Le scénario classique, mais personne n’en parle vraiment
On connaît tous la chanson. Une soirée qui part en vrille, c’est souvent ça : de l’alcool, de la coke, et cette descente progressive vers un territoire où plus personne ne reconnaît ses propres limites. À Huy, comme ailleurs, les bars ferment à deux heures. Les gens rentrent chez eux, ou ils continuent. Et c’est là que ça dérape. Pas toujours avec la violence, mais avec cette logique implacable : « On a plus d’argent, on a plus de coke, alors on prend ce qu’il y a. » Un portefeuille, un téléphone, une montre. Des conneries, en apparence. Sauf que non. Parce que derrière, il y a une mécanique bien huilée : celle d’une société qui regarde ailleurs quand ses jeunes se shootent pour oublier, volent pour continuer, et finissent par croire que c’est normal.
Et puis il y a les chiffres. Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA), la Belgique est l’un des pays où la consommation de cocaïne a le plus augmenté en Europe ces cinq dernières années. +12 % entre 2018 et 2023. Pas des ados marginalisés, non : des étudiants, des cadres, des potes de quartier. Des gens comme vous et moi, en somme. Sauf que nous, on n’est pas ceux qui finissent en garde à vue après avoir menacé un pote parce qu’il a « merdé » en refusant de partager sa dernière ligne.
Pourquoi Huy ? Parce que c’est partout, mais que personne ne veut le voir
Huy, c’est une ville moyenne, pas un foyer de délinquance. Pourtant, comme dans 90 % des communes belges, les services de police voient défiler des jeunes qui, hier encore, étaient des gamins sages. Aujourd’hui ? Des types prêts à tout pour une dose, un verre, ou les deux. Le problème, c’est que ça ne choque plus. Plus de réactions indignées quand un groupe se fait tabasser pour un téléphone volé. Plus de « Oh mon Dieu, mais comment en est-on arrivés là ? » quand un pote se fait virer d’un bar parce qu’il a menacé le gérant. Non. Juste un haussement d’épaules. « C’est comme ça, maintenant. »
Et c’est là que le vrai drame commence. Parce que ce n’est pas qu’une question de drogue ou d’alcool. C’est une question de normalisation. Quand plus personne ne trouve ça grave de voir des gens se détruire devant soi, c’est que la société a déjà perdu.
La cocaïne, ce lubrifiant social qui fait glisser vers l’abîme
La coke, dans ces soirées, c’est l’accélérateur. Pas seulement parce qu’elle donne l’impression de tenir debout quand on est bourré. Non, c’est parce qu’elle désinhibe. Elle fait croire que les règles n’existent plus. Que voler, menacer, trahir, tout ça, c’est juste des détails. « On est entre potes, mec. » Sauf que les potes du lendemain, eux, ils ne rigoleront pas quand ils se réveilleront avec 200 euros en moins et un téléphone cassé.
Le pire ? C’est que personne ne semble vouloir en parler. Pas les parents, qui ferment les yeux en espérant que ça passera. Pas les flics, submergés et résignés. Pas les politiques, trop occupés à gérer les crises plus « nobles ». Juste des soirées qui tournent au casse, des vidéos qui circulent sur WhatsApp, et cette impression que, tant que ça ne fait pas de morts, personne ne bronche.
Pourtant, les morts, elles arrivent. Pas toujours sous les coups, non. Mais dans l’appartement, seul, avec une overdose qui fait taire les rires pour de bon.
Ce que les réseaux sociaux ne montrent pas
Sur Instagram, tout est glamour. Les lignes sur le miroir, les verres qui tremblent, les sourires après la descente. « On était défoncés, mais on a kiffé. » Personne ne poste les menaces, les vols, les larmes du lendemain. Personne ne montre les visages défaits de ceux qui réalisent, à la lumière du jour, ce qu’ils ont fait la veille.
Et c’est ça, le vrai problème. Parce que tant qu’on ne voit que le côté fun, personne ne se dit que c’est grave. Tant qu’on ne parle que des « bons moments », on oublie les mauvais. Ceux où un pote en vient aux mains parce qu’il a plus de cash. Ceux où une fille se fait violer parce qu’elle était « trop bourrée pour dire non ». Ceux où un mec se fait tabasser parce qu’il a osé refuser de « participer » à un vol.
Alors, on fait quoi ?
Rien. Ou presque. Parce que le vrai sujet, c’est que personne ne veut entendre parler de prévention. Pas les jeunes, qui croient que ça ne leur arrivera pas. Pas les parents, qui préfèrent ignorer. Pas les autorités, qui n’ont pas les moyens ou la volonté d’agir.
Pourtant, il y a des solutions. Des associations comme Check It en Belgique font un travail de merde pour sensibiliser. Des flics qui essaient, malgré tout, de désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Des parents qui, eux, osent en parler à leurs gosses. Mais c’est trop peu. Beaucoup trop peu.
La prochaine fois que vous verrez une soirée partir en vrille, demandez-vous une chose : est-ce que vous seriez prêt à payer le prix du lendemain ?
Parce que c’est ça, le vrai coût de ces nuits. Pas les 200 euros volés. Pas le téléphone cassé. Mais cette petite voix qui, le lendemain, vous murmure : « Et si c’était toi, la prochaine fois ? »