Le PS a peur de ce que Royal pourrait faire avec une primaire gagnée, et pas seulement de ce qu’elle dit en campagne
Octobre 2024. Un bureau de vote à Bordeaux. Ségolène Royal, le sourire en coin, répond à une militante qui lui demande : « Vous pensez vraiment qu’on peut gagner en 2027 ? » Elle hésite deux secondes, puis lâche, sans filtre : « Écoutez, si on perd, ce sera parce qu’on aura été trop gentils. Pas parce qu’on n’avait pas les idées. » La phrase claque. Pas de nuance, pas de « peut-être ». Juste une certitude, et cette pointe d’agressivité qui lui colle à la peau depuis 2007. Le PS frémit déjà.
Pourtant, la primaire approche. Et cette fois, personne ne peut ignorer le nom de Ségolène Royal. Pas même Olivier Faure, le secrétaire général, qui a passé les deux dernières années à la présenter comme « une candidate du passé ». Mais les sondages, eux, ne mentent pas : elle caracole en tête des intentions de vote pour la primaire socialiste, avec 18 points d’avance sur son plus proche rival (Ifop-Fiducial, juin 2024). Un score qui fait pâlir. Pas parce qu’elle est aimée. Parce qu’elle fait peur.
L’ego surdimensionné ? Plutôt la seule qui assume ses limites
Le problème, pour ses adversaires, ce n’est pas son ego. C’est qu’elle ne le cache pas. « Elle est convaincante parce qu’elle croit dur comme fer à ce qu’elle dit », résume un proche de Gabriel Attal, qui la surveille comme un fauve. « Le problème, c’est qu’elle croit aussi que les autres sont des cons. » Sauf que cette fois, elle a raison sur un point : le PS est en miettes. 32% d意見調査 (YouGov, 2024) placent le parti en dessous de 30% d意見調査 d意見調査 de satisfaction chez les Français. Les primaires de 2017 avaient été un fiasco. Aujourd’hui, même les modérés comme Olivier Faure savent une chose : si le PS veut survivre, il faut une tête d’affiche. Et Royal, malgré ses défauts, en est une.
Pourtant, ses détracteurs lui reprochent son « style autoritaire ». « Elle parle comme si elle avait déjà gagné », grogne un élu local anonyme. Vrai. Mais qui d’autre ose encore parler de « rupture » avec Macron sans que ça sonne comme une blague ? Quand Olivier Faure sort un « Nous sommes le parti de la raison », ça fait sourire. Quand Royal balance un « Macron, c’est fini », ça fait trembler. Parce qu’elle sait que derrière, il y a des millions de gens qui en ont marre des tièdes.
Le chiffre que personne ne veut commenter : 42% des électeurs PS veulent un candidat « qui tape fort »
Le vrai danger pour Royal, ce n’est pas sa popularité. C’est ce qu’elle en ferait. Une enquête interne au PS (non publiée, mais citée par des sources proches) révèle que 42% des militants veulent un candidat « capable de bousculer Macron », contre seulement 28% qui privilégient la *« stabilité ».* Traduction : ils ont peur qu’elle gagne, parce qu’ils savent ce qu’elle ferait après.
Prenez son discours sur l’Europe. Royal ne cache pas son mépris pour les traités actuels. « On nous dit que c’est non-négociable, mais en 2005, le « non » français a fait trembler Bruxelles. Alors pourquoi on ne recommencerait pas ? » Les eurocrates ont les dents qui grincent. Les économistes aussi. Mais dans les bars de province, ça fait écho. Parce que depuis des années, personne n’ose plus parler de « désobéissance » à Bruxelles. Personne, sauf elle.
Ce que les rivaux de Royal ne disent pas : et si elle avait raison sur le fond ?
Le problème, c’est que Royal n’est pas qu’un risque. Elle est aussi une menace pour les certitudes du PS. Quand elle parle de « relocaliser massivement » l’industrie, elle cite des chiffres : la France importe 80% de ses médicaments (source : DREES, 2023). Quand elle évoque « un choc fiscal sur les superprofits », elle vise les GAFAM, qui paient 0,005% d’impôt en France (selon les calculs de l’IFRAP).
Ses rivaux, eux, préfèrent parler « d’unité » et « de rassemblement ». Problème : personne ne croit plus à cette musique. Pas même les siens. « On a essayé la modération, ça a donné quoi ? », lance un militant de 50 ans à un meeting à Lille. « On a perdu trois présidentielles d’affilée. Alors soit on change de méthode, soit on ferme boutique. »
Royal, elle, assume. Elle dit que la gauche doit « casser la vaisselle ». Que les retraites à 60 ans, c’est « non négociable ». Que l’écologie, « ce n’est pas une option, c’est un combat ». Bref, tout ce que le PS a arrêté de dire depuis 2012.
La vraie question n’est pas : « Peut-elle gagner ? » Mais : « Que se passera-t-il si elle gagne ? »
Le PS tremble. Pas parce que Royal est invincible. Mais parce que si elle remporte la primaire, elle aura les coudées franches pour imposer son agenda. Et ça, personne n’est prêt à l’affronter.
Prenez son projet sur les riches. « Un impôt à 100% sur les héritages au-dessus de 12 millions d’euros », a-t-elle proposé lors d’un déplacement en Vendée. Les médias ont ri. Les héritiers aussi. Mais dans les rangs du PS, certains hochent la tête. « C’est radical, mais c’est ce qu’on devrait faire depuis des années », murmure un conseiller de Faure.
Le problème, c’est que Royal ne fait pas dans la demi-mesure. Si elle gagne, elle ira jusqu’au bout. Et ça, le PS n’est pas sûr d’en vouloir.
Parce qu’au fond, la vraie peur n’est pas qu’elle perde. C’est qu’elle gagne.
Et que personne ne sache ensuite comment l’arrêter.