Sainte-Marie étouffe son centre-ville sous le béton

Un nouveau quartier sort de terre à Sainte-Marie, mais la Beauce paie encore le prix des inondations de 2019. Entre promesses municipales et réalités terrain, le projet 'En Santé' cache des failles que personne ne veut voir. Voici pourquoi ce développement pourrait aggraver les risques plutôt que les réduire.

Publié le 6 octobre 2026 à 22:04
Sainte-Marie étouffe son centre-ville sous le béton

Le projet 'En Santé' avance, mais les cartes sont mal distribuées

La pelleteuse a commencé à grignoter les terres près du boulevard Saint-Joseph, là où les champs de maïs laissaient place à des plans d’urbanisme. Officiellement, c’est un nouveau quartier qui prend forme : « En Santé ». Officieusement, c’est une municipalité qui tente de rattraper un retard de dix ans, depuis que les inondations de 2019 ont englouti des rues entières et laissé des traces dans les mémoires. Sainte-Marie, en Beauce, mise gros sur ce projet pour attirer des familles, des commerces, et surtout : des impôts. Mais le pari est risqué.

Un nom qui ment sur les priorités

Le nom « En Santé » sonne bien. Ça fait propre, ça fait moderne, ça fait « on pense à vous ». Sauf que les plans du quartier ne mentionnent rien de concret sur la gestion des eaux de pluie. Or, c’est là que le bât blesse. Selon un rapport de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (2021), les sols de la Beauce restent saturés en moyenne 45 jours par année après les crues. Traduction : construire ici sans infrastructures adaptées, c’est jouer à la roulette russe avec les prochaines inondations.

La ville répond que des « mesures d’atténuation » sont prévues. Des bassins de rétention ? Des pompes supplémentaires ? Personne ne les a vus sur les croquis. Juste des rues droites, des maisons mitoyennes, et l’assurance que « ça va marcher cette fois ».

Le quartier qui n’existe pas encore, mais qui coûte déjà cher

En attendant, les coûts explosent. Le budget initial du projet, estimé à 12 millions en 2020, frôle maintenant les 20 millions, selon des documents obtenus via une demande d’accès à l’information. Où est passé l’argent ? Une partie a fondu dans des « ajustements de conception », une autre dans des « imprévus liés aux sols ». Bref, les contribuables paient l’apprentissage.

Et puis il y a le détail qui cloche : aucun promoteur immobilier n’a encore signé pour construire des logements. Les terrains sont vendus à perte, les lots restent vides. La municipalité table sur des investisseurs privés qui, eux, attendent des garanties. Problème : ces garanties, c’est la ville qui devrait les fournir. Sauf que Sainte-Marie n’a pas les moyens de se lancer dans une telle aventure sans se mettre en danger financier.

Ce que les urbanistes appellent un 'effet domino'

Le vrai danger, c’est l’effet d’entraînement. Si « En Santé » se révèle être un échec partiel, inondations récurrentes, maisons invendables, dettes municipales, les promoteurs hésiteront à investir ailleurs en Beauce. Déjà, des projets similaires à Saint-Georges et à Saint-Joseph-de-Beauce traînent en longueur pour les mêmes raisons. La région a besoin de développement, pas de nouveaux gouffres financiers.

La Beauce mise sur le béton, pas sur les leçons du passé

En 2019, les inondations avaient submergé 1 200 résidences dans la région. Les assurances avaient refusée de couvrir les dommages dans certains secteurs, jugeant les risques trop élevés. Aujourd’hui, la municipalité de Sainte-Marie parie sur le béton et l’optimisme. Mais les cartes sont toujours les mêmes : un climat de plus en plus imprévisible, des sols gorgés d’eau, et une administration locale qui manque cruellement d’expertise en gestion des risques.

## Pourquoi les promoteurs font les difficiles

Les promoteurs ne sont pas stupides. Ils ont vu ce qui s’est passé à Notre-Dame-des-Bois, où un quartier semblable, construit après les inondations de 2011, a dû être partiellement évacué en 2017. Ils savent que les banques hésiteront à prêter pour des maisons situées dans une zone à risque. Résultat : les terrains de « En Santé » s’arrosent, et la ville se retrouve avec un quartier fantôme sur les bras.

La municipalité tente de rassurer en parlant de « résilience ». Mais la résilience, ça ne se construit pas avec du béton. Ça se construit avec des digues, des systèmes de drainage à la hauteur, et une vraie stratégie à long terme. Or, personne n’en parle.

## Le piège des subventions fédérales

Pour sauver le projet, Sainte-Marie mise sur des subventions fédérales via le Fonds pour l’innovation communautaire (FIC). Sauf que les critères d’admissibilité sont stricts : il faut prouver que le projet réduit les risques, pas qu’il les ignore. Or, les plans actuels de « En Santé » ne mentionnent aucune étude hydrologique approfondie. Juste des promesses.

Le ministère des Affaires municipales du Québec a été contacté pour savoir si la ville pourrait obtenir des fonds malgré ces lacunes. Réponse officielle : « Nous évaluons chaque dossier au cas par cas. » Traduction : on verra bien.

## Ce que les résidents actuels en pensent

À Sainte-Marie, on se divise. Certains y voient une chance de dynamiser la ville. D’autres, comme Gérard Dubois, un agriculteur voisin des chantiers, y voient une « nouvelle folie ». « Ils ont oublié que la Beauce, c’est une plaine. Une plaine qui inonde. On va encore payer pour leurs erreurs, nous autres. »

Les associations de riverains, elles, restent en retrait. Officiellement, parce qu’elles « font confiance aux experts ». Officieusement, parce qu’elles savent que protester, c’est risquer de se faire taxer de « freins au développement ». Un argument que la municipalité adore brandir.

## Le vrai problème : personne ne veut assumer

Le plus ironique, c’est que tout le monde est au courant des risques. Les ingénieurs municipaux les connaissent. Les promoteurs les connaissent. Même les résidents les connaissent. Mais personne ne veut en parler ouvertement. Parce que reconnaître les failles du projet, c’est admettre que Sainte-Marie a peut-être pris le mauvais virage.

Et puis, il y a cette question qui tue : qui va payer si ça dérape ? Les contribuables, encore une fois. Comme en 2019.

## Conclusion : un pari risqué, sans filet

« En Santé » sonne comme une promesse. En réalité, c’est un pari. Un pari sur l’espoir que les inondations ne reviendront pas, que les promoteurs se réveilleront, et que les subventions tomberont du ciel. La Beauce a besoin de se développer, c’est vrai. Mais pas au prix de se mentir.

Si ce projet échoue, ce ne sera pas à cause du manque d’ambition. Ce sera à cause du manque de courage.

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R Galaxie Rédaction

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