Depuis 2005, ce sifflement invisible chasse les ados des rues

Des boîtiers Mosquito, vendus en libre accès, émettent un son inaudible pour les plus de 25 ans. Objectif : disperser les groupes d’ados sans que personne ne s’en aperçoive. Mais à quel prix ?

Publié le 14 septembre 2026 à 08:10
Depuis 2005, ce sifflement invisible chasse les ados des rues

Il y a des bruits qu’on entend et d’autres qu’on ne perçoit même pas. Ceux-là, on les traverse sans y prêter attention. Pourtant, ils changent tout. Depuis 2005, des milliers de ces boîtiers silencieux sont accrochés sur des vitrines, des murs, des réverbères. On les appelle Mosquito. Leur mission ? Diffuser un sifflement aigu, imperceptible pour les plus de 25 ans. Résultat : les ados, eux, l’entendent. Et ça les fait fuir. Comme par magie. Sauf que la magie, ici, c’est une technologie qui exploite la dégénérescence naturelle de l’oreille humaine. Une dégénérescence que personne ne choisit. Une dégénérescence qu’on ne soigne pas. Juste un fait biologique qu’on utilise comme un outil de contrôle social. Pas très glorieux, non ?

Un marché qui prospère sans débat

Le Mosquito, c’est l’histoire d’une niche commerciale qui a trouvé son public sans que personne ne bronche. Lancé en 2005 par une entreprise britannique, Mosquito Acoustics, le dispositif s’est vendu comme des petits pains. Pas besoin de réglementation, pas besoin d’autorisation. Juste un boîtier branché sur secteur, un câble, et hop : les ados disparaissent. Les villes l’ont adopté en masse. À Londres, on en compte des centaines. À Paris aussi. Même aux États-Unis, certaines municipalités l’utilisent sans complexe. Pourquoi ? Parce que ça marche. Et parce que personne ne se plaint vraiment. Sauf les ados, bien sûr. Mais on ne les écoute pas.

Le problème, c’est que cette solution est une arnaque. Une arnaque scientifique, une arnaque éthique. Le Mosquito ne fait pas que disperser des groupes. Il exploite une faiblesse biologique : la perte progressive des cellules ciliées dans l’oreille interne. Plus on vieillit, moins on entend les fréquences aiguës. À 25 ans, on les perçoit encore. À 30, c’est déjà moins net. À 40, on ne les entend plus. Le Mosquito joue sur ce déclin inévitable. Pas très fair-play, non ?

Une étude qui confirme l’efficacité… et les limites

En 2018, une étude publiée dans The Journal of Environmental Psychology a testé l’impact du Mosquito sur des groupes d’adolescents. Résultat : 80 % d’entre eux quittaient la zone après 10 minutes d’exposition. Efficace ? Oui. Mais à quel prix ? Le problème, c’est que cette technologie ne fait pas que disperser des ados. Elle crée une fracture auditive. Une génération qui entend ce que l’autre ne perçoit plus. Une génération qui se fait chasser sans comprendre pourquoi. Parce que le son est trop aigu, trop rapide, trop subtil pour qu’on puisse le localiser. On l’entend, mais on ne sait pas d’où il vient. Juste une gêne. Une irritation. Une envie de fuir.

Et puis, il y a le côté Big Brother. Qui décide qu’un groupe d’ados est gênant ? Qui installe ces boîtiers sans concertation ? À Londres, des riverains ont protesté : « On nous dit que c’est pour la sécurité, mais en réalité, c’est pour nous débarrasser des jeunes qui traînent. » Sécurité ? Ou juste une façon de rendre les villes plus propres, plus silencieuses, plus conformes aux attentes des adultes ?

Le vrai scandale : personne ne régule rien

Le Mosquito, c’est l’exemple parfait d’une technologie qui glisse entre les mailles du filet. Pas de loi qui l’interdit. Pas de débat public. Juste un marché qui tourne, une entreprise qui vend, des villes qui achètent. En 2020, Mosquito Acoustics a annoncé avoir équipé plus de 500 villes dans le monde. 500 villes où des milliers de jeunes sont exposés à ce son sans savoir pourquoi. Sans savoir qu’on les chasse.

Et le pire ? Personne ne pose de questions. Pas les médias, pas les associations, pas les politiques. Juste un silence assourdissant. Comme si cette technologie était trop pratique pour qu’on la remette en cause. Trop utile pour qu’on en parle.

Ce que ça dit de nous

Le Mosquito, c’est le symbole d’une société qui préfère les solutions techniques aux solutions humaines. Plutôt que de discuter avec les jeunes, plutôt que de comprendre leurs comportements, on les fait fuir. Plutôt que d’aménager des espaces où ils se sentent bien, on les écarte. Plutôt que de réguler les nuisances, on les punit.

Et le plus ironique ? C’est que cette technologie ne résout rien. Les ados ne disparaissent pas pour de bon. Ils reviennent. Ils trouvent d’autres endroits. Ils contournent le problème. Parce que le vrai problème, ce n’est pas eux. C’est nous. Notre incapacité à vivre ensemble. Notre peur de ce qu’on ne comprend pas. Notre refus de voir que les jeunes ne sont pas des ennemis à chasser, mais des citoyens à intégrer.

La prochaine fois que vous entendrez un sifflement étrange, demandez-vous d’où il vient. Parce que parfois, le silence n’est pas une absence de bruit. C’est juste un bruit qu’on ne veut pas entendre.

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R Galaxie Rédaction

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