Dakar et Kigali s’engagent sans contrôle

Onze accords signés entre le Sénégal et le Rwanda, mais derrière les discours diplomatiques, des questions persistent : ces partenariats changent-ils vraiment la donne ? Et surtout, qui en profite vraiment ? Un bilan sans illusions.

Publié le 8 octobre 2026 à 12:03
Dakar et Kigali s’engagent sans contrôle

Onze accords, zéro surprise

Le communiqué officiel parle de "coopération bilatérale renforcée". Traduction : on va continuer à faire ce qu’on faisait déjà, mais en plus propre sur le papier. Le Sénégal mise sur le Rwanda comme porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est, et Kigali voit Dakar comme un tremplin vers l’Afrique de l’Ouest. C’est logique, mais est-ce que ça marche ? Pas de réponse claire. Pas de chiffres, pas de calendrier précis, juste des engagements vagues sur la santé, l’agriculture, la sécurité… Des domaines où les deux pays ont déjà échoué à coopérer efficacement.

Prenez l’agriculture, par exemple. Le Rwanda, c’est le café et le thé. Le Sénégal, c’est l’arachide et le mil. On pourrait croire à un échange gagnant-gagnant, mais en réalité, les filières sont trop différentes pour que ça décolle vite. Le vrai problème, c’est l’argent. Combien le Sénégal va-t-il investir dans ces accords ? Combien le Rwanda est-il prêt à mettre sur la table ? Personne ne le sait. Parce que ces accords, souvent, c’est du vent.

Et puis il y a la santé. Le Rwanda a un système de santé publique envié en Afrique. Le Sénégal, lui, galère avec ses centres de santé saturés. Pourtant, aucun détail sur les transferts de compétences, les formations, les financements. Juste des bonnes intentions. Comme si on signait un contrat de mariage sans parler de la dot.

La sécurité, ce point noir

L’un des accords porte sur la coopération sécuritaire. Pourquoi ? Parce que le Rwanda a une réputation de fermeté contre les groupes armés, et que le Sénégal, lui, a du mal à gérer ses frontières. Mais attention : la sécurité, ça ne se décrète pas. Le Rwanda a ses propres démons, ses milices, ses tensions ethniques, et exporter son modèle, c’est un pari risqué. Surtout quand on ignore comment ça va être appliqué.

Un exemple ? La lutte contre le trafic de drogue. Le Sénégal est un point de passage majeur pour la cocaïne venue d’Amérique latine. Le Rwanda, lui, n’a pas cette expertise. Alors qui va former qui ? Qui va payer les patrouilles communes ? Silence radio.

Et puis il y a la petite question de la confiance. Après les tensions diplomatiques des années 2000, quand le Rwanda accusait le Sénégal d’abriter des génocidaires, on peut se demander si ces accords ne sont pas d’abord une façon de tourner la page, plutôt qu’un vrai projet commun.

L’angle économique, ou comment le Sénégal se fait avoir

Le vrai enjeu, c’est l’économie. Le Rwanda, c’est un pays qui attire les investisseurs avec des exonérations fiscales agressives. Le Sénégal, lui, a besoin de capitaux. Alors on signe des accords sur les investissements, mais sans garanties.

Prenez le cas de la Chine. Le Rwanda a accueilli des usines chinoises à tour de bras, avec des conditions ultra-favorables. Le Sénégal, lui, se bat pour attirer Nextm, une usine de textiles, avec des promesses qui tardent à se concrétiser. Alors quand Kigali propose des partenariats, Dakar doit se demander : est-ce qu’on va encore une fois se faire avoir par des promesses creuses ?

Un chiffre pour illustrer : selon la Banque mondiale, seulement 30 % des accords de coopération économique en Afrique aboutissent à des projets concrets. Trente pour cent. C’est-à-dire que sur onze accords signés, trois ou quatre risquent de ne jamais sortir du tiroir.

Alors pourquoi signer ? Parce que la diplomatie, c’est aussi une question d’image. Afficher des partenariats, c’est montrer que vous êtes un pays actif, ouvert, moderne. Même si derrière, rien ne bouge vraiment.

Le vrai jeu : qui contrĂ´le quoi ?

Derrière ces accords, il y a une question plus large : qui va tirer les ficelles ? Le Rwanda, avec son président Paul Kagame, a une réputation de dirigeant autoritaire mais efficace. Le Sénégal, lui, alterne entre démocraties fragiles et régimes plus fermes. Alors quand Kigali propose des coopérations en sécurité ou en numérique, Dakar doit se demander : est-ce qu’on va perdre une partie de notre souveraineté ?

Prenez l’exemple du numérique. Le Rwanda a mis en place un système de paiement mobile ultra-efficace, Irembo. Le Sénégal, lui, galère avec son Wari. Si Kigali propose une coopération, est-ce que Dakar va finir par adopter un système rwandais, avec ses règles, ses contrôles, son modèle économique ? Personne ne le dit.

Et puis il y a la petite question de la langue. Le Rwanda, c’est le kinyarwanda et l’anglais. Le Sénégal, c’est le français. Est-ce que ces accords vont imposer une anglicisation progressive des relations ? Est-ce que le français va reculer au profit de l’anglais, comme dans tant d’autres pays africains ? Silence encore.

Conclusion : des accords, mais pour quoi faire ?

Onze accords signés. Onze promesses lancées. Mais au final, est-ce que ça va changer quelque chose pour les Sénégalais ? Pour les Rwandais ? Probablement pas, pas tout de suite.

Parce que la vraie coopération, ça ne se décrète pas. Ça se construit sur le terrain, avec des budgets, des équipes, des résultats mesurables. Et là, on n’en est pas là.

Alors oui, félicitations aux diplomates pour leurs accords. Mais la vraie question, c’est : et après ? Parce que sans suivi, sans transparence, ces signatures ne servent à rien.

Et ça, personne ne veut le dire.

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R Galaxie Rédaction

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