement est là pour tamponner des textes, il se trompe. Nous sommes là pour contrôler, et contrôler, ça veut dire poser des questions qui dérangent. »

Derrière les mots, il y a un calcul. Sonko sait que le Parlement sénégalais, comme beaucoup d’autres en Afrique, a longtemps servi de chambre d’enregistrement. Les lois passent, les amendements aussi, et personne ne bronche. Sauf que depuis quelques années, les choses bougent. Les réseaux sociaux, les médias indépendants, les citoyens qui réclament des comptes… Et Sonko, lui, a compris une chose simple : si le Parlement ne bouge pas, personne ne bougera à sa place.

Le chiffre qui résume tout : 12%. C’est le taux d’adoption des amendements parlementaires au Sénégal entre 2020 et 2025, selon les données du Bureau du Parlementarisme et de la Démocratie (BPD). Autrement dit, sur 1000 propositions venues des députés, seulement 120 ont été retenues. Le reste ? Ignoré, enterré, ou pire : modifié en catimini par l’exécutif. « On nous traite comme des enfants, » a lâché un député de l’opposition lors d’un débat privé. « On nous dit : ‘Vous proposez, mais c’est nous qui décidons.’ »

Sonko, lui, ne veut plus entendre ça. D’où son discours musclé. Pas pour faire le malin, mais parce qu’il a un objectif : forcer le gouvernement à négocier. Et ça, c’est nouveau.

Le gouvernement joue les sourds, mais ça coince

Pourtant, malgré les belles paroles, le vrai pouvoir reste entre les mains de l’exécutif. Le Premier ministre peut ignorer les amendements, le président peut signer ou veto, et les députés ? Ils n’ont pas les moyens de forcer la main. Alors comment Sonko compte-t-il faire bouger les lignes ?

D’abord, en utilisant un outil simple : le budget. Chaque année, le Parlement vote le budget de l’État. Et cette année, Sonko a menacé de bloquer des crédits si le gouvernement ne cède pas sur certains points. « Si on ne nous écoute pas sur les lois, on ne votera pas l’argent pour les financer, » a-t-il prévenu. Une stratégie risquée, mais efficace. Parce que sans budget, pas de salaires pour les fonctionnaires, pas de projets pour les ministères, pas de visibilité pour les programmes phares.

Ensuite, en mobilisant l’opinion. Sonko sait que les Sénégalais en ont marre des promesses non tenues. Alors il joue la carte de la transparence : débats publics diffusés en direct, rapports d’enquête rendus publics, pression sur les médias pour couvrir les dysfonctionnements. « Si le gouvernement croit que les gens ne regardent pas, il se trompe, » a-t-il lancé. « Nous allons leur montrer qui décide vraiment. »

Mais attention : tout ça, c’est du théâtre politique. Parce que dans les coulisses, les choses sont moins claires. Le vrai pouvoir, au Sénégal comme ailleurs, ne se partage pas facilement. Et Macky Sall, même s’il est en retrait, reste un joueur clé. Son influence sur l’exécutif est réelle, et personne ne sait s’il soutiendra vraiment Sonko dans cette bataille.

Le vrai problème ? Personne ne veut d’un conflit ouvert. Ni le gouvernement, ni l’opposition, ni même le président. Parce qu’un Parlement trop puissant, ça peut vite devenir ingérable. Et un exécutif affaibli, ça peut mener à des blocages, des crises, des rues qui s’enflamment. Alors tout le monde fait semblant de coopérer, tout en préparant ses arrières.

Ce que cette bataille révèle sur le Sénégal d’aujourd’hui

Ce qui se passe à l’Assemblée nationale, ce n’est pas qu’une querelle de pouvoir entre Sonko et le gouvernement. C’est le reflet d’un pays qui cherche son équilibre. D’un côté, une jeunesse éduquée, connectée, qui refuse d’être traitée comme des sujets. De l’autre, une classe politique qui a longtemps cru pouvoir gouverner sans rendre de comptes.

Sonko incarne cette nouvelle donne. Pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il ose dire ce que beaucoup pensent : « Le Parlement n’est pas un décor, c’est un pouvoir. Et si on ne le respecte pas, c’est la démocratie tout entière qui trébuche. »

Pourtant, derrière les discours, les vraies questions restent : Est-ce que Sonko a les moyens de tenir ses promesses ? Est-ce que le gouvernement va céder, ou jouer la montre jusqu’à ce que la pression retombe ? Et surtout, est-ce que les Sénégalais sont prêts à soutenir un Parlement qui ose vraiment contrarier l’exécutif ?

Parce qu’une chose est sûre : si Sonko gagne cette bataille, ce ne sera pas parce que le gouvernement a eu peur. Ce sera parce que les citoyens auront enfin compris une chose simple : la démocratie ne se mendie pas, elle se prend.

Le vrai enjeu : et après ?

Sonko a marqué des points. Il a rappelé que le Parlement avait un rôle à jouer. Il a forcé le gouvernement à écouter, ne serait-ce qu’un peu. Mais est-ce que ça suffira ?

Pas sûr. Parce que les vraies réformes, celles qui changent vraiment les choses, ça ne se décrète pas en un discours. Ça se construit dans la durée. Et pour ça, il faut des députés prêts à se battre, des médias qui osent dire la vérité, et des citoyens qui ne lâchent pas.

Ce que Sonko a fait, c’est planter un drapeau. Maintenant, il faut voir si les autres sont prêts à le suivre. Parce qu’une chose est claire : si le Parlement sénégalais ne reprend pas vraiment son indépendance, ce n’est pas seulement Sonko qui perdra. C’est le pays tout entier qui reculerait.

Et ça, personne ne veut le voir arriver.

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R Galaxie Rédaction

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