Le 21 août dernier, la Cour supérieure du Québec a encore repoussé la décision sur le sort de Julien Leclerc. Ce cadre municipal, suspendu depuis des années, conserve son poste et son salaire. La Ville de Shawinigan, elle, continue de payer. Pas par générosité, mais parce que la justice prend son temps. Et ce temps, c’est celui des contribuables qui le financent.
Un salaire maintenu, une condamnation en suspens
Leclerc, ancien directeur des ressources humaines à Shawinigan, a été condamné en 2020 pour des manquements graves dans la gestion des ressources humaines. Des erreurs qui ont coûté cher à la Ville : licenciements abusifs, procédures bâclées, et une réputation en lambeaux. Pourtant, depuis deux ans, la Cour supérieure prolonge sans cesse le sursis. Résultat : Leclerc touche toujours son salaire intégral. Combien ? Officiellement, la Ville refuse de le dire. Mais en extrapolant à partir des salaires des cadres municipaux similaires, on estime qu’il s’agit d’au moins 120 000 dollars par année. Soit 42 mois de traitement versés depuis 2022, rien que pour attendre un jugement définitif.
La justice qui traîne, les contribuables qui paient
Pourquoi ce délai interminable ? La Cour supérieure invoque des « questions procédurales complexes ». Traduction : les avocats de Leclerc et ceux de la Ville s’entêtent à creuser des détails juridiques pour gagner du temps. Mais qui perd vraiment ? Pas Leclerc, qui touche son chèque chaque mois. Pas les avocats, qui facturent des heures supplémentaires. Les perdants, ce sont les 40 000 Shawiniganais, qui financent ce salaire fantôme sans savoir quand ça s’arrêtera.
Un précédent dangereux pour les municipalités
Ce dossier n’est pas isolé. D’autres cadres suspendus au Québec bénéficient du même traitement : salaire maintenu, procédure traînée en longueur. Le problème ? Cela crée un déséquilibre. Un employé municipal condamné peut continuer à toucher son salaire pendant des années, alors qu’un simple citoyen en retard de paiement se retrouve sans recours. La justice est lente, mais elle ne devrait pas être une planche de salut pour les fautifs.
Et si la Ville se rebiffait ?
Shawinigan pourrait-elle cesser de payer Leclerc ? Techniquement, oui. Mais les risques juridiques sont immenses. Une telle décision pourrait être interprétée comme un « déni de justice », et la Ville se retrouverait face à une nouvelle bataille… devant les tribunaux. Bref, tout le monde y perd.
La vraie question : jusqu’où ira cette impunité ?
Leclerc n’est pas un cas unique. D’autres dossiers similaires s’accumulent dans les tribunaux québécois. La lenteur judiciaire devient un privilège pour certains. Pendant ce temps, les municipalités, déjà à la corde, doivent continuer à payer. La question n’est pas de savoir si Leclerc a tort ou raison. Elle est de savoir si les contribuables doivent financer indéfiniment l’attente d’une décision.
La Cour supérieure rendra-t-elle un jugement avant Noël ? Personne ne le sait. Une chose est sûre : tant que la justice traîne, Shawinigan paiera. Et les Shawiniganais, eux, continueront de serrer les dents.