Les populations de Keur Socé bloquent la fermeture des forages

À Keur Socé, 71 villages menacés de sécheresse se battent contre un arrêté qui veut fermer leurs mini-forages. Pourquoi les autorités s’entêtent-elles ? Et pourquoi les populations refusent-elles de lâcher prise ?

Publié le 19 septembre 2026 à 14:03
Les populations de Keur Socé bloquent la fermeture des forages

Un matin à Keur Socé, l’eau coule encore… mais pas pour longtemps ?

Les habitants de ce village du département de Kaolack savent une chose : si les mini-forages ferment, c’est la crise. Pas dans six mois. Maintenant. Ces puits, creusés à la hâte il y a dix ans, alimentent 71 villages. Sans eux, les femmes qui font la queue à l’aube pour remplir leurs jerricans devront marcher trois heures jusqu’au prochain point d’eau. Trois heures aller. Trois heures retour. Avec un seau. En plein soleil.

Pourtant, l’État veut les fermer. Officiellement, pour « rationaliser les ressources ». Officieusement, parce que ces forages, illégaux, pompent l’eau sans contrôle. Le problème ? Personne ne propose de solution de rechange. Juste un arrêt brutal. Et les populations, elles, ne veulent pas mourir de soif.

L’État joue avec le feu

Le gouvernement sénégalais a annoncé la fermeture des mini-forages en 2023, sous la pression des ONG et des écologistes. Leur argument ? Ces forages, souvent creusés sans autorisation, épuisent les nappes phréatiques. Sauf que les habitants de Keur Socé n’ont pas le choix. Le réseau officiel ne couvre pas leurs villages. Les camions-citernes, trop chers, ne passent pas assez souvent. Alors oui, ces forages sont illégaux. Mais pour les populations, c’est leur seule planche de salut.

  • « On nous dit : arrêtez de pomper. Mais qu’est-ce qu’on doit faire ? » lance Aminata Diop, présidente d’une association locale. « Ils ferment les robinets sans nous donner d’eau à la place. C’est ça, la logique ? »

Le ministère de l’Eau reconnaît le problème. Mais refuse d’assumer la responsabilité. « La situation est complexe », a déclaré un porte-parole sous couvert d’anonymat. Complexe, oui. Mais surtout, politique. Parce que ces forages, c’est l’échec d’un système qui a laissé des milliers de villages sans accès à l’eau potable.

Le piège des promesses non tenues

En 2015, le Sénégal s’était engagé à garantir l’accès à l’eau pour tous d’ici 2030. Bilan ? Seulement 60 % de la population a un accès « sûr » à l’eau potable, selon la Banque mondiale. Dans le département de Kaolack, le taux tombe à 45 %. Les forages illégaux comblent le vide. Mais l’État, lui, préfère fermer les yeux plutôt que d’admettre son incapacité à tenir ses promesses.

  • « Ils nous parlent de régularisation, mais depuis combien de temps on attend ? » grogne un ancien maire de la région, qui préfère rester discret. « Pendant ce temps, les gens crèvent. Littéralement. »

Le vrai drame ? Ces forages ne sont pas le problème. Le problème, c’est l’absence totale de stratégie alternative. Les populations de Keur Socé ne demandent pas la lune. Elles veulent simplement qu’on leur donne une solution. Pas un ultimatum.

La mobilisation, arme des déshérités

Depuis juin 2024, les habitants bloquent les routes. Ils occupent les bureaux des services déconcentrés. Ils menacent de saisir la justice. Parce qu’ils savent une chose : quand on n’a rien, la désobéissance devient une question de survie.

  • « On ne va pas se laisser faire », lance Ousmane Ndiaye, un jeune père de famille. « Si ils ferment les forages, on ira les chercher. Même de nuit. »

Le gouvernement tente de négocier. Mais les concessions sont maigres : quelques forages « légalisés », des promesses de nouveaux puits… qui ne viendront pas avant des années. Pendant ce temps, la saison sèche approche. Et avec elle, la pénurie.

Ce que personne ne dit

Il y a un détail que les autorités évitent soigneusement : ces mini-forages, aussi illégaux soient-ils, coûtent bien moins cher que les grands projets hydrauliques. Un forage illégal ? Environ 500 000 FCFA (750 euros) à creuser. Un forage « officiel » ? Entre 20 et 50 millions de FCFA (30 000 à 75 000 euros). La différence ? Les populations paient le premier en petites sommes. L’État, lui, attend des subventions qui ne viennent jamais.

  • « Ils préfèrent fermer plutôt que d’admettre que leur modèle ne marche pas », analyse un ingénieur des eaux, qui demande à rester anonyme. « C’est plus facile de pointer du doigt les illégaux que de regarder en face l’échec de la politique publique. »

Le Sénégal a les moyens de résoudre ce problème. Mais pas la volonté politique. Parce que fermer des forages, ça fait propre sur le papier. Trouver une solution pour 71 villages, ça coûte cher. Et ça prend du temps.

La vraie question n’est pas « Pourquoi ces forages ? » mais « Pourquoi personne ne propose autre chose ? »

À Keur Socé, on ne compte plus les nuits blanches. Les femmes se relaient pour garder la file d’attente devant les pompes. Les enfants boivent une eau qui sent le fer et les bactéries. Et les hommes, eux, regardent l’horizon en se demandant quand l’État va enfin comprendre que la survie ne se négocie pas.

La fermeture des forages est un aveu d’échec. Pas une solution.

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R Galaxie Rédaction

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