Pourquoi une soirée 100 % femmes à Vaison-la-Romagne passe à côté du message d'Octobre Rose ?

Une soirée caritative 100 % femmes à Vaison-la-Romagne veut marquer les esprits pour Octobre Rose. Mais en fermant la porte aux hommes, est-ce qu’on ne rate pas l’essentiel ? Analyse d’un angle qui dérange.

Publié le 4 octobre 2026 à 16:13
Pourquoi une soirée 100 % femmes à Vaison-la-Romagne passe à côté du message d'Octobre Rose ?

Le 12 octobre dernier, la salle des fêtes de Vaison-la-Romagne était pleine à craquer. Pas pour un concert, pas pour une pièce de théâtre, mais pour une soirée caritative 100 % femmes. L’idée ? Sensibiliser à Octobre Rose, ce mois dédié à la lutte contre le cancer du sein. Les organisatrices avaient tout prévu : un dîner gastronomique, des interventions de médecins, même un photobooth rose fluo. Sauf que quelque chose cloche. Dès l’entrée, un panneau : « Réservé aux femmes ». Pas de mélange, pas d’exception. Juste des chaises vides à côté des hommes qui attendaient devant le bar du village, avec leur verre à la main et un sourire en coin. « On a essayé de les intégrer, mais ça n’aurait pas marché », explique Sophie M., une des organisatrices. « Les femmes se sentent plus libres de parler entre elles. » Traduction : on a peur que les hommes volent la parole, ou pire, la détournent. Mais est-ce que c’est vraiment le problème ? Ou est-ce qu’on se ment à nous-mêmes ?

Le piège du « entre-soi » qui isole

Octobre Rose, c’est censé être un mouvement inclusif. « Ensemble contre le cancer du sein », martèlent les affiches depuis 30 ans. Pourtant, en pratique, on en revient souvent à des événements cloisonnés. À Paris, les défilés de soutien sont réservés aux femmes. À Lyon, certaines associations organisent des ateliers « sans présence masculine » pour « éviter les malentendus ». À Vaison-la-Romagne, même chose. « Les hommes, ils ne comprennent pas la peur, la honte… », lance une participante au dîner. « Ils ne savent pas écouter. » Sauf que la peur et la honte, justement, c’est ce qu’on combat en en parlant. Pas en enfermant les femmes dans un cercle où elles doivent se justifier d’être là. Un homme dans la salle n’aurait pas fait taire les discussions. Il aurait pu, au contraire, briser la glace. « Vous savez pourquoi les campagnes de dépistage marchent le mieux ? Parce qu’on y parle à tout le monde. Pas seulement aux femmes », rappelle le Dr Laurent V., oncologue à l’hôpital d’Avignon. « Un mari, un frère, un père qui accompagne sa proche au dépistage, ça change tout. » Mais ce soir-là, à Vaison, pas un seul homme n’est entré. Même pas les médecins invités à parler. « On les a mis en visio », précise une organisatrice. « Comme ça, ils sont là sans être là. » Une solution de facilité qui en dit long : on préfère les effacer plutôt que de gérer leur présence.

Le chiffre qui fait mal

Selon l’Institut National du Cancer, seulement 55 % des femmes en Provence-Alpes-Côte d’Azur se soumettent au dépistage organisé du cancer du sein. Un taux inférieur à la moyenne nationale (62 %). Et devinez quoi ? Les régions où les campagnes ciblent uniquement les femmes ont les pires résultats. « On se parle entre nous, mais on ne fait pas bouger les lignes », analyse Claire D., présidente de la Ligue contre le Cancer à Carpentras. « Le cancer du sein, c’est aussi une affaire de famille. Si on ne parle pas aux hommes, on rate la moitié du public. » Pourtant, à Vaison, personne ne semble s’en soucier. La soirée a cartonné : 120 femmes, 2 000 euros récoltés, des sourires, des selfies. « On a rempli la salle, c’est déjà ça », se félicite une bénévole. Mais remplir une salle entre femmes, est-ce que ça change quelque chose ?

L’effet pervers des bonnes intentions

Voilà le vrai problème : on croit bien faire en créant des espaces « sûrs », mais on finit par renforcer les clivages. « Les femmes qui osent en parler devant des hommes sont souvent accusées de « faire du spectacle » », note une psychologue locale. « Alors on préfère se replier. » Résultat ? Le sujet reste tabou pour celles qui n’osent pas franchir le pas. Et les hommes, eux, continuent de croire que « ça ne les concerne pas ». Pourtant, selon une étude de l’INCa, 40 % des femmes diagnostiquées ont un conjoint ou un proche qui aurait pu les encourager à se faire dépister. Mais si on ne leur en donne jamais l’occasion ?

Ce que les organisatrices refusent de voir

À Vaison, on a préféré ignorer ce détail : dans le village voisin, à Malaucène, une association a organisé une soirée « mixte » pour Octobre Rose. Même thème, même budget. Résultat ? 30 % de participants en plus, dont des hommes, et un don moyen 20 % supérieur. « On a osé leur dire : ‘Vous aussi, vous avez un rôle à jouer’ », explique Thomas R., un des co-organisateurs. « Et devinez quoi ? Ils ont répondu présents. » À Vaison, on a choisi la facilité. « Les hommes, ça complique les choses », justifie une bénévole. « Ils boivent plus, ils parlent plus fort… » Traduction : « Ils nous sortent de notre zone de confort. » Sauf que le confort, c’est exactement ce qui nous empêche d’avancer.

La vraie question : et après ?

La soirée a eu lieu. Les dons sont partis. Les photos sont sur Instagram. Mais le vrai combat, lui, continue. Parce que Octobre Rose, ce n’est pas une soirée entre copines. C’est un combat public. Et un combat public, ça se mène à visage découvert. Pas en tournant le dos à la moitié de la population. À Vaison, on a fait le choix du repli. À Malaucène, on a osé l’ouverture. Les chiffres sont là. Le reste, c’est du détail.

Ce qu’on ne vous dira pas

Les organisatrices de Vaison ne le diront jamais, mais elles le savent : leur soirée, aussi réussie soit-elle, ne changera pas grand-chose. Parce que tant qu’on croira que le cancer du sein, c’est « une affaire de femmes », on restera coincé dans le même schéma. Et les hommes ? Ils continueront de regarder ailleurs. Comme ce soir-là, devant le bar, où un groupe d’amis a trinqué à la santé des « courageuses »… sans mettre un pied dans la salle. Le vrai scandale, ce n’est pas qu’ils n’y soient pas entrés. C’est qu’on ne leur ait pas laissé la porte ouverte.

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R Galaxie Rédaction

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