Sherbrooke accélère un projet qui divise déjà

Un immeuble de 211 logements et une placette publique débarquent sur le boulevard Lionel-Groulx. Mais derrière les promesses, des questions restent sans réponse. Et si la ville jouait avec le feu ?

Publié le 12 septembre 2026 à 22:07
Sherbrooke accélère un projet qui divise déjà

Le projet est là, affiché comme une évidence. 211 logements, cinq commerces, une placette. Un bloc de béton et d’asphalte qui va s’ajouter à l’horizon du plateau McCrea, sur le boulevard Lionel-Groulx. Sherbrooke mise sur ses nouveaux pouvoirs pour le faire décoller. Sauf que personne ne sait vraiment pourquoi ce projet, là, maintenant, avec cette précipitation. Pas même les promoteurs, visiblement. Leur argument ? « Il faut densifier. » Oui, mais à quel prix ? Et pour qui ?

Le plateau McCrea, c’est un peu le parent pauvre de Sherbrooke. Assez loin du centre-ville pour ne pas attirer les foules, assez proche pour que les prix restent abordables… en théorie. Les logements sociaux y sont rares, les commerces de proximité aussi. Alors un immeuble de 211 unités, c’est tentant. Surtout quand la ville peut utiliser ses nouveaux leviers pour accélérer les permis. Mais est-ce que ça répond à un vrai besoin, ou est-ce juste une case à cocher pour dire qu’on a « fait quelque chose » ?

Les commerces, un leurre ? Les cinq locaux prévus pour les commerçants, c’est la cerise sur le gâteau. Sauf que les gâteaux, souvent, finissent par moisir. À Sherbrooke, les zones commerciales vides ne manquent pas. Le boulevard Lionel-Groulx en compte déjà son lot. Alors cinq nouveaux espaces, c’est bien. Mais qui va les occuper ? Un café ? Une épicerie ? Un magasin de vêtements qui fermera dans six mois, comme les autres ? Personne ne le sait. Les promoteurs parlent de « dynamisme », mais le dynamisme, ça ne se décrète pas. Ça se construit. Et ça prend du temps.

Le pire, c’est que la ville semble jouer les complices sans poser les bonnes questions. « On a besoin de logements », répètent-ils en chœur. Oui, mais quels logements ? À quel prix ? Pour qui ? Les 211 unités annoncées, est-ce que c’est du HLM, du locatif intermédiaire, ou encore des condos à 400 000 $ ? Les chiffres ne sont pas là. Et sans eux, impossible de savoir si ce projet va vraiment aider les Sherbrookois ou juste gonfler le portefeuille des promoteurs.

La placette, un gadget urbain ? La placette, c’est le petit plus qui fait joli. Un espace public, disons les promoteurs, pour « animer le quartier ». Sauf que les placettes, ça ne se décrète pas non plus. Ça se vit. Et pour être vivant, un espace public a besoin de quelque chose : des gens. Pas des passants pressés, mais des habitants qui s’y arrêtent, qui y traînent, qui en font leur place. Or, sur le boulevard Lionel-Groulx, les habitants, justement, manquent. Les logements sociaux ? Presque inexistants. Les familles ? Peu nombreuses. Alors une placette, oui, mais pour qui ? Pour les futurs résidents du nouvel immeuble ? Pour les commerçants qui n’existent pas encore ? Ou juste pour donner bonne conscience à la ville ?

Sherbrooke a les moyens d’agir vite. Trop vite, peut-être. Les nouveaux pouvoirs municipaux permettent d’accélérer les projets, c’est vrai. Mais accélérer quoi ? Un projet bien pensé, ou une coquille vide qui va se remplir de logements inabordables et de commerces fantômes ?

Le vrai problème, c’est l’absence de débat Le plus irritant, c’est qu’on en parle à peine. Pas de consultation publique, pas de débat d’urbanisme, pas même une vraie justification. Juste un projet qui tombe du ciel, comme une évidence. Comme si densifier, c’était juste ajouter des étages sans se soucier du reste. Pourtant, à Sherbrooke comme ailleurs, la densification mal pensée, ça crée des problèmes : des rues surchargées, des services publics à bout, des quartiers qui se transforment sans que personne ne les ait vraiment choisis.

Et puis, il y a le boulevard Lionel-Groulx lui-même. Une artère déjà saturée, avec ses bouchons, ses trottoirs étroits, ses commerces qui luttent pour survivre. Ajouter 211 logements là-dessus, c’est comme ajouter de l’essence sur un feu. Ça va brûler plus vite, mais ça ne résoudra pas le problème de fond : et si le vrai défi, ce n’était pas de construire plus, mais de construire autrement ?

Ce que la ville ne dit pas Sherbrooke a un choix. Soit elle accélère ce projet en espérant que ça marchera, soit elle prend le temps de se demander pourquoi elle le fait. Les chiffres sont là : 211 logements, cinq commerces, une placette. Mais les réponses, elles, manquent. Qui va y vivre ? À quel prix ? Qui va y travailler ? Et surtout, est-ce que ça va vraiment améliorer les choses, ou juste les compliquer ?

La ville a ses nouveaux pouvoirs. Elle pourrait les utiliser pour faire mieux. Pas pour faire vite. Parce que construire sans réfléchir, c’est comme planter une graine sans savoir si le sol est fertile. Ça peut pousser. Ça peut aussi pourrir.

La vraie question, c’est : qui va payer ? Les promoteurs, bien sûr. Mais pas seulement en argent. Ils vont payer en logements qui ne correspondent à rien, en commerces qui ne trouveront pas preneurs, en une placette qui restera déserte parce qu’il n’y aura personne pour l’animer. Et les Sherbrookois ? Eux, ils paieront en taxes, en circulation, en un quartier qui aura changé sans qu’ils aient eu leur mot à dire.

Alors oui, Sherbrooke accélère. Mais accélère vers quoi ? Vers un projet qui a l’air solide sur le papier, mais qui vacille dès qu’on gratte un peu la surface ? Ou vers quelque chose de plus ambitieux, de plus réfléchi, qui ne se contente pas de compter des mètres carrés, mais qui pense vraiment aux habitants ?

Le projet est sur la table. Les questions, elles, attendent encore leurs réponses.

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R Galaxie Rédaction

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